23/04/2013

Vive la morale laïque de Vincent Peillon

Vive la morale laïque de Vincent Peillon ! C’est un véritable événement historique que cette introduction d’une instruction civique (i.e. morale laïque) dans le cursus des études en France, de l’école primaire (voire de la maternelle) à la terminale ! Et le plus intéressant dans cette affaire, c’est qu’il échoit à un ministre socialiste de l’éducation nationale de procéder à cette mesure. Vincent Peillon n’a pas hésité à utiliser le terme «morale», un terme souffrant d’un profond discrédit depuis mai 68. Quarante-cinq ans ! Il a fallu attendre près d’un demi siècle pour comprendre enfin que l’éducation morale ou éthique des enfants est aussi indispensable aux êtres humains que nous sommes que les autres matières académiques. Pourquoi donc ce qui touche à l’éthique et à la spiritualité a souffert dans ce pays d’une grande désaffection, pour ne pas dire d’une insurmontable méfiance ? Pourtant, la France est le pays qui a produit Henri Bergson et son fameux ouvrage (avidement lu et étudié par tous en terminale), Les deux sources de la morale et de la religion… Et en classe de philosophie, nous avions tous entendu parler de l’Ethique à Nicomaque d’Aristote qui enseigne que l’homme est un animal politique (vivant en société). A quoi Kant fera écho en écrivant que l’homme est homme parmi d’autres hommes. C’est aussi le sens du beau livre de Martin Buber Je et Tu (1923). Car quand je dis je, je présuppose nécessairement un congénère, un Tu. Pendant toutes ces années, l’idée même d’édifier les enfants au plan moral ou éthique, a été bannie de notre cursus et ceux qui prônaient un tel enseignement étaient regardés avec méfiance. Faisons un petit retour en arrière : Depuis la Saint-Barthélemy (24.8.1572) jusqu’à la loi de séparation en passant par la révocation de l’édit de Nantes, le spectre de la guerre des religions a hanté la France. Tant de siècles au cours desquels on a adopté vis-à-vis de la religion une certaine réserve, et parfois, il faut bien le reconnaître, à juste titre… Pourtant, les pays germaniques ont adopté une autre démarche alors qu’ils ont été plus durement touchés que le royaume de France. Les guerres de religions, la guerre des paysans (Bauernkrieg) ont mis notre grand voisin à feu et à sang ; cette sanglante confrontation dura trente années et ne s’acheva qu’avec les traités de Westphalie qui laissèrent ces territoires dans un état exsangue et contribuèrent à renforcer l’émiettement et le morcellement de ces pays (Kleinstaaterei) en petites entités politiques souvent en guerre les unes avec les autres. C’est peut-être pour cette raison qu’en Allemagne la religion est enseignée dans les écoles et jouit du mêmes prestige que les autres matières académiques. Chose impensable en France où l’on dut lutter contre le cléricalisme au point d’adopter une loi dite de séparation qui fit couler tant d’encre… Tel est l’arrière-plan historique de cette affaire. C’est donc une ère nouvelle qui s’ouvre avec cette décision du ministre de l’éducation nationale auquel il faut rendre hommage. Il n’a pas hésité à reprendre le mot morale dont on pensait parfois qu’il avait été frappé d’obsolescence . La juxtaposition de l’adjectif laïque était nécessaire pour rassurer ceux qui n’ont jamais voulu entendre parler de morale, la soupçonnant de servir de paravent à de la religion qui ne voulait pas dire son nom. La morale devenait une sorte de cheval de Troie . L’école de la République est ouverte à tous et s’adresse à tous. Sa vocation est de servir les grands idéaux républicains et de former à la fois des hommes parachevés et de bons citoyens. La société française en a grand besoin pour retrouver une certaine homogénéité et une unité dans sa socio-culture. Au fond, nous renouons avec l’héritage d’Ernest Renan, le véritable père spirituel de la loi de 1911 qui, tout en étant l’un des grands maîtres de la critique des traditions religieuses, nous a appris à vénérer l’éthique. C’est-à-dire l’universalité de la loi morale. Maurice-Ruben HAYOUN

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