31/07/2012

Dans très peu d’années, Israël ne sera plus le grand problème du Proche Orient…

Dans très peu d’années, Israël ne sera plus le grand problème du Proche Orient…

 

Cela peut paraître très paradoxal, mais ce sera bien le cas : dans peu d’années, trois ou cinq ans, les Arabes auront d’autres préoccupations qui revendiqueront leur attention bien plus que l’existence, à leurs côtés, de l’Etat juif. C’est là l’une des conséquences de ce que l’on nomme communément, et peut-être trop rapidement, le printemps arabe. Ce qui me fait penser cela, c’est la dernière démarche du chef des Kurdes d’Irak qui parle d’un référendum au cours duquel la population de sa région autonome sera appelée à disposer le plus librement possible d’elle-même. En d’autres termes : les Kurdes resteront-ils au sein de la fédération ou confédération irakienne ou iront-ils vivre leur vie ailleurs, c’est-à-dire en dehors des limites de l’Etat irakien central ?

 

Dans un précédent papier, j’ai attiré l’attention sur les risques de démembrement, voire de dislocation de maints états : la Turquie, la Syrie, le Liban, la Libye et l’Irak. Mais je m’étais focalisé sur la Syrie qui a toujours été une mosaïque de peuples et de communautés religieuses, tenues ensemble par la main de fer de Hafez el Assad.

 

Aujourd’hui, on voit surgir les ferments de la discorde dans tous ces pays, attisés par la décomposition de la Syrie. Ce matin encore, je scrutais sur les télévisions, les ruines des villes et des villages syriens. En anglais, on dirait no stone is left unturned ou en allemand dem Boden gleich machen : tout a été rasé, et même lorsque l’armée régulière est contrainte de se retirer, elle mitraille et bombarde tout dans sa retraite…

 

Pour dessiner la Syrie d’après Bachar, les experts se livrent à toutes sortes de reconstitutions. Les uns misent sur la préservation d’un réduit alaouite où iraient se réfugier cette minorité qui gouverne le pays depuis plus de quarante ans. Le dos au mur, Bachar et les débris de son armée ont les moyens de tenir dans une sorte de région bunkerisée autour de Lataquié et de Tartous. Il y a des ports, des aéroports, des casernes et des gisements de pétrole. Mais cette hypothèse présuppose que le reste de la Syrie se divisera en autant d’autres entités ethniques et religieuses.

 

La nouveauté qui inquiète d’ailleurs profondément la puissance régionale de cet endroit du monde, à savoir la Turquie, c’est la question kurde. On l’a largement occultée pour ne voir que la question palestinienne. Or, les Kurdes sont présents partout, en Irak, en Syrie, en Turquie et en Iran. Autant de pays qui observent ce qui se passe en Syrie et en Irak comme on surveille le lait sur le feu.

 

La Turquie dont le Premier Ministre, le colérique Erdogan a entièrement désorganisé la diplomatie en optant sans discernement pour le camp des radicaux arabes et en renversant l’alliance avec Israël, doit se mordre les doigts d’avoir fait une analyse à très courte vue. Il n’avait jamais prévu la volte-face syrienne et on espère que cet exemple lui ouvrira les yeux concernant l’Iran des Mollahs… Aujourd’hui, il réalise que les Kurdes de Syrie et ceux d’Irak peuvent se rejoindre pour faire des misères à son pays et réclamer une autonomie, voire une indépendance… Un bon chef de gouvernement aurait dû prévoir une telle évolution et ne point mettre le doigt dans un dangereux engrenage.

 

Or, un peu partout, on constate que la décomposition syrienne aiguise les appétits, encourage les velléités d’indépendance, voire de séparatisme notamment kurde en Irak. Le résultat est que l’on a privilégié les Palestiniens alors que la vraie bombe à retardement, c’est le problème kurde. Aujourd’hui, ces mêmes Kurdes, les grands oubliés du Proche Orient, disposent de grands moyens en hommes et en matériel. Ils ont pignon sur rue, ce qui inquiète aussi l’Iran des Mollahs.

 

En conclusion, le problème kurde va se poser à au moins quatre états avec une acuité toute particulière : l’Irak, la Turquie, la Syrie et l’Iran… Ces quatre puissances, considérablement affaiblies soit par l’embargo, soit suite à l’implosion politique, vont nécessairement reléguer le conflit israélo-palestinien à l’arrière-plan…

 

En moins de cinq années, ces mêmes pays auront à gérer ce séparatisme kurde qui a désormais le vent en poupe. Ce sont les kurdes qui seront les nouveaux palestiniens de la région. Or, dans leur majorité, ils ne sont pas opposés à Israël et auront plutôt des reproches à adresser à leurs suzerains arabes.

