27/06/2012

La France et l’Allemagne

La France et l’Allemagne

 

On a l’impression que les positions se figent entre les deux pays. Un récent article de l’économiste Daniel Cohen, paru dans le journal Le Monde, résumait avec beaucoup de justesse l’incompréhension franco-allemande, le contraire même de la deutsch-französische Verständigung.

 

La chancelière fédérale ne veut plus entendre parler de ces Euro-bonds, de sinistre mémoire pour elle. La mutualisation des dettes lui fait horreur et le gouvernement français a probablement commis une erreur (en raison de sa jeunesse et de son inexpérience économique) en axant son propos autour de cette mesure. Aux yeux des Allemands, cela a réactivé l’image assez défavorable que l’on se fait des Gaulois de l’autre côté du Rhin.

 

Il faut savoir présenter la notion de croissance d’une façon plus orthodoxe. Or, les Allemands ont peu goûté (pour parler en termes diplomatiques) les toutes premières mesures du gouvernement français en faveur de la retraite à 60 ans, le smic, etc… Aux yeux de nos voisins, on ne peut revenir à l’équilibre en creusant les déficits.

 

Il y aura donc beaucoup de travail à faire pour rapprocher les points de vue. Cependant, on ne peut pas dire que le nouveau pouvoir n’adapte pas son discours. Il prépare progressivement le pays à de nouvelles mesures fiscales dont la charge serait équitablement répartie entre les différentes classes sociales. Au fond, c’est bien pour cela qu’il a été élu.

 

Ce qui est frappant entre les Français et les Allemands, c’est à la fois cette nécessaire proximité et cette incontournable différence. Je me souviens de mes années passées à l’Université de Heidelberg en qualité C4 Professor : toute la journée, j’étais heureux de travailler en Allemagne, de profiter des bibliothèques, de ce sérieux germanique séculaire, mais le soir j’étais étreint par une irrépressible nostalgie ; nostalgie de la douceur de vie parisienne, de ce laisser-aller, de cette indolence des Français… Qui fait la joie de vivre. En d’autres termes, on ne vit pas que pour travailler.

 

Mais ne dit-on pas que les couples qui tiennent le plus sont basés sur des attirances ou des répulsions surmontées ?

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26/06/2012

L’élection d’un islamiste en Egypte, ce n’est pas la fin du monde…

L’élection d’un islamiste en Egypte, ce n’est pas la fin du monde…

 

Dans les pays arabo-musulmans, rien ne se passe ni ne doit s’interpréter comme c’est l’usage en Occident. Et l’élection de M. Mohammed Morsi à la présidence de son pays en fait partie.

 

Tout d’abord, les militaires disposent du pouvoir véritable, avant comme après l’entrée en fonctions du nouvel élu. Et les protestataires de la fameuse Place Tahrir ne sont pas plus contents de choix que les autres. A leurs yeux, M. Morsi ne présente qu’un avantage, celui d’avoir écarté un homme, le général Chafik, représentant à leurs yeux de l’ancien régime.

 

Ce sont les militaires qui transmettront à M. Morsi le pouvoir ou ce qu’il en reste. Ils se sont déjà arrogés le pouvoir législatif et économique. Ils vont y ajouter le pouvoir sécuritaire. En fait, le nouveau président islamiste ne dispose plus que d’une coque vide, ce qui risque de poser des problèmes dans un avenir relativement immédiat.

 

En réalité, les problèmes de l’Egypte, de la Tunisie, entre autres, sont de deux ordres : la pesanteur sociologique et religieuse, et aussi la chômage, la déshérence sociale. Et ce n’est pas D- qui peut résoudre ces deux problèmes. On peut être croyant et faire confiance à ses propres forces sans que ce soit assimilé à un comportement hérétique ou athée.

 

Il est vrai que la cohabitation entre l’armée et le nouveau président ne sera pas de tout repos. Ce qu’il faut craindre, ce sont les réactions de la rue qui risque de manifester bruyamment et violemment ses frustrations.

