28/02/2013

Bruno Le Maire, sa tactique et sa stratégie

Bruno Le Maire, sa tactique et sa stratégie

 

Disons le d’emblée, il n’est pas question d’égratigner un quadragénaire sympathique et doué qui a fait ses preuves au gouvernement et qui a toujours su tirer son épingle du jeu avec grâce mais aussi avec une redoutable dextérité. Il se trouve que depuis quelques semaines, voire quelques mois, vous ne pouvez pas allumer votre téléviseur sans le voir, sans l’écouter parler de son dernier livre. Et il se livre (sans méchant jeu de mots) toujours aux mêmes critiques de lui-même, de ses amis politiques, du fait qu’il est père de quatre enfants (que D- les garde), qu’ll a démissionné de la haute fonction publique (en fait il était diplomate) et que lui, en réalité, lave plus blanc que blanc, car il a un courage que d’autres n’ont pas…

 

Mais derrière cette candeur affichée et cette innocence proclamée, un peu comme un homme qui avancerait étendard déployé, se cache tout de même une stratégie servie par une tactique éprouvée.

 

Une petite rétrospective : lorsque Dominique de Villepin était au Quai d’Orsay, M. Le Maire était encore dans son corps d’origine. Et il a su capter l’attention et l’intérêt de son ministre auquel il a consacré un ouvrage assez étonnant quand on le relit aujourd’hui. Quand M. de Villepin a remplacé Jean-Paul Raffarin à Matignon, M. Le Maire a aussitôt hérité du poste de conseiller spécial, un poste qui n’existait pas avant lui. Lorsque le préfet Mongin a été nommé à la tête de la RATP ; Bruno Le Maire a naturellement pris sa place comme directeur de cabinet. On le voit, un homme se plaçant adroitement partout, en ascension constante, damant le pion à tout concurrent potentiel et Dieu sait que ce n’est pas ce qui manque dans ces milieux là, ceux-là même que l’auteur critique, voire blâme à longueur de chapitres de tous ces livres.

 

Il se fit ensuite élire dans une circonscription confortable, celle de Jean-Louis Debré. La première fois que j’ai parlé de Bruno Le Maire, ce fut dans le bureau de mon ami Claude Guéant, alors secrétaire général de l’Elysée, et en entendant sa réaction, j’ai tout de suite compris que ce diplomate serait nommé au gouvernement… Ce qui finit par advenir.  En dépit de la grave brouille opposant son ancien mentor au président de la République, M. Le Maire sut naviguer avec une grande adresse entre les différents écueils.  Quelle diplomatie !

 

Quand on le regarde bien (ce que j’ai fait hier soir salle Pleyel lors d’un concert de l’orchestre philharmonique de Berlin, à l’invitation de Madame l’Ambassadeur) on a l’impression d’avoir affaire à un grand enfant, innocent et désarmé… Ce n’est pas le cas et c’est bien ainsi car dans le milieu de grands fauves dans lequel il évolue il n’y a pas de pitié.

 

Depuis la défaite de N S. M. Le Maire a évité de se compromettre dans la querelle Fillon-Copé, se déclarant un non-aligné (encore une brillante trouvaille de sa carrière diplomatique), s’alliant avec une collègue, une femme comme NKM, et n’hésitant pas à donner des conseils aux uns et aux autres, se montrant désintéressé mais toujours bien présent partout afin de ne pas être oublié, le moment venu. Une chose me gêne : il insiste trop sur sa démission de la haute fonction publique et sur ses quatre enfants. Il devrait savoir que les milieux auxquels il s’en prend sont redoutables et ne connaissent pas les sentiments de piété, ni même de commisération… Certains vont aller voir ce qu’il en est vraiment.

 

C’est donc un subtil mélange entre un intellect rigoureux, de qualité, et une candeur apparente empreinte d’innocence et de désintéressement. Cette impression est tout de même remise en question par ce parcours sans faute qui laisse deviner une personnalité tout autre…

 

Alors que dire en conclusion ? J’apprécie les capacités de l’homme qui avait même fait savoir, jadis, qu’il parlait couramment l’allemand avec Angela Merkel (étant germaniste moi-même), j’apprécie aussi ses incontestables talents littéraires, sa volonté de détruire les castes héréditaires de la haute fonction publique, son souci de l’autre comme dirait Levinas (ce matin sur LCP il a donné quelques exemples de cette partition : cambriolages, baisse du pouvoir d’achat, etc…).

