14/03/2013

David, prototype du bon roi chrétien, premier grand monarque de droit divin…

Conférence du jeudi 14 mars 2013

                   A la  mairie du XVIe arrondissement

                                                sur

DAVID, PROTOTYPE DU BON ROI CHRÉTIEN, MONARQUE DE DROIT DIVIN

 

Rappel de la situation du judaïsme en Terre sainte du temps de Jésus

Un judaïsme en gésine d’un Messie.

Dans les sources juives anciennes, on parle du Messie d’Israël comme d’un fils de David, le grand roi, Ben David.

Dès lors, on placera les faits et gestes de Jésus de Nazareth dans le sillage du grand roi, afin d’en faire l’héritier de sa vocation messianique et de le considérer comme le Sauveur que tout le peuple attend.

Rappel de la carrière mythique du roi David, de sa lutte pour accéder au trône, de ses faits mais aussi de ses méfaits.

Premier grand monarque de droit divin, comme les futurs rois chrétiens qui tenteront de lui ressembler pour avoir le sacre de Dieu.

Si un roi se prétend intronisé par Dieu comme ce fut le cas pour David par l’entremise du prophète Samuel, alors nul ne peut contester son autorité sans se dresser contre la volonté divine.

Appellations de Jésus fils de David par l’aveugle et la cananéenne


                  

 

 

  Jésus, fils de David dans les Evangiles synoptiques[1]

Cette appellation, si importante soit-elle pour notre propos, n’est sûrement pas la plus fréquente appliquée au Christ dans les Evangiles. Sa première occurrence se trouve dans les Psaumes de Salomon, un pseudépigraphe de l’Ancien Testament qui date du Ier siècle avant  l’ère chrétienne.

On a vu précédemment qu’il y avait dans les textes rabbiniques une sorte de bi-messianisme : le Messie fils de David et le Messie fils de Joseph. On trouve dans des textes talmudiques classiques (e.g. Sanhédrin fol. 99a) des déclaration un peu étonnantes : Les fils d’Israël n’auront plus de Messie, ils l’ont déjà gaspillé du temps d’Ezéchias.

Un sage talmudique aussi éminent qu’Eliézer ben Hyrcanos, contemporain de rabbi Aqiba[2] (tanna du IIe siècle) évoque dans un midrash sur l’Exode les souffrances qui accompagneront l’avènement messianique.[3] Le traité Sanhédrin (fol. 97a-98b) mentionne le «fils de David» qui vient. On nomme le Messie ben David mais aussi tsémah David (germe de David) comme dans les dix-huit bénédictions, évoquées supra.

C’est probablement le prophète Amos, vivant au VIIIe siècle avant notre ère, qui résume de la manière la plus poignante cette aspiration à l’avènement du fils de David (9 ;11) En ce jour-là, je relèverai la hutte de David qui tombe[4], j’en boucherai les brèches et je relèverai ses décombres. Je la rebâtirai comme aux jours d’antan afin qu’ils héritent du reste d’Edom et de toutes les nations, eux sur qui est invoqué mon nom, oracle de YHWH, auteur de tout cela.

Dans les Evangiles synoptiques, l’expression «fils de David» connaît quelques occurrences dont nous extrayons les deux suivantes :

(Marc 10 ; 47-48) En entendant que c’était Jésus de Nazareth, il commença à crier :  Jésus, fils de David , aie pitié de moi ! Beaucoup lui enjoignaient de se taire, mais il continua de crier de plus belle : fils de David, aie pitié de moi[5]…Marc 12 ;35-37) : Jésus répondait en enseignant dans le temple ; il disait : Comment les scribes disent-ils que le Christ est fils de David ? L’esprit saint a fait dire à David[6] lui-même :  Le Seigneur dit à mon Seigneur : assieds toi à ma droite jusqu’à ce que je mette tes ennemis sous tes pieds.. David lui-même l’appelle Seigneur ; d’où vient donc qu’il est son fils ?

On retrouve cette appellation de fils de David à la fois chez Matthieu (9 ; 27  21 ; 9, 15) et chez Luc.

En gros, ce rattachement de Jésus à la branche davidique du messianisme peut s’interpréter de deux façons : soit comme un mouvement d’inspiration terrestre  avec des connotations nationales, soit comme une idéologie spiritualisée à l’excès .

