23/11/2012

La ville d’Ulm rend hommage et justice à la mémoire blessée de ses compatriotes juifs…

La ville d’Ulm rend hommage et justice à la mémoire blessée de ses compatriotes juifs…

 

C’est avec une réelle émotion que j’ai pris connaissance de la décision du conseil municipal de la ville d’Ulm, une jolie petite ville de l’Allemagne méridionale, dans le land du Bade-Wurtemberg, de reconstruire la belle synagogue de l’ancienne communauté juive locale, détruite comme toutes les autres au cours de la nuit de cristal.

 

Le conseil municipal a prévu d’inaugurer ce nouveau lieu de culte juif au cours du premier week end du mois de décembre 2012. Mais cette initiative se distingue de toutes les autres que l’on peut assimiler à des réparations (Wiedergutmachung, un mot que je n’aime pas, car comment pouvez vous ressusciter les morts ?).

 

Comment ? Eh bien, parce que le maire régnant de la ville et ses conseillers municipaux ont bien voulu inviter les descendants de leurs anciens compatriotes juifs, chassés ou exterminés par le gouvernement national-socialiste, à assister à Ulm à l’inauguration de la nouvelle synagogue, ancien centre de la vie communautaire.

 

C’est ainsi que les familles MOOS d’Annecy, apparentée à la famille d’Albert Einstein, mais de bien d’autres villes en Europe et aux USA ont été généreusement invitées à honorer cette inauguration historique de leur présence. En agissant ainsi, la ville d’Ulm renoue symboliquement avec un passé douloureux, soixante-sept ans après la fin de la guerre. La quasi-totalité des victimes n’est plus, mais leurs descendants que la ville s’est donné la peine de rechercher et de retrouver seront sur place.

 

Une telle cérémonie qui se déroulera en plusieurs phases revêt une nature particulière. Presque religieuse, car il s’agit bien d’une synagogue.

 

Je rappellerai qu’il y a quelques semaines, le ministre allemand des affaires étrangères, M. Guido Westerwelle, avait prononcé un beau discours lors de l’ordination de jeunes rabbins à Cologne. Dans son allocution, le ministre soulignait que les juifs allemands ne sont pas une minorité protégée mais des Allemands à part entière et qu’il souhaitait les voir au centre de la société (wir wollen sie in der Mitte unserer Gesellschaft).

 

L’initiative du maire d’Ulm rejoint donc la préoccupation du ministre fédéral. Nul ne contestera la grande difficulté qu’il y a à combler un tel fossé qu’on nomme la Shoah.. Mais c’est vraiment à l’honneur de la ville d’avoir pris cette initiative, même si ce ne sont plus que les enfants et les petits enfants des victimes et des expatriés qui reviennent pour assister à cette heure solennelle (Stunde der Andacht)

 

Der Stadt Ulm gereicht es zur Ehre, diese heilvolle Initiative ergriffen zu haben, um die Wunden einer unvergeßlichen Vergangenheit zu narben.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 23 novembre 2012

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