 

Pourtant, j’ai l’impression qu’il y a là un petit déficit de sincérité. Les hommes politiques ont une constante, la continuité. Quand ils sont en poste, ils ne rêvent que d’une chose ; rester et continuer.

 

C’est peut-être ce qui sépare le pouvoir temporel du pouvoir spirituel. Voyez le cas du pape, il faudrait s’inspirer d’un si haut exemple.

 

La politique doit être structurée par l’éthique. C’est loin d’être le cas et c’est la raison pour laquelle les gens la jugent si sévèrement. Je sais que ces propos seront qualifiés d’aimables rêveries. Mais après tout des hommes comme Bruno Le Maire pourraient mener à bien un tel programme. Il en possède le talent, il en a la volonté.

 

Je consens volontiers à lui faire crédit.

 

Mais il faut de l’authentique sincérité.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 28 février 2013

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27/02/2013

DSK, encore et encore

Dominique Strauss-Kahn, encore et encore

 

Hier soir, le tribunal des référés devant lequel DSK  a assigné une journaliste-écrivain et son éditeur parisien, a partiellement donné cause de cause au plaignant qui considérait qu’on l’avait sciemment abusé à des fins mercantiles. En réalité, la décision du tribunal est loin d’être aussi nettement en faveur du plaignant.

 

Le non juriste que je suis n’entend pas disséquer cette décision mais il saute aux  yeux de tout observateur intelligent que la maison d’édition en question avait dû intégrer cette amende dans ses coûts et fera sûrement une bonne affaire : les gens étant ce qu’ils sont, ils enjamberont aisément la petite mise en grade exigée par le tribunal et se précipiteront avec avidité sur le texte en soi. Et c’est là que les choses sérieuses commencent.

 

D’après ce qui est dit de ce livre, son auteur aurait (je dis bien aurait) tendu un piège sexuel à DSK connaissant son goût immodéré pour autant d’aventures sexuelles que possible. Et elle aurait d ès l’origine conçu le projet d’en rendre compte publiquement dans un livre. Telle est la thèse de DSK et de ses avocats.

 

Je ne me prononce pas sur le fond, on est jugé par ses propres actes. Mais voilà le coup de la femme journaliste séductrice est très attesté de nos jours, y compris en France où maints hommes politique de tout premier plan y ont succombé, tirant d’une obscurité qu’elle n’auraient jamais pu quitter autrement des femmes qui ont su utiliser des armes dont elles disposent…

 

Mais il y a aussi le rôle joué par ceux qui publient, je dis bien ceux au pluriel.

 

Le constat qui s’impose est le suivant : sur toute la ligne il y a un déficit d’éthique. A ce propos, je voudrais rapporter un extrait d’un texte de Martin Buber (1878-1965) parlant de l’essence de la politique dans sa relation avec l’éthique texte publié dans le premier quart du XXe siècle :

L’Occident moderne repose sur une dualité éprouvée séparant la politique de la religion. Il suffit d’entendre les politiques prononcer le mot éthique et les théologiens le mot action pour s’en convaincre… La politique a oublié d’être éclairée mais elle demeure puissante… La religion nous renvoie tous ces pâles reflets du sacré mais elle ne dispose d’aucun moyen d’imposer ses vues. Selon moi, on ne devrait pas rechercher ni éviter la politique. En principe, on ne devrait être ni politique ni apolitique. La vie politique fait partie de la vie. Avec ses lois et ses formes actuelles, elle subit la même déformation que notre civilisation en général. De nos jours, on qualifie cette déformation de politique et la déformation de notre vie professionnelle de technique. Pourtant, aucune de ces deux déformations n’est innée. La vie politique et la vie professionnelle sont amendables

 

Et c’est aussi ainsi que le livre est devenu la marchandise la plus misérable qui soit

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In

Tribune de Genève du 27 février 2013

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26/02/2013

Boko haram ou la guerre des religions

Boko haram ou la guerre des cultures et des religions

 

Par-delà ces enlèvements, voire tous ces affreux massacres de chrétiens en oraison dans leurs églises nigérianes, on discerne de plus en plus nettement un rejet violent, voire sanglant de l’Occident et de tout ce qu’il représente, à savoir le christianisme avec sa doctrine trinitaire et sa culture, sa civilisation, toutes choses considérées  comme hautement condamnables, voire impures.