            Le statut de Jésus est double : il est fils de David par son origine terrestre, mais il est aussi fils de Dieu, dès le début de son existence sur terre. Et c’est bien pour cette raison qu’il mérite le titre de Seigneur. Mais il y a un problème de préséance ou de hiérarchisation : on a vu dans la seconde citation de Marc que David s’adresse à Jésus de manière étonnamment respectueuse s’il doit être considéré comme son fils, c’est-à-dire comme l’un de ses descendants… le texte laisse entendre, sans ambiguïté possible, que le Messie est seigneur de David, donc qu’il lui est supérieur. On pense que Jésus est fils de David mais qu’il est aussi plus que cela : il est aussi fils de Dieu, donc supérieur à David. La filiation davidique est une étape intermédiaire à laquelle les Evangiles ne veulent pas renoncer bien que l’autre, celle qui relie Jésus à Dieu, soit nettement plus importante.

En Matthieu 21 ; 9-15 (déjà cité supra) on lit une phrase comme celle-ci : Hosana au fils de David. On a donc franchi un pas supplémentaire pour arriver à l’échelon supérieur : on est passé de la  simple supplication de l’aveugle à la louange sans limite.

            Cette appellation «fils de David» est assez rare à l’époque du Nouveau Testament, mais on la trouve fréquemment dans des midrachim des IV-Ve siècles : l’herbe aura poussé sur vos mandibules que le fils de David ne sera (toujours) pas venu[7]… En revanche, on la trouve dans un des Psaumes de Salomon, un pseudépigraphe (déjà cité supra) du Ier siècle avant notre ère Et ce verset s’appuie sur la prophétie de Nathan (IIS 7 ; 12-14) : j’élèverai ta descendance après toi, celui qui sera issu de ton sein et j’affermirai ta royauté, je serai pour lui un père et il sera pour moi un fils.

            Ce que les aveugles et la Cananéenne des Evangiles espèrent mobiliser à leur profit en appelant Jésus fils de David, ce sont ses talents de guérisseur, doté d’une puissance surnaturelle. Mais la paradoxe demeure : s’il est fils de David, c’est selon la chair, mais en tant que fils de Dieu, il relève de l’esprit de sainteté. C’est l’unique façon de résoudre ce qui est bien plus qu’une contradiction apparente. Cela prouve que même les nouvelles Ecritures ont dû s’en référer à  la filiation davidique pour établir au mieux la vocation messianique de Jésus qui, tout bien considéré, s’adressait  d’abord à des gens qui étaient des juifs, comme lui-même.

            Mais Matthieu et Marc ne sont pas les seuls à utiliser cette appellation «fils de David», qui se retrouve chez Luc bien qu’elle ne soit pas la plus récurrente dans cet Evangile. Seul l‘aveugle de Jéricho interpelle ainsi Jésus (Luc 18 ; 38-39) et pourtant, ce titre est loin d’avoir une importance purement secondaire[8].

            L’attitude de David, celui-là même dont on cherche par tous les moyens à souligner le rapprochement avec Jésus, a tout de même gravement mécontenté un théologien catholique aussi important que saint Augustin qui ne cache pas sa désapprobation lors de son  sermon sur le Psaume LI. Pourtant, David y manifeste un repentir sincère. Mais ce qui es encore plus intéressant que le dissentiment d’Augustin, n’est autre que le commentaire d’Ambroise[9] (Ive siècle) qui pensait ainsi :  La liaison illégale de David et de Bethsabée préfigurait la relation que le Christ instaurerait avec les nations païennes par-dessus les lois juives. Mais il conservait le texte et le lisait mot à mot puisqu’il était à ses yeux un texte canonique… C’est dire combien le cas de David a fortement intrigué tous les tenants de la tradition biblique. Jusques et y compris le Coran.

 

MR Hayoun in Tribune de Genève

Du 14 mars 2013



[1]  Jean-Marie van  Cangle, «Fils de David» dans les Evangiles synoptiques in Aspects biblique de David  (déjà cité) pp 345-397.

[2]  Sur ces deux sages voir l’Introduction au Talmud et au Midrach (déjà cité).

[3]  In Mechilta sur l’Exode (Shemot) 16 ; 26. L’expression hébraïque de ces souffrances est : hévlé mashiyah.

[4]  Cette image est passée dans la liturgie des jours de fête (sukkat David ha-nofélét)

[5]  Jésus n’a pas seulement revêtu la dignité de David, il a aussi hérité des capacités de guérisseur de Salomon, notamment en exorcisant les démons. Il disposait du pouvoir magique de l’anneau protecteur, connu sous le nom de l’étoile de David…

[6]  Dans les Psaumes      . repris par la prière de Salomon dans les Chroniques.

[7] Déjà cité supra.

[8] Dans sa Vie de Jésus ( février 1863) Ernest Renan relève lui aussi que Jésus franchit une étape importance lorsqu’il se laisse appeler «fils de David» : il se considère dès lors comme le Messie d’Israël. Voir sur ce sujet, Maurice-R. Hayoun, Renan, la Bible et les juifs (Arléa, 2008, p 156s.

[9]  Cité d’après  Jean-Louis Declais (article cité) pp 444-445.

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