 

Mais ici aussi, ce sont les problèmes économiques qu’il faut résoudre en priorité. La politique étrangère, Israël, Gaza, tout ceci ne vient qu’après.

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L’incident frontalier entre la Syrie et la Turquie

L’incident frontalier entre la Syrie et la Turquie

 

Même si la tension peut, dans les jours qui viennent, atteindre son paroxysme, il n’y a pas vraiment de raison de s’inquiéter. D’ailleurs, la réaction des Turcs, généralement dotés d’une sensibilité à fleur de peau, est largement modérée. En fait, il n’est pas exclu que cet avion dont on déplore sincèrement la destruction ainsi que la disparation de ses deux pilotes, ait été envoyé en mission afin de tester et de repérer les systèmes de défense anti-aérienne du pays voisin. Il convient de ne pas perdre de vue que la Turquie est membre de l’OTAN et que cette organisation était intervenue en Libye par la voie aérienne. Toutes les options étant sur la table pour la régler la crise syrienne, on ne peut pas exclure que les militaires aient sciemment voulu provoquer une réaction syrienne. Cela leur a permis de localiser avec assez de précision l’emplacement des batteries de missiles sol-air et de la DCA.

 

Les états majors savent que le régime syrien se bat le dos au mur, ils savent aussi que ces gens finiront par tomber comme un fruit mûr. Aucune arme ne peut supporter une telle guérilla à un rythme aussi soutenu, sans pouvoir souffler. La rotation des divisions chargées de la répression se fait mal, les massacres sont de plus en plus révoltants et il ne se passe plus de jours sans que des soldats, voire des officiers généraux, n’aillent grossir les rangs des rebelles. J’écoutais hier soir sur al-Jazeera des journalistes demandant aux déserteurs s’ils avaient traversé la frontière avec leurs armées… La réponse fut effectivement négative mais il est évident que la frontière turque est une zone de repli et un lieu où se regroupent les rebelles pour repasser la frontière et s’en prendre aux forces du régime.

 

Le fait que la Turquie ait demandé une réunion de l’OTAN à Bruxelles était peut-être la visée majeure de cet incident. L’Otan entre officiellement dans le jeu. Il fallait bien un prétexte et il le tient. La Syrie ne pouvait pas agir autrement, dans la logique qui est la sienne depuis le début des troubles. Si elle n’avait pas réagi, ses adversaires auraient interprété son inaction comme un signe de faiblesse. Il semble donc que cet acte ne soit pas isolé et qu’il ait fait partie d’un plan préétabli.

 

Après tout, ce sont les Kriegsspiele des états majors…

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25/06/2012

L’élection de M. Mohammed Morsi à la présidence de l’Egypte

L’élection de M. Mohammed Morsi à la présidence de l’Egypte

 

Hier soir, en direct sur Al-Jazeera, j’ai suivi le discours du nouveau président. L’homme est dépourvu de tout charisme mis son texte dont il s’est éloigné maintes fois, se voulait très consensuel. Il a dit et redit qu’il se voulait le président de tous les Egyptiens, musulmans et chrétiens, qu’il était là par la volonté du peuple et de Dieu et qu’il tenait la main à tous, sous entendu, y compris à ceux qui ont voté pour le général Chafiq.

 

Il a tenu à citer toutes les principautés, toutes les circonscriptions, une à une, sans oublier aucune, et surtout il a dressé un message de paix à l’ensemble de la planète. Fait significatif, il adressé in petto un message d’allégeance à l’armée et aux USA en soulignant que l’Egypte resterait fidèle à ses accords internationaux.

 

Il a aussi dit un mot de l’économie et de la situation générale de son pays sur ce plan là. Le nouveau président a peut-être compris qu’il ne convient pas de se lancer dans d’aventureuses équipées auprès d’alliés improbables comme le Hamas ou le Hezbollah. Il a médité le cas syrien et sait que les jours de ces mouvements sont comptés.

 

La question que je me suis sans cesse posé durant ce long discours assez monotone et monocorde est la suivante : est ce vraiment le programme des Frères musulmans, ou est ce simplement de la poudre aux yeux ? Il est vrai que l’armée est là, qu’elle a vidé la fonction présidentielle de toute substance, fait dissoudre le parlement et détient le seul pouvoir qui compte en Égypte : la force armée (al kuwwa al-musallaha).

