31/12/2010

LE TERMPS EXISTE-T-IL ? CONSCIENCE HUMAINE ET TEMPORALITE

LE TERMPS EXISTE-T-IL ? CONSCIENCE HUMAINE ET TEMPORALITE

On nous dit sur tous les tons que dans quelques heures on change d’année ; et il y a presque onze ans (moins quelques précieuses heures) on nous prévenait qu’on changeait de millénaire ! Seigneur D-… Mais au fond de quoi s’agit-il et comment devons nous comprendre cette mutation qui ne s’opère en réalité que dans notre esprit, mieux dit, dans notre conscience ?
En philosophie, la question du temps est la plus difficile, c’est celle qui nous échappe le plus, qu’on n’arrive pas à cerner.
En fait, dans l’absolu, le temps n’existe pas, il est simplement la trace qui demeure dans notre conscience : s’il n’y avait pas d’être humain, ni d’être vivant, qui pourrait avoir une conscience temporelle, partager le temps selon ces trois aspects : passé, présent, futur. Mais le présent lui-même, si souvent assimilé au temps proprement dit, existe-t-il ? Non, puisque la fraction de seconde suivante le repousse incontournablement dans le passé. Alors, oui, on parle d’un passé proche, d’un passé lointain, d’un passé révolu, ce qui montre l’élasticité d’une notion assez insaisissable. D’ailleurs, la linguistique moderne, critique des anciennes notions grammaticales classiques, ne parle pas de futur ni du passé, mais de l’accompli et de l’inaccompli… Apparemment, le présent n’est donc plus pris en compte.
Que dit Aristote, le pilier irremplaçable de la philosophie occidentale, du temps ? Le stagirite en traite dans le livre VIII de sa Physique. Etrange, mais juste. D’autres en auraient parlé dans la section réservée à la Métaphysique, Aristote, lui, en fait un sujet de physique. Pour lui, le temps est un accident du mouvement, en d’autres termes, c’est le mouvement qui entraîne le temps. Ou bien il dit aussi que le temps est le nombre du mouvement : en d’autres termes, lorsqu’un corps se déplace, il le fait nécessairement à une certaine vitesse, ce qui établit une sorte de corrélation entre le temps et l’espace, puisqu’un corps évolue nécessairement dans un espace.
Pour ne pas vous saouler en cette veille de nouvel an, je ne m’attarderai pas sur le livre Sein und Zeit  (Être et temps) de Martin Heidegger.
Mais revenons au sujet : qu’est ce qui va changer dans quelques heures ? Non pas le temps, non pas l’année, mais la conscience que nous en avons. Qu’est-ce qui différencie au niveau de la temporalité stricte, l’an 2011 de l’an 23 avant l’ère chrétienne ? Je ne parle pas des progrès techniques et culturels, mais du temps pur ? Rien. Sinon que l’homme a une durée de vie déterminée. Il comptabilise une année supplémentaire, chaque fois que lon change de numéro d’année
Le mot le plus important est lâché : la durée. Bergson mais bien avant lui Saadia Gaon avaient établi une distinction intéressante entre le temps et la durée. La durée, c’est le temps vécu, éprouvé, ressenti par une conscience humaine…
Quand vous attendez quelqu’un que vous aimez, le temps est long, ou plutôt vous trouvez le temps long.  Si, au contraire, vous coulez des jours heureux avec l’être aimé, lorsqu’arrive le terme, la mort ou la fin des vacances,  vous avez la sensation que même cinquante ans sont passés comme un clin d’œil…
Le temps est aussi inséparable de la notion d’attente. Songez un peu à cette notion historique d’un avenir rose, bien meilleur, c’est-à-dire à l’époque messianique, la plus séduisante utopie qui ait jamais germé dans un cerveau humain… Elle prit naissance dans le cerveau d’un vieux prophète hébreu du VIIIe siècle avant notre ère. Et pourtant, nous y croyons toujours…
Décidément, nous ne réussirons jamais à nous affranchir de ces catégories spatio-temporelles…
Bonne année, tout de même !

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30/12/2010

JEAN-LUC GODARD EST-IL ANTISEMITE ?