 

Décidément, cette région ne cessera donc jamais de retenir notre attention. Renan saluait déjà en son temps cette effervescence, même dans le domaine des religions. L’Occident, écrivait-il, reçu de l’Orient toutes ses divinités. L’occident n’a jamais créé de religions, l’Orient en crée une chaque jour…

 

A suivre…

 

Maurice-Ruben HAYOUN

In Tribune de Genève du 31 juillet 2012

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30/07/2012

LES JOURNEES D’ETE, PROPICES A LA LECTURE…

LES JOURNEES D’ETE, PROPICES A LA LECTURE…

Vous avez sûrement remarqué que durant les semaines d’été les gens lisent bien plus. Les gens auxquels vous envoyez vos livres vous répondent généralement qu’ils attendent les vacances, notamment celles d’été, pour vous lire. Et soi-même, quand on parcourt les journaux, on y trouve des thèmes peu habituels. Par exemple, dans Le Figaro, j’ai bien apprécié le feuilleton retraçant la vie mouvementée et la fin tragique d’Albert Londres. Ce qui fut relaté à propos de la naissance de Tel Aviv m’a vivement intéressé car il s’agissait alors d’un témoin oculaire. On sait que le célèbre journaliste est mort dans des conditions mystérieuses= le paquebot qui le ramenait en France a pris feu…
Le journal Le Monde publie, de son côté, des chroniques sur Abu Dhabi et  l’Iran, enfin sur toute cette région en proie à de vives tensions. Mais, Dieu soit loué, il n’est pas question de cela, pour une fois ! Les chroniques sont plus pacifiques et plus humaines, même si les problèmes demeurent.
Jadis, certains journalistes s’avérèrent comme de grands écrivains, Joseph Kessel etc… De nos jours, malheureusement, les journalistes se prennent pour de grands écrivains et imposent un modèle d’écriture qui équivaut à un nivellement par le bas. C’est bien dommage…
Enfin, il y a une trêve estivale pour tous, mais pas pour ces pauvres Syriens qui subissent à Alep les assauts de l’armée d’Assad. Sans que les réactions le niveau de déclarations orales courroucées.

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29/07/2012

Ce dimanche 29 juillet, journée du 9 du mois d’Av du calendrier hébraïque

Ce dimanche 29 juillet, journée du 9 du mois d’Av du calendrier hébraïque

S’il y a une journée empreinte d’une profonde tristesse dans l’année kjuive, c’est bien celui-ci que la tradition a choisie pour commémorer le souvenir de la double destruction du Temple de Jérusalem, le premier en 586 avent notre ère et, et le second en 70 de notre ère. C’est un traumatisme aux conséquences incalculables et vécues comme tel aujourd’hui encore. Dès la veille, les juifs pieux ou simplement traditionalistes entament un jeûne et à la synagogue on lit les Lamentations de Jérémie, connues sous le titre de la Mégillat Ekha… Ekha signifie en hébreu, comment !

Comment s’est retrouvée toute seule, la métropole (= Jérusalem) ? Elle devint comme une veuve alors qu’elle fut précédemment fortement peuplée, princesse parmi les nations, soumise au tribut… En quelques phrases bien senties, le liturgiste a brossé la situation dramatique de la capitale de la Judée.

L’auteur n’a pas vraiment dramatisé la situation : depuis cette époque fatidique, le peuple juif a subi la pire de ses défaites, l’Etat juif a cessé d’exister pour ne renaître qu’en 1948 avec David Ben Gourion. Durant ces deux millénaires, que de drames, de persécutions, de massacres, de conversions forcées et d’expulsions de tous les continents.

On a dit que chez les juifs, la mémoire a supplanté l’histoire. J’ai envie de dire que c’est la martyrologie qui a pris le pas sur l’Histoire. Ils ont précédé la déclaration de l’écrivain allemand dans son roman d’éducation Heinrich von Ofterdingen, selon lequel seuls les hommes craignant Dieu peuvent faire œuvre d’historiographes…

On se demande comment des hommes dotés de notre mentalité historienne auraient décrit la catastrophe de 586 et de + 70 ! Auraient ils parlé comme les vieux  chroniqueurs ? Sûrement pas. Mais nous avons un exemple pour la comparaison : la Shoah

Mais la tradition juive ancestrale n’a pas voulu se complaire dans le deuil puisqu’elle a instauré dès la semaine suivante un sabbat de consolation et de renaissance, de renouveau de la vie et du bonheur. C’est le fameux chapitre 40 du livre d’Isaïe, le chabbat nahamou qui est lu dans le culte synagogal.

