17/07/2012

La bataille de Damas a commencé : la fin du régime de Bachar el-Assad

La bataille de Damas a commencé : la fin du régime de Bachar el-Assad

 

Au moment où nous écrivons, la guerre civile en Syrie connaît un tournant : sans rien dire, les rebelles, armés par les pays arabes conservateurs (Arabie Saoudite, Qatar et les Emirats Arabes Unis) ont silencieusement fourni aux insurgés les armes nécessaires pour affronter les forces du régime au sein même de la capitale. Comment s’est opéré ce tournant ?

 

Lassés de voir que les Russes et les Chinois faisaient obstruction au Conseil de sécurité de l’ONU, les pays en question ont aidé les rebelles qui ont coordonné leurs efforts et unis leurs forces pour venir à bout du régime. On se bat dans les faubourgs de la capitale syrienne et les télévisions satellitaires arabes rendent compte de ces combats acharnés pour le contrôle de la capitale. J’ai entendu des généraux rebelles, qui ont fait défection, dire qu’ils lutteraient jusqu’au bout pour la victoire. En fait, les Russes ont fait preuve d’autisme en soutenant jusqu’au bout un régime que ses actes cruels condamnaient .

 

Il semble bien que le régime ne tiendra plus très longtemps. Selon les renseignements militaires israéliens, Bachar el Assad a dû dès hier dégarnir le front du Golan pour appeler à la rescousse des divisions blindés qu’il jette dans la bataille. Israël ne bougera pas mais cela prouve que le régime jette ses dernières forces dans la bataille. Les Russes ont donc mal défendu leurs intérêts en Syrie : au lieu de tempérer Bachar et lui faire entendre raison, ils ont cru qu’une solution militaire prévaudrait contre tout un peuple qui défie la mort pour vivre enfin dans la liberté.

 

J’ai entendu un débat d’une violence extrême sur al-Jazeera, opposant les partisans du régime aux représentants des insurgés. C’est un point de non retour : tous demandent le départ de Bachar alors que les Russes s’opposent justement à cette mesure. L’après Assad est en marche. Je ne sais pas si les données fournies par les insurgés sont véridiques mais ils ont parlé d’un million et demi de déplacés au sein même du pays et d’un flot sans cesse en augmentation d’hommes, de femmes et d’enfants fuyant les bombardements pour se réfugier dans les pays voisins. Plus grave encore : ils parlent d’une centaine de généraux et d’officiers généraux qui ont déserté pour se mettre du côté des insurgés. Comment la diplomatie russe peut-elle faire preuve d’une elle cécité ?

 

L’intérêt bien compris des Russes serait de nouer des contacts avec les insurgés pour pouvoir ensuite négocier la défense de leurs intérêts en Syrie. On parle de dizaines de milliards d’investissements russes en Syrie.

 

Les troubles en Syrie vont révolutionner la situation au Proche Orient. Le Hezbollah n’est pas en odeur de sainteté en Syrie. L’alliance avec l’Iran ne dupera pas non plus. Le pays, à ce qu’on dit, est en ruines. L’économie est paralysée, l’extraction de pétrole est stoppée et les fonctionnaires ne pourront plus être payés. Certains journaux des pays du Golfe commencent à dire ouvertement que le régime, imité des décennies durant par les autres états de la région ont instrumentalisé la ause palestinienne pour imposer des régimes dictatoriaux. Ces derniers tombent les uns après les autres ; même le Soudan connaît des troubles après une partition douloureuse. Le Liban voisin de la Syrie redoute par dessus tout une extension de la guerre sur son territoire.

 

La fin de cet été connaîtra un Proche orient nouveau. Peut-être vivons nous les prémices d’une époque nouvelle. Khadafi n’est plus là, Moubarak est retourné dans a prison, Ben Ali s’est enfui, Ali Abdallah Saleh est parti. C’est un véritable tremblement de terre qui s’est produit. Et pendant ce temps, Kofi Anan fait du tourisme à Moscou, Bgdad, Damas et Téhéran.

 

Les surgés syriens ont compris qu’il ne servait à rien d’attendre quoi que ce soit de l’ONU. Au fond, la leçon de l’histoire est la suivante : l’ONU connaît le plus grave discrédit de son histoire.

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