J’ai la faiblesse de penser que les USA ont eu tort de forcer la main aux généraux leur intimant l’ordre de laisser les Ikhwane, pensant les assagir ou les démystifier aux yeux de leur propre électorat. Je me demande si les USA ne sont pas en train d’ajouter une nouvelle ligne à la longue liste d’échecs qui ont jalonné leur diplomatie ces trente dernières années.

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20/06/2012

Les Français et le foot ball

Les Français et le foot ball

 

Voici un phénomène de société de portée planétaire : l’engouement irraisonné, voire déraisonnable pour le foot-ball. Personne n’y résiste parmi les grands moyens d’information. Les rues sont désertes, les restaurants se vident, les cafés ne font plus recette dès qu’ils se trouvent confrontés à une insupportable concurrence : un important match de foot ball à la télévision.

 

Des Français mais aussi tous les autres pays européens envoient des bataillons de supporteurs à l’autre bout du monde dès que leur équipe s’y trouve pour défendre les couleurs du pays en question. Mais pour y défendre quoi, au juste ? On se le demande encore. Et par quels représentants !

 

Ceux qui peuplent les stades, vibrent au moindre but marqué contre l’adversaire, cassent tout sur leur passage si leur équipe perd, qui sont-ils exactement ? Quel est leur niveau mental, je n’ose pas dire intellectuel ? Quel vide sidéral s’est donc installé dans leur existence pour que le foot ball en soit la seule lumière ?

 

Je n’ai encore jamais entendu parler d’un opéra, d’une pièce de théâtre, d’un film ou d’une conférence au profit desquels le public plaquerait tout afin de ne pas les manquer ? Pour rien au monde. Autrement le foot.

 

Et pourtant ce matin, les Français qui supportent leur équipe se sont levés avec une étrange gueule de bois. La presse est unanime. On parle de nullité, de suffisance, de profiteurs, et autres gentillesses.

 

Est ce étonnant ? Scrutez l’origine sociale, le niveau scolaire et l’éducation (quand ils en ont) de ces gens qui se promènent sur les stades et dont les transferts d’équipes en équipes feraient pâlir d’envie les PDG les plus puissants de la planète. Comment voulez vous que nos enfants croient encore aux vertus de travail et d’effort lorsqu’ils contemplent matin, midi et soir un si désolant exemple à la télévision ?

 

Le vide culturel que nos sociétés cultivent, tout comme nos hommes politiques qui en profitent afin de glaner les retombées électorales (en se montrant dans les tribunes présidentielles et ailleurs) finira par nous coûter très cher. Comment peut-on imiter, admirer ou estimer des gens dont le seul mérite est de savoir pousser un ballon, qui se conduisent mal dans la société, parlent mal, commettent des actions que la morale réprouve ? Et auxquels on passe tout ou presque, parce qu’ils jouent bien au foot…

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19/06/2012

Que va-t-il se passer en Egypte ?

Que va-t-il se passer en Egypte ?

 

Comme on pouvait le prévoir, l’armée égyptienne a mis au point un fin stratagème afin d’évincer les Frères musulmans qui lui paraissent dangereux. Elle a tissé sa toile dans l’ombre, a laissé les nouveaux députés étaler leur grande et criante incompétence à la face du monde et attendu que la haute cour constitutionnelle les invalide en arguant d’un grave vice de procédure. Il n y a donc plus d’organe législatif sur les bords du Nil. Qu’à cela na tienne, l’armée se l’est immédiatement attribué : c’est désormais d’elle qu’émane le pouvoir de promulguer des lois et les décisions budgétaires. Le peuple aura beau crier au scandale, voire à l’injustice, en Egypte, on peut s’asseoir sur des baïonnettes, contrairement à ce que disait Nikita Kroutchev.