Ne dit on pas en français ; après la pluie vient le beau temps…

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28/07/2012

En analyse avec Freud, de Manfred Pohlen, Paris, Tallandier, 2010

En analyse avec Freud, de Manfred Pohlen, Paris, Tallandier, 2010

Comment un philosophe en vacances occupe ses journées au bord de l’eau ? En lisant des livres qu’il n’a guère le temps ni l’opportunité de parcourir en temps normal. Et croyez moi, je découvre des choses. Et notamment depuis que j’ai relu le Moïse de Freud signé par le regretté Yerushalmi.

De quoi s’agit il dans ce livre de Manfred Pohlen ? Il s’agit de relater par le menu les séances d’analyse avec Freud en personne, sur la base d’enregistrements et de mises par écrit des échanges, le tout avec l’assentiment du père de la psychanalyse. Ce sont de véritables procès verbaux qui constituent l’ossature du livre car l’analysant, un psychanalyste Ernst Blum, avait confié à l’auteur toutes ces archives aux fins de publication.

La thèse principale de Pohlen est que la psychanalyse est une science d’origine juive et que Freud accordait une importance particulière à sa clientèle juive, notamment le fait que dans ses entretiens avec son patient Blum, il se soit retrouvé, plusieurs fois par semaine, en compagnie d’un autre juif. En somme, un séminaire de deux juifs. Derrière ce constat on découvre la hantise de Freud de ne pas avoir de continuateurs non juifs, aptes à propager sa doctrine. Des supports ou des canaux exclusivement juifs auraient conduit à une assimilation, abusive à ses yeux, entre la psychanalyse et le judaïsme. L’espit juif, oui, mais pas la religion, ni la théologie du judaïsme. Encore la fameuse distinction entre judaïsme et judiété…

Je ne crois pas que la psychanalyse soit une science juive, tout en étant persuadé que seul un juif, croyant ou mécréant comme Freud, était en mesure de l’exhumer des tonnes d’alluvions sous lesquelles elle se trouvait enfouie. L’auteur discute assez subtilement les dénégations de Freud au sujet de son enracinement dans la judéité ou le judaïsme et décide d’y voir la manifestation d’une appartenance ou d’une identité refoulée et / ou controversée.

Il est étonnant de découvrir un Freud qui agissait d’une manière particulière en présence d’un autre juif sur lequel il fondait de grands espoirs afin de propager son enfant, la psychanalyse, en Suisse notamment. On effleure aussi le sujet à propos de l’étrange mansuétude de Freud à l’égard de C.G Jung, dans le seul but de soustraire la psychanalyse à l’accusation d’être une émanation des juifs, ce qui aurait conduit à sa disparition dans une Autriche, voire une Europe, rongée par l’antisémitisme le plus virulent qui fût.

On  pourrait penser que seul un praticien juif pouvait comprendre un analysant juif en rupture de ban avec son propre judaïsme. Blum avait une peur panique des pogroms et des persécutions dont les juifs avaient été les victimes désarmées durant des siècles. Il convint donc de s’en débarrasser, un peu comme Freud mais d’une manière différente. Blum était né à Bruchsal dans le Bad Württemberg  et passa un peu de temps à Stuttgart avant de suivre sa famille, partie s’installer à Zurich. Ayant fini des études de médecine, il rencontra une jeune estonienne qu’il épousa plus tard et dont il eut deux filles.  Cette union connut une fin tragique car cette femme partit dans son pays d’origine avec ses deux filles en 1940. Les Soviétiques qui avaient envahi le pays, l’envoyèrent au Goulag où elle mourut et Blum mit plus de deux ans à obtenir l’élargissement de ses deux filles grâce à l’intervention de l’ambassadeur de Suède à Moscou. Mais cela intervint bien après l’analyse qui eut lieu en 1922.