JEAN-LUC GODARD EST-IL ANTISEMITE ?
Lu dans le journal Le Monde de ce lun di 27 décembre 2010, sous la plume de Daniel Cohn-Bendit : un article étrange de leader écologique, destiné, sur toute une page (p 13) à laver son ami Goda    rd de tout soupçon d’antisémitisme… Que l’on me comprenne bien, je n’ai cure de Godard dont je goûte très modérément le génie cinématographique car je considère que vous n’avez forcément du talent si l’on ne vous comprend pas. Souvent, les gens écoutent un orateur qui se dit philosophe ou anthropologue, ou bien lisent un auteur incompréhensible. Et parce qu’ils ne parviennent pas à le décrypter, ils disent qu’il est très fort, très intelligent, parce qu’ils ne l’ont pas compris. Mais l’intéressé se comprend il lui-même.
C’est exactement ce qui est arrivé à  Godard, mais c’est aussi ce qui arrive à Cohen-Bendit dont l’article, intitulé «mon ami Godard» dit une chose et son contraire
J’ai lu et relu l’article qui n’a ni queue ni tête et qui, de surcroît, présente quelques anomalies car à la fois on note que le texte a été établi par quelqu’un et traduit de l’allemand par quelqu’un d’autre. Le parlementaire européen aurait-il désappris le français ? Peu importe ! Mais si au moins sa démonstration avait été convaincante, on ne dirait rien ; or, elle ne l’est pas. Quelques exemples qui démontrent le contraire de ce qu’il pense : il argue du génie cinématographique de Godard pour tenter d’en déduire qu’il ne pouvait pas être antisémite. Sous entendu, des gens doués et intelligents ne peuvent pas l’être.
Ensuite, notre auteur tente d’établir une périodisation en comparant les influences, notamment l’influence maoïste, déclarée responsable de la dérive antisémite de Godard mais aussi, de Sartre… Tout en reconnaissant que ce dernier a toujours été sensible aux malheurs des juifs. Ce n’est pas faux, mais revenons à Godard.
J’ignore s’il est ou a été antisémite, ce qui tombe sous le sens c’est qu’il n’a jamais été l’ami des juifs. Enfin, son génie cinématographique est discutable et lorsqu’il aboutira dans le creuset de la critique, je me demande vraiment ce qui en restera. Dans l’intervalle, Cohn-Bendit devrait réfléchir un peu plus avant de signer des textes qui n’ont rien queue ni tête. Et nous lui souhaitons de se trouver de meilleurs amis.

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29/12/2010

Les fêtes, le travail, les vacances, la servitude…

Les fêtes, le travail, les vacances, la servitude…

Une chose ne laisse pas de frapper l’observateur de notre vie en Occident judéo-chrétien, c’est-à-dire dans le monde européen, américain et australien : c’est la division presque hermétique entre des périodes de travail intense et des périodes d’arrêt, de relâchement, presque d’ataraxie…
Pourquoi séparons nous si dramatiquement les moments de détente de ceux du travail ? Pourquoi nos villes et nos cités ressemblent-elles à des usines désaffectée à certaines périodes de l’année ? Pourquoi nous retrouvons nous tous ensemble au même endroit et au même moment ? Le mois d’août pour les vacances estivales, la fin du mois de décembre pour Noël et le jour de l’an, et en février pour les vacances d’hiver, sans oublier les vacances de printemps, c’est-à-dire de Pâques ?
Certes, il n’est pas question de trafiquer le calendrier, mais pourquoi donc partageons nous ces périodes de l’année au lieu de mieux les répartir ? Ceci est particulièrement frappant pour la période que nous vivons. Même là où je me trouve, ce fait, ce déséquilibre, cette notion d’hybris, ne manque pas de frapper : invités à prendre le thé au Normandy à Deauville, nous eûmes les plus grandes difficultés du monde à pénétrer dans l’hôtel. Et une fois à l’intérieur, le grand lobby ressemblait au hall de la gare de Lyon pendant les enneigements du pays. Toutes sortes de gens, d’un certain niveau social, étaient là, entassés les uns sur les autres, au point que les chariots de pâtisserie ne pouvaient pas passer entre les tables des convives.
Et puis il y a cette expression que seules nos sociétés ont pu générer : la trêve des confiseurs !
On connaissait la trêve de Dieu, excogitée par l’église au Moyen Age afin d’empêcher les nobles de se battre perpétuellement entre et de semer la mort et la destruction… Mais celle des confiseurs ! Et pourquoi le mot trêve ? Cela montre que le combat reprend, que la vie est une perpétuelle lutte, a struggle for life, ein Kampf ums Leben
Et ce n’est pas tout, l’impérialisme économique de la publicité rend incontournable l’achat et la consommation de certaines estampillées absolument festives et exploitant l’impéritie des pauvres gens : si je n’ai pas dinde, de marrons, de bûche, de champagne, etc… Je n’ai pas célébré la fête de Noël ou du jour de l’an ou autre… C’est valable pour toutes les traditions, toutes les civilisations nées du judéo-christianisme : Toutes sont victimes de la désacralisation, une sorte d’humanisme athée qui s’est emparé des fêtes pour en faire des moments de réjouissances matérielles où l’on mange foie gras, caviar, asperges, fraises, etc…
Pour les catholiques, la fête de Noël, c’est plus que cela et même le nouvel an que nous aimons tous, c’est le jour de la circoncision de Jésus : quand j’étais enfant, les calendriers de la Poste et des pompiers portaient cette mention.
Essayons de répartir les moments de joie et de bonheur sur l’ensemble de l’année. Essayons de ne pas partir  en vacances tous, au même moment et au même endroit.
Je crois bien que ce sont les retraités qui nous montreront le chemin : en cette période de l’année, les destinations ensoleillées qui coûtent l’épiderme du postérieur vaudront quatre fois  moins cher à partir du 3 ou du 4 janvier 2011 : est-ce normal ? Est-ce sain ? Non