 

A ma connaissance, c’est la première fois depuis bien des siècles qu’un groupe terroriste rejette ainsi en bloc toute civilisation non islamique, ses valeurs et sa religion, le judéo-christianisme. Il me revient à l’esprit une étude du grand islamologue et turcologue américano-britannique Bernard Lewis où l’on pouvait lire que les Ottomans, traumatisés par leur défaite militaire face à l’Occident chrétien se demandèrent où pouvait bien résider la supériorité de leur ennemi d’une part, et les raisons de leur propre défaite, d’autre part. Ils conclurent rapidement que les armées chrétiennes étaient mieux organisées, mieux entraînées et mieux équipées. La question se posa alors de savoir si la loi islamique permettait à de bons musulmans d’imiter les «infidèles»… Rendes vous compte !!

 

Dans un autre ouvrage paru aux éditions Fayard, le même spécialiste s’ interrogeait sur les raisons de ce déclin, de cette véritable décadence : what went wrong ? Que s’est-il passé ? On a presque envie de dire … Mais qu’ est-ce qui s’est mal passé ?

 

Et on se retrouve toujours à la case départ, le rejet de l’Occident et la volonté d’en revenir à un avenir situé dans le passé, à un état antérieur où tout allait bien mieux, une sorte d’adaptation islamique du mythe du paradis perdu, du Paradise lost de Milton… C’est d’ailleurs le sens premier de Salaf, le fondement, la base.  Et les salafistes sont justement les partisans d’un tel retour en arrière.

 

Voici une citation tirée d’un ouvrage du grand Karl Mannheim que ces gens ne liront jamais, mais tout de même :  Parmi les penseurs utopistes, il existe un groupe qui se réfugie dans le passé et tente d’y trouver une époque ou une société au sein de laquelle une certaine manière de transcender le réel dominait le monde. Et à travers cette reconstruction romantique, ils tentent de spiritualiser le présent… (Ideology and utopia, New York, p 259.

 

L’ancien ministre de l’intérieur français, Jean-Pierre Chevènement, disait à ses interlocuteurs musulmans que l’on pouvait revenir aux fondements les plus reculés, les plus anciens, sans devenir  nécessairement des fondamentalistes… C’est-à-dire que la quête légitime du passé n’obère pas la conquête pacifique d’un avenir encore plus radieux.

 

Nous sommes bien loin d’une telle évolution. Mais je le répète, c’est la première fois depuis des siècles qu’une telle évolution, le rejet total et absolu de l’Occident s’exprime aussi nettement.

 

Voyez l’Egypte, pays ruiné et au bord du gouffre, voire de la guerre civile, où un islamiste ose dire à la télévision d’Etat que l’existence des pyramides est incompatible avec une pratique aine et conséquente de sa religion…

 

Or, sans les rentrées d’argent générées par le tourisme, le don du Nil comme disait Hérodote serait encore plus misérable… Dieu seul sait où ces gens s’arrêteront et quand ils retrouveront le chemin de la saine raison…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 26 février 2013

 

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25/02/2013

L'interview télévisée de François Fillon

L’interview télévisée de François Fillon

 

Quand on revoit les principaux passages de l’interview de François Fillon d’hier, on se rend compte que l’homme s’est enfin émancipé de la pesante tutelle de son ancien chef, le président de la République Nicolas Sarkozy.

 

On a vu apparaître un homme décomplexé, libre de ses mouvements, s’exprimant avec aisance et montrant qu’il était désormais seul à déterminer son action. Avec le temps, on se demande comment un tel homme a pu tenir durant cinq années à Matignon avec, de l’autre côté de Paris, un président tonitruant, hyper présent, le traitant même de simple collaborateur alors que la fonction de Premier Ministre est des plus importantes, y compris dans le cadre de la Ve république.