Je n’ai pas pu lire dans leur intégralité les 213 pages de procès verbaux des analyses, en revanche j’ai bien regardé les chapitres traitant des relations entre judaïsme et psychanalyse. Il est indéniable que seul un esprit juif, originellement, puisque Freud avait gommé, de son mieux, tous les liens entretenus avec sa religion de naissance, pouvait accoucher de la psychanalyse. Tout, dans l’esprit juif, tourné exclusivement vers l’exégèse du texte sacré, porte à interroger les grands événements de l’existence humaine avec un sens critique si aiguisé.

Quand vous commencez votre apprentissage des textes de la Tora, on vous soumet à toute la littérature midrashique qui cherche à savoir pourquoi le texte s’est exprimé ainsi et pas autrement. C’est un éveil sans pareil du sens critique, surtout quand on vient d’avoir cinq ans… Et je ne parle même pas des prières récitées chaque matin où il est question de l’âme, une notion qui ne nous intéresse généralement pas à cet âge là, même pour les plus doués d’entre nous.

Freud disposait donc de l’arrière-plan, du background nécessaire pour comprendre le langage de l’âme, même s’il a fini par convenir que celui-ci était obscène. Pohlen déclare avec conviction que la découverte de la psychanalyse fut conçue par son inventeur comme un pamphlet contre la vérité chrétienne, une véritable bombe menaçant ce qu’il nomme «le délire» ou «la mythologie» du christianisme. Petit à petit, on voit Freud se fondre, s’identifier à la personnalité de Moïse, prophète-législateur du peuple d’Israël et auteur putatif du Pentateuque, appelé l’Ecriture que des générations entière commentent sans discontinuer depuis des siècles, voire des millénaires. Dans cette posture, Freud apparaît comme le nouveau Moïse dont l’Ecriture révélée (de l’inconscient) n’est autre que la psychanalyse. Du coup, même les récits bibliques sur ce grand héros (qui n’a peut-être jamais existé) deviennent des symboles qu’il convient d’interpréter et de décoder tout comme la psychanalyse se targue de traduire en langage compréhensible ce que l’inconscient transmet dans les rêves. Et de même que Moïse a extrait les Hébreux de l’esclavage d’Egypte, ainsi Freud conduit son peuple vers les ports hospitaliers de la psychanalyse qui devient elle-même une sorte de Terre de promission…

Seul un juif pouvait faire cela. Pourquoi ? Mais parce que l’exégèse biblique, le passage du symbolique au texte clair, offrait le cadre idéal pour une telle entreprise. Avant les juifs, on ne connaît que les récits mythologiques d’Homère et d’Hésiode. Un certain Théagène de Rhégium, érudit grec du VIe siècle avant JC, aujourd’hui Reggio de Calabre, avait risqué quelques interprétations allégoriques, sorte d’exégèse non-littérale des récits d’Homère. On ne pouvait tout de même pas prendre au pied de la lettre le traitement irrévérencieux que Zeus fait subir à la déesse Era, archétype divin de la protectrice de la femme … La conscience hellénique avait fini par s’affiner avec le temps et comprit que de telles choses devaient avoir un sens obvie et un sens profond qui n’étaient pas nécessaire solidaires…

Bien avant l’exégèse talmudique, du midrash et d’autres méthodes herméneutiques, la Bible hébraïque contenait l’interprétation de certains rêves (dans la Genèse avec Joseph) et les récits paraboliques des prophètes (Isaïe, Jérémie, Ezéchiel) sans même parler d’Amos et de Zaccharie… On énonce une allégorie et on en propose la signification (hidda, mashal,  nimshal etc…)  J’ai évoqué il y a quelques semaines, mais dans ce même journal, les ascendants de Freud et la fameuse Bible offerte par son père, qui s’alarmait de voir son fils bien-aimé s’éloigner considérablement de la tradition de ses ancêtres !

Songez que Freud avait épousé une descendante du rabbin Jacob Bernays de Hambourg, élevée dans le respect des règles de la tradition. Il réussit tout de même à lui faire lâcher prise, une initiative qui finit pr inquiéter son géniteur Jakob Freud.