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28/12/2010

LA PHILOSOPHIE DES PRENEURS D’OTAGES

LA PHILOSOPHIE DES PRENEURS D’OTAGES

Kant et Hegel n’auraient jamais deviné qu’on les appellerait un jour  en renfort pour un billet dénonçant les prises d’otages en général. Evidemment, ces deux grands penseurs de langue allemande nous ont enseigné respectivement que l’on ne doit jamais utiliser un congénère comme un moyen (ce que font les terroristes preneurs d’otages) mais comme une fin en soi, et que l’on devait tout faire pour remplacer la violence par le verbe. En somme, la guerre serait évitable grâce à la parole
Les preneurs d’otage démentent frontalement une telle attitude.
Nous pensons aux journalistes français retenus en Afghanistan par des brigands qui n’ont pas de motivation politique mais qui se servent d’autres êtres humains comme d’une monnaie d’échange. Nous pensons aux autres Français retenus par des bandits aux frontières du Mali et de la Mauritanie.. Et nous avons aussi une pensée émue pour ce vieil homme, un septuagénaire malade, lâchement exécuté par les terroristes d’AQMI. Les mêmes retiennent, entre autres, une dame gravement malade et à laquelle la DGSE a réussi à faire passer les médicaments dont elle a besoin.
Les preneurs d’otage ne considèrent pas leurs victimes comme leurs congénères, ils ne voient en eux qu’un moyen destiné à faire avancer leurs revendication et leur satisfaction. Or, nous voyons ces barbares faire leurs cinq prières quotidiennes devant de complaisantes caméras de télévision, donner des interviews ou se faire photographier devant des otages ligotés, assis à même le sol. Peut on être croyant et priver un autre être humain de sa liberté, de l’éloigner de l’affection de siens alors qu’il ne vous a rien fait ? Son seul crime étant de s’être trouvé à portée de vos mains criminelles, un jour maudit ?
En écrivant ces lignes, je pense à la mère de Stéphane Taponier ( un journaliste dont je donnais bien l’oncle) qui dit son désespoir et sa volonté de revoir enfin son fils : les barbares écouteront-ils le message d’une mère éplorée ? Et dois je rappeler le cas de Gilad Schalit, retenu depuis plus de quatre ans alors que les Israéliens ont proposé de l’échanger contre près d’un millier de détenus ?
Quand on parle de dialogue des cultures (tiens, une expression qui a disparu des journaux et des plateaux de télévision depuis quelque temps) il faut, au préalable, un langage commun : or, celui-ci n’est pas trouvé.
Il faut un nouvel humanisme, il faut que l’homme en tant que tel, retrouve toute sa place dans le cœur des autres hommes.
Il faut revenir à la notion de dignité humaine. C’est aussi cela le message de Kant et de Hegel.