 

J’ai entendu hier soir sur Al-Jazzera un général égyptien expliciter les décisions de l’armée. Il a voulu montrer que l’armée ne marchait pas sur les plates bandes du futur président dont le nom ne sera connu que jeudi dans la journée. L’armée pèse les avantages et les inconvénients de laisser le candidat Morsi, l’intégriste, accéder au pouvoir suprême. Convient-il de le laisser accéder au pouvoir tout en lui rognant les ailes afin de prouver son incompétence et son échec ? Et organiser, dans la foulée, de nouvelles élections présidentielles qui verraient le triomphe de la droite libérale, c’est-à-dire du parti du président Hosni Moubarak.

 

Je note, en passant, que dans les attributions du futur président, quel qu’il soit, figure le droit de veto et aussi le droit de grâce… Si c’est M. Chafiq qui gagne l’élection, il n’est pas exclu que l’ancien président Moubarak, condamné à la prison à vie et gravement malade (il a plus de 83 ans !), bénéficie ultérieurement d’une grâce pour raisons médicales, ce qui lui permettrait d’aller finir ses jours dans sa villa de Charm El-Cheikh.

 

Comme toutes les armées du monde, l’armée égyptienne prend des libertés avec les règles démocratiques lorsqu’elle s’empare des rênes du pouvoir. Mais reconnaissons qu’à l’heure qu’il est, elle l’a toujours fait avec douceur et subtilité. C’est pourquoi, je pense, elle laissera peut-être le candidats Morsi accéder au pouvoir. Mais cela ne durera pas car je ne vois pas comment l’armée pourrait s’entendre avec les Frères musulmans qu’elle combat depuis des décennies.

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18/06/2012

L’éclatante victoire des socialistes aux élections législatives : désarkoïsation.

L’éclatante victoire des socialistes aux élections législatives : désarkoïsation.

 

Net et sans bavures… telle est la phrase qui revenait régulièrement hier soir et ce matin dans tous les reportages et commentaires. Il faut dire que les socialistes se sont révélés d’habiles tacticiens puisque, presque sans faire campagne, ils ont raflé 314 sièges pour eux, et près de 340 avec le reste de la gauche. Mais surtout ils ne seront pas forcés de passer sous les fourches caudines du Front de gauche ni des écologistes avec lesquels ils ont commis l’erreur de conclure un accord. Tout est passé à gauche : l’Assemblée, le Sénat, les conseils généraux et régionaux…

 

Et qui a donné lieu à ce raz de marée ? Nicolas Sarkozy, un homme qui va très probablement connaître une longue éclipse méritée dans la vie politique française. Et au fond, cette double défaire électorale est d’abord la sienne. Il ne s’agit pas de faire preuve d’une grande sévérité à l’égard d’homme qui a été désavoué et dont les plus fidèles lieutenants ont mordu la poussière, mais de faire un constat évident.

 

C’est fou de voir comment tout un système que l’on croyait inoxydable, indéracinable, s’effondre comme un château de cartes. Mais il faut voir ce plus près pourquoi un homme comme NS qui avait suscité un tel enthousiasme va probablement quitter la vie politique française à un âge encore relativement jeune.

 

Un hebdomadaire, pourtant classé à droite, n’hésitait pas à parler de désarkoïsation. Et c’est vrai. Ses plus fidèles lieutenants ont perdu, même dans des lieux réputés de droite. Prenez l’exemple des Hauts de Seine, oui même à Neuilly, les gens ne veulent plus entendre parler de NS. Or, cette région avait été une sorte de laboratoire-test pour l’ensemble de la famille de l’ancien président.

 

Comment en est il arrivé là ? Selon Aristote, les êtres humains ont deux types de vertus : éthiques (psychologiques) et dianoétiques (intellectuelles). C’est le caractère, la nature de cet homme qui lui ont joué un très mauvais tour… Certes, François Hollande a d’indéniables qualités d’homme d’Etat. Mais ce qui a le plus joué, c’est ce phénomène de rejet dont son concurrent a été victime. J’ai moi-même entendu dans des lieux publics des gens bien intégrés, des bourgeois et des grands bourgeois, manifester leur volonté de quitter NS et de voter pour son concurrent plus heureux.