 

Comment expliquer la longévité et le parcours sans faute de François Fillon à Matignon ? Probablement par ses qualités intrinsèques mais aussi par la présence à ses côtés durant toute cette période d’un excellent directeur de cabinet, un homme de grande culture et un véritable bourreau de travail, toujours présent à son poste, du matin au soir, y compris certains jours fériés.  Ce tandem Fillon-Faugère a été à toute épreuve, a résisté à tout, y compris au moment où il fut question de changer de premier ministre et de nommer Jean-Louis Borloo. Ce dernier ne manque pas de qualités mais il n’a peut-être pas la même solidité que François Fillon.

 

Venons en à la question majeure : François Fillon ira-t-il jusqu’au bout ? Se présentera-t-il contre Nicolas Sarkozy ?  Il y pense certainement et ira au terme de sa démarche. A-t-il des chances de l’emporter ? Ce n’est pas exclu mais il ne faut pas prophétiser car en quatre ans tant de choses peuvent se passer. Et ce fut probablement en cela que N. Sarkozy a commis une lourde erreur : il aurait dû changer de cap au moins deux bonnes années avant le scrutin au lieu de songer à renvoyer François Fillon avant de se raviser (heureusement). Ce dernier semble avoir médité cette occasion manquée, d’où sa volonté de prendre son temps.

 

La question qui se pose aux simples citoyens que nous sommes est la suivante : quelle sera à ce moment là, en 2017, la situation de la France ? De tout cœur, je l’espère meilleure. Mais la montée du chômage, le ralentissement de l’activité et la désindustrialisation du pays nourrissent nos doutes.

 

La bonne nouvelle est, en état de cause, l’émancipation de François Fillon vis-à-vis d’un homme, semblable au Dieu de Plotin, centré sur soi, replié sur lui-même et pris dans une sorte de narcissisme éternel.

 

Maurice-Ruben Hayoun

In Tribune de Genève du  25 février 2013

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Vieillir II

Vieillir…

 

En publiant l’article sur le vieillissement je ne savais pas que tant de gens, hommes et femmes confondus, réagiraient avec autant de vivacité. Certaines dames ont exprimé leur accord, d’autres, très minoritaires, ont exprimé un certain désaccord.

 

Je n’ai jamais voulu dire que les hommes  et les femmes n’étaient pas égaux devant le vieillissement ni n’en ai tiré quelques conclusions que ce soit. J’ai simplement dit que nous étions tous soumis à cette dure loi du vieillissement, que nous devions y faire face, mais que les femmes, soumises à la tyrannie de plaire font souvent bien plus d’efforts que les hommes.

 

J’ai aussi souligné que la nature agit plus durement sur la gent féminine que sur les hommes. Je m’empresse d’ajouter que cela n’accorde aucun privilège ni aucune supériorité aux hommes. Certainement pas.

 

Un de mes lecteurs et amis, archevêque de son état, m’a répondu avec une grande pertinence, ce qui ne m’étonne guère de sa part. Il m’a dit que vieillesse rime avec sagesse.

 

Et dans ce contexte, je voudrais évoquer un passage talmudique concernant le roi Salomon auquel la tradition attribue la rédaction ou au moins l’inspiration de trois écrits de la  littérature sapientiale de la Bible. Je les cite en vrac, si j’ose dire : l’Ecclésiaste, les Proverbes et le Cantique des Cantiques.

 

Le talmud se pose la question suivante : mais dans ordre le monarque à la sagesse proverbiale a – t-il écrit ces trois perles de l’éthique ? On nous propose deux solutions : l’homme Salomon a commencé par céder aux jouissances de la vie terrestre et petit à petit il s’en est détaché voyant que l’aventure humaine finissait toujours mal car la mort est au bout du chemin. Donc, dans cette hypothèse on aurait le Cantique des Cantiques (qui magnifie l’amour et le naturalisme), puis les Proverbes (quand Salomon atteinte l’âge de raison et se rend compte que les plaisirs ne sont pas le secret de la vie humaine) et enfin, peu avant la mort, l’Ecclésiaste (le nihilisme, l’absurde, le non sens absolu)…

 

La deuxième solution est à l’opposé de la précédente : on commence avec le nihilisme, rien d’a sens, ensuite on accède au vrai sens de la vie et pour finir, on append à jouir de l’existence, mais avec mesure et modération.