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27/12/2010

LES PUISSANCES FACE AUX INTEMPERIES : DES COLOSSES AUX PIEDS D’ARGILE

LES PUISSANCES FACE AUX INTEMPERIES : DES COLOSSES AUX PIEDS D’ARGILE

Depuis plusieurs jours, voire plusieurs semaines, on ne parle que de conditions météorologiques et les écologistes doivent se frotter les mains. Ils sont heureux de constater que c’est la nature elle-même qui remet l’homme à sa place. C’est un sérieux rappel à l’ordre : l’homme se croyant maître de l’univers alors qu’il n’est que le diadème de la création, se trouve immobilisé et doit attendre : ses plus beaux avions ne peuvent plus prendre l’air en raison d’un ciel trop bas, ses plus puissantes voitures ne peuvent même plus emprunter les autoroutes en raison de l’enneigement et quand elles le peuvent elles avancent comme des tortues, à cause de quoi ? D’une fine couche de glace qu’on appelle le verglas ! Curieux…
Napoléon lui-même, à la tête de la fameuse grande armée avait d$u capituler devant le général hiver. Aujourd’hui, Paris, Londres, New York et Moscou peuvent tout juste refaire décoller leurs avions : à Moscou, l’aéroport a dû fermer, à New York une tempête de neige a provoqué l’annulation de centaine de vols intérieurs, à Londres, l’aéroport a connu des difficultés pires qu’à Paris. Quant à Moscou, n’e parlons même pas.
Mais ce qui est encore plus frappant, c’est ce qu’on pourrait appeler le talon d’Achille ou les pieds d’argiles des grandes puissances : savez vous que l’on manque presque partout de sel de déneigement ? Vous rendez vous compte qu’à Roissy on manquait de ce fameux liquide indispensable pour dégeler les ailes et les réactions des avions ?
Ceci, ce petit, cet infime défaut de la cuirasse me fait penser à quelque chose : savez vous ce qui qui provoque la mort des éléphants ? Ce sont de herbivores qui, en pricnipe, ne feraient pas de mal à une mouche… Eh bien, pour mâcher les dizaines de kilogrammes d’herbes et de racines ingéréesc chaque jour, ils ont des dents mais celles-ci finissent par tomber, l’âge venant. Et c’est la mort : quand on voit de tels mastodontes dont le maintien en vie dépend de petites dents…
C’est, toutes proportions gardées, un peu la même chose pour nous : Pour deux produits, somme toute, communs, nos plus grandes installations ont été hors d’état de marche… Certains gouvernement, britannique notamment, entendent prendre des sanctions contre des lampistes auxquels  ils reprochent une prétendue impéritie… C’est juste, mais les causes sont plus profondes : elle touchent à l’orgueil de la science humaine. Nous devons réapprendre à vivre, sans touner le dos au progrès. Nous devons réapprendre à être patients. Souvenez vous de Goethe qui dénonçait au début du XIXe siècle la velocitas…

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26/12/2010

LES BENEVOLES DU SECOURS CATHOLIQUE ET DU SECOURS POPULAIRE

LES BENEVOLES DU SECOURS CATHOLIQUE ET DU SECOURS POPULAIRE
Vu ce matin sur BFM TV : des équipes de bénévoles qui organisent des maraudes pour venir en aide à des sans domicile fixe par ces temps de fêtes mais surtout de grands froids. On les a vus notamment en Lorraine où il a fait jusqu’à moins dix, parcourir les routes et  les rues des villes pour demander à ces pauvres gens s’ils voulaient un hébergement ou de la nourriture. Sans aucune contrainte ni familiarité, ils s’adressent à ces accidentés de la vie pour les aider, les convaincre des dangers, parfois mortels, qu’ils courent.
Un bénévole a expliqué comment se passe le processus de glaciation entraînant la mort : on se sent gagné par un sommeil trompeur qui est en fait le couloir de la mort car les terminaisons nerveuses de ces pauvres gens ne sentent plus le froid qui engourdit ses victimes. L’hypothermie fait le reste et l’issue est généralement fatale. C’est dire le mérite des bénévoles qui pensent aux autres et, comme le disait le philosophe français Emmanuel Lévinas, ont le souci des autres. De l’autre. Car mon moi, disait-il, ce sont les autres.
Est ce un  hasard ou une simple coïncidence si les fêtes de Noël et du nouvel An tombent en hiver, au cours d’une saison où la nature est hostie et les conditions de vie plus dures que le reste de l’année ? Je ne sais, mais je pense qu’il faudrait étendre la tradition judéo-évangélique portant sur Pâques à la fête de Noël pour les chrétiens.
Les Evangiles mais aussi le Talmud nous apprennent qu’à Jérusalem, tous les visiteurs ou les nécessiteux étaient cordialement invités dans les maisons de la cité du roi David afin d’y célébrer la fête : ne pourrait-on pas en faire autant pour cette fête de Noël si importante ( à juste titre) aux yeux des Chrétiens ? Evidemment, in ne s’agit pas d’imposer qui que ce soit à qui que ce soit, mais on pourrait éviter le désespoir de gens, comme cette jeune femme lorraine qui disait ce matin combien c’était dur pour elle d’être exposée aux intempéries, surtout en cette période de fête. Elle se sentait encore plus abandonné qu’à l’ordinaire. Ne l’oublions pas.
Et surtout rendons grâce à ces hommes et à ces femmes, tous bénévoles, qui se portent au secours de leurs frères humains, quelle que puisse être leur origine.