 

Depuis le début, NS n’en faisait qu’à sa tête. Les décisions, les nominations, les interventions incessantes à la télévision, etc… ont fini par excéder les Français lesquels ont la mémoire longue.

 

Et même l’UMP ne regrette pas de pouvoir prendre son autonomie et se doter d’un vrai président.

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17/06/2012

les larmes de Ségolène Royal couleront-elles une nouvelle fois ?

les larmes de Ségolène Royal couleront-elles une nouvelle fois ?

 

Dire que la politique est un jeu cruel qui se termine toujours par au moins une dépouillé gisant sans vie (élective) à terre, serait d’une affligeante banalité. Mais cette c figure théorique prend des couleurs et même un nom lorsqu’on le vit de près ou de loin.

 

Vous avez tous compris que je fais allusion à la cuisante défaite de M. Royal à La Rochelle où un candidat PS dissident, sournoisement aidé depuis les pièces les plus intimes du pouvoir, a ravi à la candidate officielle de son parti le poste de député. Madame Royal avait agi avec un bon sentiment puisqu’elle avait laissé sa circonscription sans risque à sa suppléante qui fut élue haut la main, et est partie à La Rochelle où l’attendait un militant local solidement implanté. Vous connaissez la suite : l’autre candidat est élu et Me Royal qui ne fait rien comme les autres, a commencé à parler de sa défait six bonnes minutes avant vingt heures, ce qui interdit sous peine de fortes amendes…

 

La candidate malheureuse n’a pas pleuré cette fois-ci, bien qu’elle soit contrainte de faire son deuil du perchoir, la présidence de l’Assemblée Nationale

 

Sur la route me ramenant de Normandie à Paris, j’ai entendu des poids lourds du PS critiquer avec virulence l’attitude de S/R qui se croirait tout permis, allant jusqu’à dire que sa déconvenue électorale n’a pas de portée nationale et que sa manière de truster la présidence de l’assemblée était inélégante et maladroite… Ah ces chers camarades…

 

Il faut tout de même avoir une pensée pour cette femme qui a perdu bien des choses en un laps de temps assez bref : la présidentielle, la tête du PS, son siège de député et dans son sillage la présidence de l’Assemblée. Mais le plus dur c’est le départ de son compagnon, l’actuel président de la République, parti avec une autre femme qui a récemment fait à S/R une très mauvaise manière.

 

Je rappelle que S/R a donné à son compagnon quatre enfants !

 

Mais il existe peut-être une solution de repêchage : si l’ancienne suppléante de S/R démissionnait demain, on organiserait une élection législative partielle dans sa circonscription d’origine où elle serait élue haut la main et l’assemblée retarderait opportunément sa première réunion, au cours de laquelle l’on élit un candidat à la présidence.

 

Franchement, c’est très dur , la politique.

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16/06/2012

LE POUVOIR, SES ILLUSIONS ET SES TOURMENTS

LE POUVOIR, SES ILLUSIONS ET SES TOURMENTS
En ces temps de grands changements, de profonds remaniements et de constantes remises en question, il est légitime de s’interroger sur le pouvoir, sa nature et l’essence de ceux qui aspirent à l’exercer. Je ne ferai allusion à aucun événement politique marquant qui serait en train de se dérouler sous yeux, que ce soit en Europe ou dans une autre partie du monde. Il s’agit tout simplement d’exhumer une métaphore filée, ou plutôt une belle allégorie biblique qui se trouve dans le livre des Juges, un livre plus bâti sur une idéologie religieuse (largement deutéronomique) que sur une relation fondée à l’Histoire. Mais c’est souvent ainsi dans la littérature religieuse ou sapientielle de l’Orient ancien.

Qu’est ce le livre des Juges ? Après le Pentateuque, les cinq livres de Moïse dont la mosaïcité est loin d’être avérée, on lit le livre de Josué, son successeur. Ce livre retrace la conquête, réelle ou supposée, de la terre de Canaan par les Hébreux délivrés de la captivité d’Egypte. Immédiatement après Josué on trouve justement ces juges qui étaient des guerriers ou des hommes ordinaires, issus des différentes tribus qui n’avaient pas encore réalisé leur unité pour donner, au moins deux siècles plus tard, cette fameuse monarchie davidique unifiée que les historiens suspectent de n’avoir jamais existé. Mais ce n’est notre sujet présentement.