 

A vous de choisir…

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Le geste du pape

este du pape Hier, à l’occasion de son dernier Angelus en tant que guide suprême de l’église catholique, le pape Benoît XVI a clairement parlé de lui, de son âge et de sa volonté de se consacrer désormais exclusivement à la méditation et à la prière. Les commentateurs qui ne sont jamais à court d’idées désobligeantes même pour le saint Père ont parlé des pressions d’un lobby infâme dont je ne veux pas dire le nom qui aurait intimidé le pape lequel aurait fini par décider de se retirer. Ce n’est pas impossible, mais, au fond, le pape Benoît XVI a peut être aussi compris dans sa chair et dans son sang que le Vatican, puissance spirituelle temporelle, ne correspondait pas vraiment à l’idée que Jésus se faisait du rôle de l’Eglise ici bas… Mon royaume n’est pas de ce monde… Au fond, quelles qu’aient été en réalité les motivations précises et incontestables du pape lors de sa renonciation, son geste est aussi un rappel de l’authentique vocation de l’Eglise sur cette terre : prier et méditer la parole de Dieu, comme, d’ailleurs, les autres églises. Certes, pour peser sur le monde, l’Eglise doit avoir une base, une structure étatique, mais était-ce vraiment la vocation d’un tel homme qui affectionnait, avant tout, les heures passées dans sa bibliothèque autant que dans sa chapelle privée. Recevoir les lettres de créances d’ambassadeurs auprès du Saint Siège, présider les réunions des consistoires etc… ne convenait plus à un homme qui a veillé pendant près d’un quart de siècle sur la orthodoxie de la doctrine… Benoît XVI qui redevient Josef Ratzinger pourra s’adonner à ce qui lui plaît le plus, étudier, penser, écrire, se rapprocher de Dieu. Qu’ont dû être ces huit années pour un homme qui s’est laissé séduire par une fonction aussi prestigieuse mais surtout aussi prenante, aussi tournée vers l’extérieur alors que son vœu le plus cher a été de sculpter sa statue intérieure ? Il me semble vraiment, moi qui ne fais pas partie de cette grande église universelle que je respecte profondément, que le pape a compris que le rôle de l’Eglise était, certes, de lutter pour ne pas perdre du terrain, mais aussi pour les rares hommes qui ont l’honneur de la diriger, de renoncer aux affaires de ce monde pour ne s’occuper que de spiritualité. Si un tel choix peut conduire certains hommes à la sainteté, au niveau collectif la même attitude pourrait mener simplement au suicide. Donc, ce qui est bon pour un individu ne l’est pas pour l’immense groupe dont il fait partie. Le nouveau pape qui

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22/02/2013

L'âge et le vieillissement, comment vivre avec?

L’âge, le viellissement, comment vivre avec ?

 

Nos sociétés sont confrontées, depuis quelques décennies, presque chaque jour que Dieu fait, à ce problème aux ramifications multiples : que faire pour retarder ce couperet que chacun d’entre nous redoute, notamment parce que notre mentalité sociétale le refuse : vieillir, être moins actif, plus dépendant de l’entourage familial ou médical, bref ne plus être autonome, comme on dit aujourd’hui. C’est encore une émission de télévision, inaboutie comme d’habitude qui est à l’origine de ma réflexion. On y exposait de manière orientée et au pas de charge, les problèmes inédits auxquels les hommes, les femmes, les familles doivent faire face.

 

Les experts médicaux ont toujours dit qu’il ne fallait pas sérier les problèmes ni les traiter à part mais prendre l’homme comme un tout et apporter des solutions globales. Or, à quoi assistons nous ? A une segmentation de l’approche qui devrait être globale pour répondre aux attentes de chacun d’entre nous. Et que voulons nous, que souhaitons nous ? Vivre le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions possibles.