Ce livre contient parfois des longueurs et adopte aussi, de temps en temps, un ton polémique (en allemand : ein polemischer Unterton). Mais cela n’enlève rien à ses qualités intrinsèques. Il faut le lire pour mieux comprendre l’homme Freud et son monothéisme à lui, la psychanalyse/

Maurice-Ruben HAYOUN in
Tribune de Genève  du 28 juillet 2012

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Eviter un bain de sang à Alep

SYRIE : L’ONU DEVRAIT INTERVENIR MILITAIREMENT POUR EMPECHER LE BAIN DE SANG QUI SE PREPARE A ALEP

Alors que les troupes loyalistes se massent aux portes d’Alep et qu’un massacre est envisagé, que fait l’ONU ? Eh bien, par la voix de son secrétaire général, elle se contente de parler et de supplier Bachar de s’abstenir de donner l’assaut.. Incroyable ! L’organisme chargé de faire respecter la légalité internationale se contente de dire quelques mots et de laisser faire un futur massacre. C’est un véritable scandale.

Cela rappelle de très mauvais souvenirs à la communauté internationale, notamment l’inaction de la SDN face aux agresseurs nazis. Il est inutile de lancer par la suite, post festum, le concert des pleureuses professionnelles si l’on est incapable d’intervenir efficacement et victorieusement contre les tyrans.

Et que fait la Ligue Arabe ? A part se réunir à intervalles régulier ou à envoyer des armes en sous main aux rebelles. Mais même ces envois, ces fournitures d’armes ne répondent aux besoins. Pourquoi cet esprit timoré ? C’est que, tant les régimes arabes modérés que les Occidentaux, sont in quiets de voir leurs armes sophistiques tomber dans de mauvaises mains, al-Quaida ou d’autres intégristes.

C’est le paradoxe existentiel de toutes ces révolutions dont aucune n’a conduit au pouvoir des adeptes de la démocratie et de la laïcité. Même les discours incantatoires des uns ou des autres, même les yeux de Chimène pour tel ou tel parlement occidental ne nous rassurent pas. Ce qui parle aux masses arabes, c’est l’idée de salaf, d’un passé fondamental prétendument glorieux, une sorte d’hier ou d’avant-hier où l’on ne se posait pas de questions, où l’on n’affrontait aucune difficulté, rien ne venait contredire une certaine vision du monde qui, en réalité, n’en était pas une. Mais c’était si confortable. D’où la grande fortune des salafistes. Leur slogan : avant (on ignora quand, mais on dit : avant) tout était mieux, plus facile, plus beau, plus glorieux, alors retournons-y…

Le problème de ce décalage où l’âme de ces gens préfère le rêve, oui, leur problème c’est que la démocratie se trouve devant nous et pas derrière nous…

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27/07/2012

La Syrie et ses voisins: les leçons d'une guerre civile

LE CONFLIT SYRIEN, RISQUE DE CONTAGION POUR SES VOISINS

L’Irak et le Liban suivent avec une attention redoublées l’évolution inquiétante des émeutes en Syrie. On devrait presque dire de la guerre civile en Syrie. On ne compte plus les réfugiés qui se réfugient dans ces des pats limitrophes comme la Jordanie, la Turquie, le Liban et l’Irak. Tous n’ont pas les mêmes problèmes mais tous sont inquiets de ce qui se passe. Et, disons clairement, pour la première fois, ce n’est pas l’état d’Israël qui est en cause. Il est parfaitement étranger à tout cela car ce sont les contradictions inhérentes aux régimes arabes dictatoriaux qui signent leur perte. Voyons els choses d’un peu plus près.

La Turquie a toujours été gouvernée par un régime fort, que ce n’était pas directement par ses forces armées. Mais il y a le problème kurde qui empoisonne sa vie politique intérieure depuis des décennies. Depuis avant-hier, voyant que les Kurdes de Syrie ont des velléités autonomistes et qu’ils pourraient réaliser leur jonction avec leurs frères d’Irak et de Turquie, les Turcs menacent de pénétrer en Syrie pour leur ramener à la raison. Donc, affaire à suivre.

Le Liban a toujours constitué une entité très proche de son puissant voisin, aujourd’hui semblable à un champ de ruines. Ce qui se passe en Syrie a des répercussions immédiates au Liban. Les Libanais savent que l’effondrement de Bachar est une question de semaines et qu’ils devront alors se retourner contre sa milice armée sur place, le Hezbollah s’ils ne veulent pas d’une mainmise de l’Iran sur leur pays. Enfin, les chrétiens de Syrie et du Liban pourraient faire cause commune et mieux lutter contre leurs ennemis communs.

L’Irak ne sortira pas indemne de cette guerre civile à ses portes. Son gouvernement a eu tort de laisser partir les Américains qui, eux au moins, savaient combattre le terrorisme. De plus, la mosaïque irakienne ne résistera pas aux menées centrifuges des uns et des autres. Là encore, les Kurdes vont faire parler d’eux.