Dans ce livre des Juges, plusieurs personnalités se détachent dont le cycle est proprement extraordinaire. Il y a Ehoud, Yaïr, Samson et Gédéon, aussi connu sous le nom de Yeroubaal, ce qui signifie= que le Baal s’en prenne à lui (car ce héros avait renversé son autel). Ce qui m’intéresse ici, c’est bien ce Gédéon dont le nom en hébreu veut tailler, casser.

Un dernier mot sur l’idéologie de ce livre : il s’agit de montrer le bien-fondé d’un principe deutéronomiste. C’est de Dieu que proviennent le salut et la quiétude de son peuple Israël. La structure profonde du livre se nomme le pragmatisme à quatre termes qui sont les suivants :

a)    Israël fait preuve d’infidélité à l’égard de Dieu
b)    Dieu envoie un oppresseur qui persécute et asservit Israël
c)     Israël se repent et opère un retour vers Dieu
d)     Dieu suscite un sauveur / juge  qui le sauve de la main de son persécuteur.

Telle est la loi fondamentale, pourrait-on dire, de ce livre des Juges.

Je me rapproche de mon sujet en notant que ce livre brille par quelques couplets anti-monarchiques puisqu’il souligne bien «qu’en ce temps là, aucun roi ne régnait encore sur Israël, chacun faisait ce qu’il voulait…» Cette indication, apparemment anodine, comporte peut-être un intéressant indice sur la datation de ce texte.

Après bien des péripéties, ce Gédéon, d’abord rejeté par les siens en raison de sa médiocre extraction,, se voit par la suite courtisé et adulé par les dirigeants de sa ville qui lui demandent de prendre la tête d’un soulèvement contre les occupants oppresseurs. Gédéon remplit sa mission avec succès et règne un certain nombre d’années, laissant derrière une très nombreuse progéniture car, dit la Bible, il avait un grand nombre de femmes et de concubines. A sa disparition se posa le problème de la succession car il avait 70 descendants.

L’un d’entre eux, Abimélech, fils d’une simple servante, s’arrange pour tuer tous ses frères et va conspirer auprès des maîtres de la ville de Sichem dont sa mère était originaire. Il réussit à les circonvenir et se fait élire roi. L’unique survivant du massacre, son demi-frère Yotam, apprend la nouvelle et tient, juché sur une colline aux environs de Sichem (un peu comme Jésus sur la montagne, ou même Moïse), un discours parabolique parmi les plus beaux et les plus sensés de la Bible hébraïque.

Yotam adresse ce discours aux maîtres de Sichem pour leur montrer  leur légèreté et l’inanité de leur choix.

Les arbres de la forêt se cherchent un roi destiné à régner sur eux. Ils s’adressent à l’olivier qui refuse sèchement tout en motivant sa décision : pourquoi renoncerait-il à son huile qui réjouit Dieu et les hommes afin de se balancer au-dessus des arbres (verbatim) ? Les arbres vont voir le figuier, autre plantation si importante en Orient et reçoivent la même réponse négative : pas question de renoncer à son fruit si doux et si délicieux pour se balancer au-dessus des arbres. Ne se décourageant guère, les arbres se présentent devant la vigne qui refuse d’abandonner son fruit dont on fabrique le vin pour aller faire le zouave au-dessus des arbres… De guerre lasse, les arbres s’adressent au buisson d’épines (allusion à Abiméléech, le meurtrier de ses frères) qui est le seul à accepter. Et qui se fait même menaçant puisqu’il pourrait émettre un feu qui brumerait tout…

La morale de l’histoire est limpide : seul le bois, tout juste bon à brûler, accepte la fonction royale. La fécondité et la productivité des oliviers, figueirs et de la vigne, s’opposent à la stérilité du buisson. Lequel est prêt à tout pour accéder au pouvoir. J’ai déjà signalé supra que ce couplet était violemment anti-monarchique, mais il pointe aussi, je pense, l’inanité et les tourments de tout leadership politique, qu’il fût tribal, royal ou même républicain.