 

Examinons les relations entre longévité et bonne santé dans des conditions normales : comment voulez vous contrecarrer l’apparition d’affections nouvelles liées au vieillissement (le fonctionnement des glandes endocrines, le rythme cardiaque, la fonction pulmonaire et rénale) alors que l’espérance de vie croît indéfiniment, ce dont on est en droit de se féliciter à condition qu’on ne sombre pas dans une dépendance des plus dégradantes ? Un exemple, hier un vent glacial soufflait à Passy, je faisais des courses urgentes et j’ai pourtant croisé, malgré la rigueur hivernale, au moins trois personnes en fauteuils roulants, poussés par de jeunes asiatiques ou des africaines… Est ce l’avenir qui nous est réservé, suite au vieillissement de notre population européenne ?

 

Si vous allez régulièrement dans des clubs de gymnastique ou des salles de sport vous apprécierez le problème sous un aspect un peu spécial : hommes et femmes de tous âges, et surtout des femmes au dessus de la cinquantaine, sont guidées par des coaches (c’est le mot qui s’est imposé) qui veillent sur leur apparence physique et les aident à conserver une certaine agilité. Assurément, les échanges dont je suis le témoin involontaire, ouvrent au petit philosophe que je suis des horizons insoupçonnés…

 

Les  femmes d’un certain âge sont prêtes à tous les sacrifices pour continuer de plaire, d’être regardées comme avant l’âge de quarante ans. Et si vous voulez leur complaire, dîtes leur qu’elles ont fondu, qu’elles ont la forme, qu’elles sont attirantes, etc… Elles vous voueront une reconnaissance quasi éternelle, vous apporteront des verres d’au, achèteront vos livres et vous gratifieront de leurs plus beaux sourires. Comment donc ? Mais parce qu’elles veulent paraître jeunes et continuer de plaire.

J’adressai récemment des compliments à une dame sur la candeur, la beauté et l’innocence de sa propre fille, une jeune lycéenne de 14-15 ans, la dame m’a remercié mais a ajouté d’un air un peu pincé, qu’elle aussi méritait des compliments et que sa fille tenait évidemment d’elle… Je ne m’en attendais guère à cette réaction, j’ai donc bafouillé quelque chose dans le sens souhaité par cette quinquagénaire… Vous savez, les philosophes manquent souvent de psychologie, surtout de psychologie féminine.

 

Or, nous ne sommes pas tous égaux devant le vieillissement, notamment les femmes qui, dit-on, portent plus et moins bien que les hommes, les stigmates de l’âge et les ravages du temps. D’où ces maquillages et ces recours abusifs à la chirurgie esthétique. Pourquoi a t on soumis les femmes à cette tyrannie du paraître ? Pourquoi leur a t on inculqué cette nécessité vitale de plaire ? Certes, il est plus agréable de côtoyer des femmes jeunes, belles et attirantes que l’inverse. Mais qui se souciera un jour de la beauté intérieure, celle dont parle le chapitre XXXI du livre des Proverbes dans la Bible…

 

Au fond, nous devons rechercher une vie agréable, une longue vie, mais qu’est ce qu’une longue vie ? Maimonide a écrit un petit traité sur la durée de la vie, un texte en judéo-arabe qui existe depuis le XIXe siècle en traduction allemande (Maimonides’ Über die Lebensdauer) d’un certain David Herzog. Tout en étant médecin, Maimonide pensait que la durée de notre vie étaient déjà fixée par l’Eternel dans son dessein divin depuis les six jours de la création, il disait qu’une vie, même courte, mais jalonnée de  joies et d’événements heureux, était une longue vie. Toujours cette distinction entre le temps et la durée, le temps vécu, incarné par une conscience humaine. Pourquoi durer pour durer, autant bien durer, même un eu moins…

 

Voilà qui est parler de sagesse.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 22 février 2013

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21/02/2013

La Tunisie, que va t il se passer?

La Tunisie, que va t il se passer ?

 

Au fond, les extrémistes islamistes portent en eux même leurs propres gênes autodestructeurs, un peu comme le ver est dans le fruit : quand ils prennent le pouvoir, il se trouve toujours quelqu’un parmi eux pour crier casse cou lorsqu’il est effleuré par une toute petite lueur de lucidité… C’est exactement ce qui vient de se passer en Tunisie, cet ancien charmant petit pays où les Européens aux revenus modestes étaient assurés d’en avoir pour leur argent et d’être bien accueillis par ceux qui furent les descendants des Carthaginois..

