02/08/2012

Exécutions sommaires en Syrie

Exécutions sommaires en Syrie

 

En Syrie, et notamment dans la ville d’Alep, c’est une lutte à mort qui est engagée entre les rebelles et les forces du régime. Les deux parties savent que le vainqueur de la bataille d’Alep l’emportera définitivement : en effet, si les troupes de Bachar ne réussissent pas à contrôler la capitale économique du pays, c’est le régime tout entier qui sera vaincu. Or, à moins que tout ne trompe (pour parler comme les Allemands) l’armée syrienne recule et les insurgés ont même sécurisé un couloir menant de la métropole du nord à la frontière turque, ce qui permet un acheminement sans problème d’hommes et de matériel. Bachar ne semble plus en mesure de motiver son armée et de protéger les postes-frontières avec les pays voisins. Or, la Turquie abrite et reçoit les chefs militaires de l’insurrection et sert de base arrière.

 

Si les insurgés gagnent du terrain, ils ont, en revanche, commis des crimes de guerre à la face du monde : hier, alors que je m’exerçais en regardant al-Jazeera, j’ai soudain vu que l’on collait une dizaine d’hommes aux visages ensanglantés et tuméfiés, contre un mur… Et s’ensuivit une fusillade d’au moins une minute ! Les insurgés avaient exécuté sommairement leurs prisonniers, symboles d’un régime sanguinaire honni. Ce spectacle a révulsé des millions de téléspectateurs et causera du tort aux rebelles qui adoptent désormais les mêmes méthodes que le régime d’Assad lequel tue, torture et brûle tout sur son passage. C’est la politique de la terre brûlée ( siyassat al ard al-mahrouka).

 

La guerre, car c’en est une et ceux qui font mine de l’ignorer ne leurrent qu’eux-mêmes, pousse les combattants des deux camps à commettre des exactions en réponse à celles de leurs ennemis. Il est vrai que le régime syrien a toujours régné par la terreur mais si les insurgés veulent conserver leur capital de sympathie auprès de l’opinion publique mondiale qui est à leurs côtés, ils doivent respecter la vie humaine…

 

Qu’est ce que cette façon de laisser à terre le corps criblé de balles du général commandant de la gendarmerie d’Alep ? Qu’est ce que cette façon de torturer les prisonniers. Il ne faut pas confondre torture et résistance.

 

On apprend aussi que des combats ont éclaté dans les quartiers chrétiens de Damas. N’oublions pas que ce qui nous paraît incompréhensible ici en Occident est monnaie courante en Orient. Les chrétiens, amis d’Assad qui leur servait de protecteur, vont sûrement payer au prix fort leur alliance dictée par la nécessité du moment. Ils vont donc avoir à choisir entre un sort cruel et terrible sur place et / ou l’exil. Et c’est ainsi que l’Orient arabe se videra de toute présence chrétienne alors que c’est sur cette terre que la religion de Jésus fit ses premiers pas. Hier soir, Canal + a diffusé un long reportage sur les acquisitions immobilières du Hezbollah libanais qui reprend les terrains des villages chrétiens à prix d’or…

 

Après l’Irak que les chrétiens quittent en masse, voici venu le tour de ceux de Syrie et du Liban. C’est triste.

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 2 août 2012

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