10/03/2013

Le film sur les gardiens d'Israël, le Shin Beth, diffusé par ARTE.

Le film  sur les gardiens d’Israël, le Shin Beth, diffusé par Arte

 

Le documentaire diffusé hier soir par Arte à une heure de grande écouté et annoncé depuis des jours et des jours à grand renfort de publicité (dans la presse écrite et télévisuelle et même à la radio) est instructif à au moins deux égards :

 

a)   il montre combien la communication peut peser sur les choix des gens : je connais des personnes qui ont déplacé des réunions ou des invitations entre amis à la seule fin de suivre ce documentaire chez eux. Et de pouvoir s’en imprégner, pensant qu’il adoptait une position impartiale entre les différents protagonistes.

b)   Il montre aussi que certains cinéastes ou écrivains ou vidéastes israéliens sont prêts à orienter leurs productions dans un sens nettement hostile à la politique de leur pays afin de recueillir la faveur de l’opinion internationale.  Un grand écrivain israélien, nobélisable et dont j’apprécie les ouvrages, s’est tout récemment livré à cet exercice à Paris. On peut les comprendre sans nécessairement les approuver car, à leurs yeux, c’est l’unique façon de paraître et de rompre le douloureux isolement sont souffre (injustement) leur pays.

 

Venons en à présent à l’analyse la plus objective possible du contenu de ce film et décryptons le message qu’il véhicule  de manière manifeste ou de façon insinuante.

 

Il faut d’abord reconnaître que c’est l’une des premières tentatives de rendre compte d’un sujet plutôt opaque, le maintien de la sécurité de tout un pays dont l’existence est menacée à chaque instant depuis le jour de sa naissance et qui ne peut compter que sur l’aide de D- et sur ses propres forces.

 

C’était donc une idée intéressante d’interviewer quatre anciens chefs des services de sécurité intérieure, le fameux Shin Beth (les initiales de Shéruté Bittahon : services de sécurité), une sorte de FBI israélien aux compétences largement étendues puisque la survie de tout le pays en dépend. Mais le choix même des personnalités interrogées, quatre anciens chefs du Shin Beth dont certains étaient de véritables gauchistes  (du propre aveu de l’un d’eux) laisse planer quelque doute sur l’impartialité de ce documentaire… On a eu droit à de véritables introspections d’hommes qui se penchaient sur leur passé, ressassé ce qu’il faut bien appeler des remords, bref porté leur cœur en bandoulière… C’est tout à leur honneur, mais est ce bien ce qui est attendu de ces maîtres-espions ?

 

Les interrogations, les regrets, voire les remords de certains de ces anciens maîtres-espions laissent pantois : que viennent faire ici des considérations d’ordre philosophique sur le droit ou non de mettre des terroristes menaçants hors d’état de nuire ? Si l’on n’est pas fait pour ce genre de travail, on n’accepte pas le poste. Si l’on n’a pas réussi à prévenir un attentat sanglant (et je ne lance la pierre à personne) et que votre conscience vous incite à présenter votre démission, c’est tout à votre honneur d’avoir de tels états d’âme, des scrupules, bref d’être une personne sensible, mais alors êtes vous fait pour ce job ? Sans même rappeler que les terroristes ne se posent pas de telles questions… Et qu’Israël est contraint de défendre.

 

Pas une fois l’auteur de ce documentaire n’a tenté de rétablir l’équilibre entre les diverses opinions. Il n’a fait la part belle qu’à ceux qui se livraient à l’introspection et regrettaient un peu ou beaucoup les ordres donnés. Il y avait aussi, en filigrane, cette idée qu’Israël n’est pas un pays qui a une grande armée et un service de cotre espionnage très efficace, mais l’inverse : une armée et des service qui ont tout un pays, le dominent et n’en font qu’à leur tête… Mais si tel était le cas pourquoi n’ay a at il jamais eu de coup d’état militaire ? Certes, une grande partie des premiers ministres de ce pays sont d’anciens généraux, mais cela s’explique par la conscription et par le caractère populaire de Tsahal qui est une armée de citoyens. Et Israël n’est jamais devenu une nation soldatique.

 

Il est vrai que la situation de ce pays est unique, c’est le seul pays au monde à voir son existence contestée par tous ses voisins et dont certains soutiennent, depuis des décennies, qu’il a spolié leurs terres, chassé ses habitants alors que la Bible, soutenue par les fouilles archéologiques, prouve le contraire… Je me souviens dun vieux maître en Sorbonne qui me disait que si Israël devait rendre Jérusalem à quelqu’un, ce serait aux… Jébuséens et à nul autre. L’humour de cette phrase ne doit pas occulter la finesse de l’analyse.

 

Nous sommes pour la liberté d’opinion, de jugement, d’expression et pour l’autonomie de la création artistique et culturelle. Israël est, D- merci, le seul pays de la région où les élections sont libres, où le pouvoir change de mains à chaque élection et où les principes de l’état de droit sont inentamés (medinat hok). Mais c’est aussi un pays extrêmement isolé, en butte aux critiques et aux préjugés alors que ses dirigeants, de droite comme de gauche, sont soumis à un ostracisme unique au monde.

 

Nul n’est insensible aux souffrances humaines, notamment des Palestiniens et je rappelle que c’est souvent à Tel Aviv que l’on manifeste lorsque ces mêmes régimes arabes ou musulmans martyrisent leurs peuples.

 

L’auteur de ce documentaire est visiblement allé trop loin lorsqu’il a évoqué les attaques excessives d’un grand scientifique israélien d’origine germanique qui s’est livré à des comparaisons déplacés (unheilige Vergleiche) entre Israël et des régimes honnis. Je rappelle aussi que même un homme de paix comme le Premier Ministre Rabin a menacé de boycotter  la cérémonie de remise du Prix Israël (Pras Israël) si ce chimiste devait en être le lauréat. Une telle réserve de la part d’un homme comme Rabin suffit à mes yeux, même si cet éminent scientifique que j’avais rencontré un jour ç Genève lors d’un colloque, a exposé des vues très intéressantes sur la pensée de Maimonide.

 

Il y aurait encore tant de choses à dire sur ce documentaire qui a aussi le mérite d’exister et de nous informer, le seule problème est quil eût fallu être moins partiel et surtout moins partial. Emettons le vœu que son auteur puisse approfondir le sujet le traiter de manière plus équilibrée, sans nécessairement mettre en avant ses propres présupposés politiques.

Depuis au moins le VIIIe siècle avant notre ère, les prophètes d’Israël qui ont été les concepteurs de l’humanité historique (contrairement aux Grecs qui considéraient que l’humanité civilisée s’arrêtait aux portes d’Athènes) ont appelé de leurs vœux et de leurs feux l’instauration de la paix. Et parfois ils ont même dit : shalom, shalom we eyn shalom.  Paix, Paix, mais pas de paix

 

Mais la paix finira bien par s’imposer un jour que nous espérons proche. C’e fut aussi le vœu du Psalmiste= Que D- donne à son peuple la puissance, que D- bénisse son peuple par la paix (ha-Shem ‘oz le ammo ytten ha-Shem yevarekh et ammo ba shalom.

 

Maurice)Ruben

In Tribune de Genève du 6 mars 2013

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