Deux pays semblent à l’abri, l’un bien plus que l’autre : Israël et la Jordanie. Le successeur de Hussein de Jordanie a su s’amarrer à l’Amérique et permet à son armée d’opérer dans son vaste désert pour espionner et surveiller les événements. Reste la masse des Palestiniens qui n’ont pas abandonné leurs visées  hégémoniques sur le royaume.

Pendat tout ce temps, l’Etat d’Israël suit sa route et renforce la logique de son développement. Cet Etat juif, modèle de démocratie et de réussite économique et technologique pouvait être une chance pour ce monde arabo-musulman qui se déchire. Pendant des décennies, les régimes dictatoriaux des Arabes ont instrumentalisé un petit différent pour en faire un soi-disant conflit majeur entre eux et le monde juif. Funeste erreur.

Tout observateur extérieur impartial reconnaîtra qu’il faut tourner la page de ces relations conflictuelles et œuvrer en faveur d’un développement commun. Le printemps arabe aura délivré son unique leçon= l’instrumentalisation de la lutte contre Israël est responsable de la stagnation politique et économique de tout un monde.

Il est temps que cela cesse…


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26/07/2012

FACILITER L’ACQUISITION DE LA NATIONALITE FRANÇAISE ?

FACILITER L’ACQUISITION DE LA NATIONALITE FRANÇAISE ?

J’ai écouté ce matin sur I Télé l’interview de l’ancien ministre Bruno Le Maire qui est candidat à la présidence de l’UMP. Il saute aux yeux que ce jeune monsieur, au demeurant plutôt brillant, n’a guère la tête de l’emploi ni même l’expérience pour tenir un parti aussi turbulent et aussi difficile que l’UMP. Mais qu’importe, les hommes politiques même ceux dont  on attendait beaucoup, retombent toujours dans l’ornière lorsqu’il s’agit d e faire parler de soi et de battre les estrades pour y parvenir… Mais laissons, ce n’est pas ce point précis qui m’intéresse puisque ce sera, en tout état de cause, soit Jean-François Copé soit François Fillon qui l’emportera…

Ce qui m’intéresse ici, ce sont les déclarations de Bruno Le Maire sur la libéralisation de l’octroi de la nationalité française à des gens qui n’y voient que le moyen d’accéder aux minima sociaux et  aux aides de toutes sortes. M. Le Maire a indiqué avec raison qu’il faut parler la langue, adhérer aux valeurs républicaines et s’identifier à l’histoire de la France. Or, cela ne semble pas toujours être le cas. Manuel Valls est sûrement un bon ministre de l’intérieur, il connaît les problèmes posés par la transplantation puisqu’il est lui-même naturalisé français, mais il commettrait une lourde erreur en touchant aux critères établis par M. Claude Guéant.

Il faudrait être aveugle pour ne pas relever que le score en forte hausse du Front National traduit une exaspération et un ras le bol d’une frange sans cesse croissante de la population française qui se sent envahie.

Que l’on me comprenne bien, il ne faut pas m’identifier aux propos que je rapporte, il convient simplement de tenir compte de la réalité. Si l’on libéralise de telles formalités, le parti Lepéniste frôlera les 20% aux prochaines élections, voire plus.

Avec de bons sentiments on ne fait pas nécessairement une bonne politique. La nationalité française se mérite, elle ne s’acquiert pas automatiquement. Le pays doit avoir le temps d’absorber une immigration de même nature, notamment des pays d’Europe qui partagent sa culture et ses valeurs. Il y a, certes, d’autres gens, qui, eux aussi méritent d’être intégrés.

A eux de faire leurs preuves. Qu’on suive le chemin de la sagesse… Le peuple français est très versatile et il lui arrive de prendre des attitudes absolument imprévisibles.

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25/07/2012

Les ambiguités du général Manaf Tlass…

Les ambiguités du général Manaf Tlass…

 

La chaîne satellitaire arabe al-Arabiya a diffusé hier une première interview du général Manaf Tlass, ancien ami d’enfance de Bachar et chef de l’une des divisions les plus importantes de l’armée syrienne. Cet officier général avait été un peu marginalisé par le cercle le plus intime du pouvoir en raison de son peu d’empressement à développer une répressions sans limites. Il a fini par aller jusqu’au bout de son raisonnement et a quitté la Syrie, probablement exfiltré par les services français et américains. Le fait qu’il se trouve aujourd’hui en France s’explique par la présence de sa propre famille sur place, mais aussi par la position de la France dans le conflit intérieur syrien.

