18/03/2011

Ethique et famille, colloque de la Fondation Ostad Elahi

Ethique et famille, colloque de la Fondation Ostad Elahi

 

Le colloque qui nous réunit depuis hier en cette belle Mairie du XVIe arrondissement porte sur les relations dialectiques entre deux concepts majeurs :

d’une part, l’éthique, inséparable de tout comportement humain et de toute présence au monde,

et d’autre part, la famille qui, en dépit de tant de vicissitudes, demeure le noyau central de toute vie en société. C’est tout d’abord au sein d’une famille que nous venons au monde, que nous connaissons les processus de socialisation, d’intégration et d’acculturation


Je commencerai mon bref exposé introductif par quelques rappels concernant l’éthique en général. Dans l’histoire de la philosophie, on distingue deux grands pôles :

l’un s’oriente autour de la critique de la connaissance, donc de l’épistémologie

et l’autre autour de l’éthique proprement dite.

Ainsi, le philosophe allemand Kant, mort en 1804, avait soigneusement distingué entre ses deux grandes critiques, celle ce la raison pure et celle de la raison pratique, cette dernière étant l’équivalent de l’éthique. On peut même parler de primat de l’éthique chez Kant puisque l’essentiel, à ses yeux, est le mode d’action, la façon d’agir qui doit être guidée par l’éthique.

Mais bien avant Kant, déjà aux temps préhistoriques, on trouve le code Hammourabi qui précède le Décalogue biblique et qui entendait, dès le début du second millénaire avant notre ère, dicter à l’homme une conduite à tenir. A peu près vers la même époque, on trouve les fameuses tablettes de Nuzi (dans la région de Kirkouk, dans le Kurdistan actuel) des règles à suivre, justement dans le cadre des relations familiales. On peut en déduire que l’existence d’un code de la famille, la définition de l’éthique familiale, les règles à respecter au sein d’une même famille, remontent à des époques très lointaines. On est frappé, à la lecture de ces tablettes, par les dispositions légales régissant la conduite à tenir, notamment en cas de stérilité de l’épouse… Si l’époux se rapprochait d’une concubine afin d’obtenir une descendance, certaines règles devaient être scrupuleusement suivies.

Mais disons aussi un mot de la famille, avant d’en revenir aux relations dialectiques entre ces deux notions clés de notre vie sociale.

La cellule familiale précède historiquement les notions de peuple, de nation et de communauté, voire de religion. A la tête de la famille se trouve évidemment le couple fondateur, un homme et une femme, je n’entre pas ici dans les détails d’autres configurations qui nous mèneraient trop loin, notamment la demande d’adoption émanant de couples homosexuels.

Ce noyau familial, constitué du père et de la mère, s’élargit par la naissance d’enfants qui sont le fruit d’une union. A partir du moment où l’on vit ensemble, où l’on partage un destin commun, on obéit à certaines règles éthiques régissant les relations entre les parents et leurs enfants. Les géniteurs doivent nourrir, élever, protéger et promouvoir leurs enfants. Ils leur transmettent aussi un héritage, un patrimoine à la fois éthique et matériel.

Historiquement, le lien par lequel se concrétise l’union d’un couple est le mariage. Mais celui-ci a toujours été une institution sociale à laquelle une autorité religieuse peut donner sa bénédiction.

Mais aujourd’hui, la famille est au centre de bouleversements tels qu’il faut en redéfinir les fondements. Le contrat sur lequel elle s’établit n’est plus le même. Et notamment pour une raison qui semble naturelle, mais à laquelle on pense rarement : la longévité, l’espérance de vie est heureusement bien plus longue et la vie à deux en subit les conséquences. Ce ne sont plus trente ou de quarante années de vie commune auxquelles on doit faire face, cela peut aller parfois au-delà d’un demi siècle.

Nos parents ou nos grands parents connaissaient le divorce mais jamais dans les proportions que nous connaissons aujourd’hui : on dit même que dans notre région de l’île de France, un mariage sur trois se solde par un divorce qui ne suit pas nécessairement une procédure amiable… C’est dire que là aussi l’éthique est mise à mal, surtout lorsque l’un des époux est lésé, spolié, voire privé de ses enfants qu’il ne revoit plus que de temps en temps. Nous devons envisager l’éthique familiale selon deux modes bien distincts : l’un au sein de l’union elle-même, et l’autre, le plus douloureux après que l’union a été dissoute….

Or, en se séparant, les époux oublient souvent qu’ils sont aussi des parents et que leurs enfants ne souhaitent pas toujours cette séparation qui le prive nécessairement de l’un des deux parents… On a si souvent dit que les enfants étaient les oubliés du divorce ! On peut dissoudre une union mais on ne tranche pas aussi aisément le lien du sang avec ses enfants…

J’attire volontairement l’attention sur la notion de famille recomposée ; or, pour qu’il y ait une recomposition il faut qu’il y ait eu, au préalable, une décomposition, ce qui comporte quelques mutations douloureuses. Les enfants sont alors obligés de vivre avec le nouveau conjoint de leur père ou de leur mère. En général, les choses se passent plutôt bien, mais on mesure mal les conséquences sur la personnalité d’enfants devant co-habiter, souvent en bas âge, avec des étrangers, changer d’école, de milieu, d’environnement, parfois même de ville ou de pays…

Est-ce un comportement moral et responsable ? Répond-il aux exigences de l’éthique ? Nos différents orateurs vont sûrement tenter de répondre à ces questions.

Permettez moi, je vous prie, d’évoquer très brièvement d’autres défis qui nous interpellent dans cette problématique de l’éthique familiale ; comment devons nous réagir à l’adoption et notamment dans des couples homosexuels ? Comment se passe la procréation médicalement assistée ? Peut-on connaître l’identité de ses parents biologiques ?Avons nous le droit de permettre à des femmes d’enfanter, bien après la survenue de la ménopause ? Autant d’interrogations qui sont radicalement nouvelles et auxquelles nous devons apporter une réponse.

La famille doit rester ou redevenir un espace où les êtres s’épanouissent de manière harmonieuse, même si des accidents (divorce, chômage, maladie) surviennent de plus en plus fréquemment. Le degré éthique d’une société se mesure au degré de protection qu’elle assure à ceux qui en ont le plus besoin.

09:41 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

Les commentaires sont fermés.