 

Que s’est-il passé ? Arrivés au pouvoir grâce au ras le bol d’une population asservie, armés uniquement de leur idéologie islamiste et de leur foi en le Seigneur (ce qui, hélas, ne se mange pas dans une assiette ni ne met de beurre dans les épinards), ils se sont mis à faire des additions joyeuses, des discours interminables, confondant allégrement la parole et l’action, ce qui les a mis dans la situation économique catastrophique actuelle, ce dont personne ne saurait se réjouir puisque la Tunisie classique et éternelle n’a que des amis.

 

Mais les islamistes n’ont pas compris comment on dirige un pays, sauf le premier ministre démissionnaire qui, étant aux commandes et voyant que le pays ne fonctionnait pas normalement, a proposé de prendre le taureau par les cornes. Cet homme qui avait croupi dans les geôles du président Ben Ali pendant seize ans a fini par comprendre que le pays n’était pas sur la bonne voie. Il a proposé de se priver du pouvoir temporairement et de nommer des technocrates apolitiques.

 

Même si l’on ne sait pas ce que recouvre une telle expression, on ne peut méconnaître la nature de ce geste de bonne volonté. Et voilà le ver dans le fruit : le président de son propre parti al Nahda, refuse de se laisser déposséder du pouvoir et a presque contraint le Premier Ministre, issu de ses rangs, à la démission. C’est ainsi qu’on arrive à une situation ubuesque : le président du parti qui s’aheurte à son propre numéro 2 !

 

Que va-t-il se passer ? C’est une crise politique profonde que va traverser le pays si l’actuel parti au pouvoir (al hazb al hakem) ne comprend pas et ne tire pas les leçons qui conviennent. Pourtant, certains faits s’imposent d’eux-mêmes : plus de tourisme, très peu d’exportations, plus d’investissements étrangers et un peuple désabusé. Et ce ne sont pas les rodomontades sur le plan de la politique étrangère (cf le Proche Orient) qui vont maintenir le moral des citoyens au beau fixe. Ni des attaques déplacées contre la France.

 

Pour bien gouverner un pays, il faut une bonne économie, pas une idéologie, même si les deux vocables riment ensemble.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève de ce 21 février 2013

 

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20/02/2013

Vers un affaiblissement prolongé de la France?

Vers un affaiblissement prolongé de la France ?

Les problèmes, aimait à dire Jacques Chirac, volent en escadrille. Ce qui signifie en termes plus mesurés qu’un malheur n’arrive jamais seul. Les zones de turbulence se multiplient pour le pays : plans sociaux à la chaîne, enlèvement de Français en Afrique noire, victimes militaires au Mali, remise en cause violente de notre système social par le patron de Titan qui refuse de reprendre Goodyear, impossibilité de respecter les 3% requis par l’Union Européenne… Et ce n’est pas tout, puisque chaque jour qui passe apporte son lot de dissentiments et d’insatisfactions.

 

Cette avalanche de mauvaises nouvelles ne fera pas douter de leur mission les hommes qui sont à la barre et qui savent naviguer même par gros temps. Mais il ne faut pas manquer d’en tirer les enseignements. Commençons par la lettre du patron de Titan : je reconnais qu’elle contient des propos vexants, voire insultants pour le pays, sa mentalité et ses classes laborieuses. Mais elle invite à une réflexion : il faut en finir avec cette idée selon laquelle la France, ce si beau pays où l’on mange bien, où les femmes sont belles et accueillantes, le vin comparable à un nectar et les pays bucoliques… Il faut comprendre que l’étranger qui regarde la France débattre de la retraite à 60 ans n’en croit pas ses yeux, alors que se pose le problème du maintien des retraits tout court… L’étranger ne comprend pas non plus la pause déjeuner accordée du haut et jusqu’en bas de l’échelle sociale: vous avez vu dans les séries américaines que tous les employés mangent devant leur ordinateur dans leur bureau… un monde sépare ces deux univers…

 

La France a-t-elle vieilli ? A-t-elle manqué ses rendez vous avec le monde de demain ? Quand sera-t-elle enfin de retour ? Quand il était ministre dans le gouvernement de Michel Rocard, Roger Fauroux, un homme que je connais personnellement et admire, avait déjà dénoncé le nombrilisme franco-français. Comme on vivait jadis encore dans l’insouciance dans ce pays, la remarque n’avait pas plu, elle n’avait même provoqué une discussion salutaire, un retour sur soi, ce que les Allemands nomment Selbstbesinnung, un examen de conscience.