 

Dans cette interview, le général fait preuve d’une très grand prudence. Sans jamais s’en prendre directement à la personnalité de Bachar aux côtés duquel il a grandi et auquel le le lient de nombreux liens d’amitié, il en appelle simplement au patriotisme de ses concitoyens et les exhorte à s’unir pour bâtir une Syrie nouvelle.. Pas une fois il n’incite les soldats à déserter alors que chaque jour qui passe voit grossir les flots de désertions, y compris d’officiers généraux… Pas une fois, il ne réclame le départ immédiat de Bachar…

 

Est-ce de la prudence, de l’attentisme ou un fin calcul politique ? En d’autres termes, se met-il en réserve de la république dans l’espoir de jouer un rôle dans l’avenir ? Rien n’est à exclure.

 

En revanche, les leaders de l’opposition ainsi que les chefs de l’insurrection armée sur place n’ont pas oubli le pédigrée de ce général play boy. Ils rappellent volontiers qu’il est le fils du sinistre ancien ministre de la défense, Moustafa Tlass, que les Syriens nomment aussi le bourreau de Hama, l’homme qui exécuté les ordres de Hafez, le père de Bachar, et de Rifa’at, son oncle. A l’époque, au début des années quatre-vingts, on ne disposait ni d’internet ni de téléphones portables et ces messieurs ont pu massacrer leur population sans être inquiétés… Aujourd’hui le Tribunal Pénal International les mettrait en examen pour crimes contre l’humanité… On estime à 20.000, voire 30.000 morts le nombre de victimes lors de l’écrasement de la ville de Hama, foyer du soulèvement des Frères musulmans à l’époque. Il faut rappeler que ceux ci avaient attaqué une académie militaire et égorgé près de 100 jeunes cadets…

 

Alors qu’entend faire le général Tlass ? Pour le moment, il semble qu’il soit bien au chaud sur la côte d’Azur, sous la protection des autorités françaises qui espèrent pouvoir s’en servir pour faciliter une solution du conflit. C’est une bonne idée, mais je ne suis pas sûr qu’une telle personnalité qui a passé des décennies aux côtés d’un tel régime puisse s’acheter une conduite en quelques semaines ou quelques mois…

 

Le plus inquiétant, c’est Bachar reprend le dessus en dégarnissant le Golan pour que les troupes d’élite pacifient sa capitale et reprennent Alep après avoir repris Damas des mains des insurgés.

 

Les insurgés vont devoir repenser leur stratégie et la développer sur une plus grande échelle et avec un nouvel armement. Notamment des armes anti-chars et des missiles stinger ou cornet. Evidemment, si on trouvait une voie pacifique pour inciter Bachar à partir, cela serait nettement mieux.

 

Mais cela, seul Dieu ou la Russie peut le faire…

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24/07/2012

Yerushalmi, Histoire et mémoire juives

Le Zakhor de Yosef Hayyim Yerushalmi

La nouvelle construction de l’histoire juive

Pour Jean-François Bensahel, en cordial hommage

 

Tous les livres de Yerushalmi sont admirables. Relire celui-ci, intitulé Zakhor (souviens toi) fut pour moi une véritable révélation. Pourtant, j’avais publié, vers 2002, avec mon ami le sous préfet Alain Boyer, un Que sais-je ? intitulé L’historiographie juive, ce qui signifie que les développements de Yérushalmi ne m’apportaient pas des connaissances fondamentalement nouvelles. Ma relecture de Zakhor m’a montré que son auteur avait renouvelé l’approche de l’histoire juive et prescrit les nouvelles normes d’écriture de l’historiographie d’Israël.

Au milieu des années quatre-vingt-dix, j’avais publié la traduction du texte programmatique de Heinrich Grätz, La construction de l’histoire juive (Krotoschin, 1846), précédée d’une longue introduction sur le père de l’historiographie juive moderne. Certes, on pourrait largement faire l’étude d’un contraste entre ces deux œuvres, Grätz n’analysant en fait que l’histoire intellectuelle et passant au crible les productions de même nature au fil des siècles. Mais ce texte fut une sorte de discours programmatique pour l’œuvre à venir, l’Histoire des juifs en onze volumes, que l’on peut encore aujourd’hui, continuer de consulter avec fruit. Yerushalmi, lui, tente de dégager une voie nouvelle, scruter l’attitude générale des juifs face à la science historique, ses relations avec le messianisme, les conséquences de l’expulsion de la péninsule Ibérique, etc

