06/09/2012

Les Etats du Proche Orient sont-ils normaux ?

Les Etats du Proche Orient sont-ils normaux ?

 

Que l’on se rassure, ce n’est pas moi qui ai originellement posé la question. J’ai lu l’interview dans le journal Le Monde de l’ancien chef de la sécurité générale au Liban, un officier supérieur dont le nom m’échappe présentement mais que vous pourrez retrouver en vous reportant à l’interview parue au milieu de la semaine dernière. Certes, ce général est un fidèle soutien de Bachar el Assad et il a tenu des propos qui ne laissent pas d’étonner, allant jusqu’à assurer que le régime ne sombrera pas, qu’il résiste même plutôt bien puisque 18 mois d’émeutes et de luttes acharnées n’ont pas réussi à l’abattre… Et d’autres phrases du même tonneau qui laissent entrevoir qua dans l’ancien système sécuritaire libanais, les partisans de la Syrie sont encore nombreux.

 

Mais je souhaite revenir ce matin sur une phrase de ce général qui a retenu mon attention. A la question de savoir si la Syrie est un Etat normal (verbatim) le général a fait cette réponse étonnante mais qui est très instructive : connaissez vous un seul Etat normal dans ce Proche Orient ?  C’est le seul point de son interview sur lequel je le rejoins. Dans cette région du monde, pas un Etat n’est normal au sens où nous l’entendons, nous Occidentaux.

 

Pas même Israël qui demeure, malgré tout, le seul ilot de démocratie, de progrès et de puissance, bref un authentique Etat de droit (medinat hoq). Mais même ici, et je l’admets totalement, la religion n’est pas séparée de l’Etat puisqu’il s’agit d’un Etat juif.

 

Cette remarque d’un ancien responsable sécuritaire de la région est instructive à biens des égards : la logique cartésienne, telle que nous l’entendons et qui se fonde sur les principes aristotéliciens de l’identité et de la contradiction (1 est 1 et n’est pas 2, 2 est 2 et n’est pas 1) ces vérités d’évidence ne sont pas (comme dirait Descartes en parlant du bon sens) la chose du monde la mieux partagée.

 

Ce constat nous ramène vers le conflit du Proche Orient dont les chancelleries occidentales commencent à admettre le caractère absolument insoluble. Dès que l’on arrive en vue d’un règlement qui pourrait convenir à toutes les parties, survient alors un événement, le plus souvent un attentat ou une action inattendue qui remet tout en question. Et c’est le retour à la case départ.

 

En fait, même si nous autres cartésiens refusons de l’admettre car cela remet en question les fondements de notre appareil logique et même épistémologique, ce conflit a des racines religieuses sur lesquelles l’entendement sain (pour parler comme Rosenzweig) n’a aucune prise. LA diplomatie internationale, ce n’est la pas la Loi et les prophètes. C’est le pragmatisme, c’est l’action intelligente et subtile de se détacher doucement mais clairement des mythes fondateurs. En une phrase, c’est tourner le dos au fondamentalisme, le plus souvent religieux.

 

Considérez la situation socio-économique de la plupart des Etats de cette région : tous auraient besoin, et de manière pressante, d’un assainissement économique et d’une ouverture politique menant à une démocratie. Et que font-ils ? Ils se livrent à une course folle à l’armement au lieu de bâtir une société libre fondée sur le droit.

 

C’est triste mais c’est ainsi. Le principe de réalité  conduit inéluctablement à faire un tel constat. A moins que la Grâce…

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