 

Et aujourd’hui, la France intervient courageusement au Mali. Ses troupes victorieuses ont bouté hors des villes les islamistes et les pourchassent jusque dans leurs derniers retranchements afin de les neutraliser complétement. Même le rapt d’une famille avec des enfants en bas âge (quelle mentalité, quelle inhumanité, quelle cruauté !) ne fera pas reculer la France qui a affiché sa détermination. Mais cela ne suffit pas à montrer à tous ceux qui défient ce pays qu’il est encore en mesure de se faire respecter.

 

Il faut dire que la crise économique qui étend son ombre menaçante depuis des années a tout détruit et on n’en voit toujours pas la fin. Le gouvernement actuel (et je me demande si un autre aurait mieux fait) est à la recherche de plusieurs milliards, il a dû revoir son indice de croissance à la baisse (de 0,8 à 0,3-2) probablement, et le chômage croît de jour en jour… Le premier président de la cour des comptes a même proposé de fiscaliser les allocations familiales.

 

Les mesures sociales, voilà le nœud du problème mais l’écrasante majorité des Français ne veut pas en entendre parler. C’est un sentiment humain et parfaitement compréhensible. Mais peut-on continuer à vivre dans la crise comme on vivait avant la crise ?

 

N’oublions pas qu’en Allemagne ce fut un gouvernement socialiste de Gerhard Schröder qui a impose les lois Harz 1 à 4, rendant possible le redressement spectaculaire du pays. Mais voilà, il ne fut pas réélu…  Et la France n’est pas l’Allemagne !

 

A méditer. Si l’on veut pouvoir dire un jour qu’on espère prochain : la France est de retour…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 20 février 2013

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19/02/2013

La société duale et la paupérisation de nos pays

La société duale ou la paupérisation de nos pays

 

La vision qui fut celle de Valérie Giscard d’Estaing se confirme : nous allons vers une société duale. Si vous écoutez les informations, on ne parle que de crise, de stagnation, de croissance nulle et de paupérisation, relative, pour le moment mais qui est devenue quasi absolue en Grèce.

Ce matin, un signe qui ne trompe pas sur le changement de monde que nous vivons : la SNCF qui est attentive au plan commercial au marché et au comportement des clients vient d’aménager un train low cost, à 25 € le voyage en direction de Marseille, mais à des conditions assez incroyables : vous allez jusqu’à Marne la Vallée, à 45 minutes de Paris, classe unique et un seul bagage par personne et pas de voiture bar. Bientôt, on fera même payer l’usage des cabinets de toilettes…

Si cela continue on fera comme à Bombay ou à Calcutta, on voyagera sur les toits des trains, dans les couloirs ou sur les fenêtres. C’est absolument incroyable.

Qui fustigera l’incurie de nos prévisionnistes et l’insouciance de nos politiques, plus enclins à se faire réélire qu’à dire la vérité sur la situation économique de leurs pays respectifs…

Je ne sais si vous l’avez déjà remarqué mais la pauvreté s’installe même dans les supermarchés où les conditionnements des produits changent progressivement : on vend de l’essuie-tout à taille réduite, on vend des packs de bière ou de limonade à trois bouteilles au lieu de six, des mouchoirs en papier en nombre réduit afin de demander des prix moindres, etc…

Comment faire ? Comment nier la réalité ? Les ministres de tous les pays d’Europe n’ont plus qu’un mot à la bouche : la rigueur ou l’austérité. On parle même de fiscaliser les allocations familiales. Mais où donc nous  arrêter ?

Certains, situés à un point déterminé du spectre politique, prétendent que les dépenses de santé et de justice sont dues à une population non française qui profite indûment de l’argent du pays et de ses allocations chômage, maladie, familiales etc… Ce serait terrible mais cela risque d’arriver si l’on n y prend garde : il faut simplement stopper l’immigration et renvoyer chez eux, mais de manière humaine, ceux qui n’ont rien à faire en Europe.

La situation sera réexaminée en cas de retour à meilleure fortune.

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