Grätz était empreint des idéaux de la Science du judaïsme, sans en reprendre, toutefois, le positivisme et l’historicisme. Il en rejetait aussi l’idéologie anti-sioniste et la volonté de se fondre dans l’éthnie allemande qui transpire chez certains de ses contemporains. Il croyait en un judaïsme vivant, en une histoire juive qui continuait d’exister même après la chute du temple, contrairement à l’attitude de chercheurs chrétiens, comme Ernest Renan et ses modèles allemands qui considéraient que le christianisme était la pierre tombale de l’histoire d’Israël…

Yerushalmi appartient à un autre siècle et aussi à un autre monde. Elève de l’éminent historien Salo Wittmayer Baron (que j’eus l’honneur de rencontrer il y a près de vingt-cinq ans aux USA, dans sa maison de campagne à Canaan dans le Connecticut) l’auteur de la Social and religious history of the jews, son approche tranche par rapport à celle de la Wissenschaft des Judentums puisqu’il ne se considère pas comme un savant examinant des fossiles, déchiffrant des inscriptions sur des tombes tombales devenues illisibles ou faisant l’archéologie de la pensée et de la vie juives. Tout en adoptant la méthode critique, Yerushalmi élargit considérablement le spectre de son action en introduisant la notion de mémoire, c’est-à-dire d’histoire vécue. Donc d’hommes et de femmes, véritables vecteurs vivants du judaïsme. Mais Yerushalmi, dans sa grande modestie, est conscient que cette dimension spécifique mérite d’être examinée d’un peu plus près : l’histoire de la mémoire collective juive… reste à écrire, je n’ai fait ici qu’essayer de tracer quelques unes des voies que l’on peut explorer. (p 14)[1]

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23/07/2012

Vers un démembrement de la Syrie ?

Vers un démembrement de la Syrie ?

Les batailles font dans toutes les régions de Syrie. Même si les forces spéciales de Bachar, commandées par son frère Maher, devaient endiguer l’avance des insurgés, elles ne réussiront pas à les bloquer durablement. Un peuple qui se lève contre son dictateur est comme un tsumani : rien ne peut l’arrêter…

 

Pour la première fois depuis le début de l’insurrection, les rebelles ont une vraie stratégie miliaire et sont bien commandés. Ils ont prévu deux types de manœuvres : priver le régime des principaux centres économiques et civils et s’en prendre aux extrémités, c’est-à-dire sécuriser les postes frontières afin d’acheminer renforts et matériels. La tactique semble payante : chaque jour qui passe voit l’élargissement de ces zones frontalières dites libérées. J’ajoute que si cela devait se poursuivre, il ne resterait à Bachar que la voie des airs pour fuir…

 

L’issue est fatale, rien n’y changera quoi que ce soit, ni les armes russes, ni le soutien de l’Iran ni les vantardises du Hezbollah qui va vivre des moments difficiles. Selon certaines sources non confirmées, le réduit de Tartous-Lattaquié serait de nature à servir de refuge pour un clan Assag en déroute. Sur place, la minorité alaouite est chez elle et règne en maître. La région a un port, un aéroport, des ressources, y compris pétrolières et fut particulièrement choyée par le régime, dans la perspective, justement, de devenir un jour un réduit inexpugnable. Sur place, Bachar et son clan pourraient se maintenir et se défendre.

 

Cette solution paraît idéale puisqu’elle pourrait mettre fin au conflit et à la guerre civile, mais le prix à payer est exorbitant : le démembrement de la Syrie. Car, si les Alaouites se retranchent chez eux, les chrétiens, les kurdes et toute la mosaïque des autres ethnies en fera autant.

 

C’est littéralement dramatique. Qui aurait pu prévoir pareille chose ? Qui aurait pu parler de tant de révolutions dont la plus sanglante, au fond, se déroule à Damas ? Il est indéniable que tous ces régimes paient l’absence prolongée de démocratie et la poursuite d’une haine gratuite et sans discernement d’Israël.

 

Rendez vous compte ! La Syrie a perdu toutes ses infrastructures militaires, politiques et économiques. Il faudra des décennies pour la reconstruire. L’ONU devrait surmonter ses divisions et voler au secours d’un peuple qui souffre et paie un lourd tribu à la liberté.

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