Mais il existe tout de même une justice immanente puisque le meurtrier usurpateur finit très mal… Cet homme aura une fin tragique, cependant : ayant assiégé une tour, il reçoit sur le crâne une meule jetée par une femme. Agonisant, il prie son écuyer de l’achever car il ne veut laisser le souvenir d’un roi tué par une.. femme

Les leçons à tirer sont multiples : pour parvenir au pouvoir, on est parfois conduit à utiliser des moyens pas très cachers. Ceux qui opèrent le choix de cette élection se trompent souvent et ne sont pas assez regardants sur la moralité de leur protégé. Enfin l’exercice du pouvoir n’est jamais vraiment innocent ou éthique. La nature humaine est ainsi faite et ne changera jamais.

Ce discours parabolique a dû être couché sur le parchemin il y a au moins deux millénaires, même si des réviseurs l’ont revu et corrigé selon l’idéologie deutéronomique. Est-ce que les choses ont changé depuis ? Est-ce que l’humanité dans son ensemble est  mieux dirigée, mieux gérée ?

Aux experts de décider. Mais avouez que la lecture attentive des Ecritures est toujours très instructive.

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15/06/2012

Inqilab askari : Un coup d’Etat militaro-judiciare en Egypte ?

Inqilab askari : Un coup d’Etat militaro-judiciare en Egypte ?

C’était prévisible et nous l’avions souligné maintes fois ici même. Les militaires égyptiens sont des soldats subtils, rompus à l’art de la dialectique politique. Ils ont observé le silence, ont laissé les Frères musulmans se fourvoyer lors des élections législatives et au moment de passer aux choses sérieuses, c’est-à-dire l’élection présidentielle, ils ont soulevé ce qu’on nomme sous nos latitudes la question préalable de constitutionnalité… C’était magnifiquement joué. Ces pauvres Frères musulmans dont j’ai entendu le candidat vociférer hier soir sur la chaîne al-jazeera, a été pris à son propre piège : il a protesté de sa bonne foi et de son respect pour une décision de justice, pour donner le change et faire croire qu’il s’est converti à la démocratie, alors qu’au fond de lui-même il rejette cette décision du Conseil constitutionnel de son pays.

Les militaires qui sont effectivement derrière tout cela ont fait d’une pierre deux coups : ils mettent à nu l’impéritie des islamistes dont aucun juriste n’a flairé le piège et prouvent aux yeux de tous qu’ils n’ont aucune culture de gouvernement. Les députés irrégulièrement élus et qui s’ébattaient joyeusement au parlement devant les caméras de télévision voient soudain les militaires siffler la fin de la récréation. C’est une situation inédite qui prévaut désormais sur les bords du Nil.

Voici ce qui va se passer : M. Ahmed Chafik va être élu dans les tout prochains jours et l’assemblée des députés va être éreintée puisqu’un tiers de ses membres a été invalidé. Des élections législatives suivront qui confirmeront très probablement le choix présidentiel. Et ainsi à l’aide d’un bel argument juridique, les militaires ont renversé la situation à leur net avantage… Sans tirer un seul coup de feu, pour le moment.

Mais que va faire la rue lorsqu’elle se rendra compte qu’on lui a confisqué ce qu’elle avait gagné de haute lutte ? Je pense que l’armée, cette fois-ci, prendra les devants et arguera de son rôle de gardienne de la loi et de la constitution pour rétablir l’ordre. Si les Frères sont intelligents, ils attendront patiemment leur revanche, mais s’ils ne le sont, ils fomenteront des troubles que l’armée réprimera . La conséquence sera l’interdiction des Frères en tant que parti politique.

Nul ne sait ce que sera leur réaction. Mais s’ils sont intelligents, ils ne réagiront pas de façon cutanée. La politique est un art subtil et on n’efface pas trente ans de règne en quelques semaines…

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