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25/12/2010

L’ADMIRABLE COURAGE DES SCHOLL, MARTYRS DES NAZIS EN 1943

 

 

L’ADMIRABLE COURAGE DES SCHOLL, MARTYRS DES NAZIS EN 1943

Voici un livre que j’aurais dû recenser depuis de longs mois mais qu’un surcroît de travail m’a fait remettre à plus tard. Mais comme on dit en allemand, aufgeschoben ist nicht aufgehoben… Ce qui est remis à plus tard n’est pas supprimé purement et simplement.
Le traducteur Pierre Emmanuel Dauzat n’a pas seulement bien rendu les textes allemands des lettres et des journaux intimes, il a aussi rédigé une belle introduction puisant aux meilleures sources dont celles signées par un grand spécialiste, Saül Friedlander.
Comment une frère et une sœur bien intégrés dans ls société allemande de leur temps ont ils pu braver un si terrible danger et et organiser des distributions  de tracts dans les rues et à l’université, voire même des envois postaux, pour dénoncer Hitler comme ce qu’il était, à savoir ein Massenmörder, un tueur en masse.
Dans ce recueil de lettres et d’extraits de journaux intimes du frère et de la sœur, guillotinés alors qu’ils n’avaient pas même 25 ans, on sent monter leur inquiétude qui se mue en indignation. Leur pureté, leur innocence, leur ignorance encore du monde des adultes -bien qu’ils fussent des étudiants (Hans se préparait à être médecin tandis que sa sœur Sophie faisait elle aussi des études supérieures- expliquent peut-être un peu leur inconscience : comment avoir osé poser des tracts dans le grand hall de l’université de Munich ? La Gestapo était déjà sur leurs traces car ils avaient envoyé par la poste des centaines de tracts anti-hitlériens qui n’étaient pas parvenus à leurs destinataires, preuve qu’ils avaient été interceptés et que les services de sécurité enquêtaient…
Il y a aussi le rôle bénéfique joué par la culture humaniste allemande avec des figures de proue telles Goethe et Schiller. On rapporte qu’une femme juive déportée et promise à la mort avait écrit avant son supplice «c’est à nous qu’il appartient de sauver Goethe» , c’est-à-dire l’héritage  classique du Sage de Weimar, l’incarnation de l’esprit libéral dans l’Allemagne de la fin du XVIIIe et du premier tiers du XIXe siècle.
Le petit réseau de résistance , monté par Hans et Sophie, s’appelait la Rose blanche.  Il  me semble que le 19 avril 1941 marque un tournant dans la prise de conscience de Hans qui livre ce jour là à son amie Rose le long compte rendu d’un cauchemar où tout se mêle, ses visions, ses craintes, ses prévisions, son propre avenir : il se destine à la médecine, mais dans ce rêve qu’il raconte à Rose, il fait irruptions dans une infirmerie sordide et les malades lui demandent ce qu’il fait là… Il répond qu’il est médecin. Les malades, hilares, se moquent de lui et se demandent ce que peut bien faire un médecin dans un tel lieu… C’est le signe même du désespoir, de la perte de confiance en soi : si même un médecin dans l’Allemagne nazie perd toute crédibilité, toute légitimité, si même des patients décrètent qu’ils n’en veulent pas, que reste-t-il de saint dans cette Allemagne dévoyée ? Plus rien. Ce rêve revêt une importance particulière.
Entre-temps, le jeune homme progresse dans ses études de médecine, accomplit son service militaire, a même maille à partir avec la justice et participe à la guerre. Il se rend à Vienne, désormais sous Anschluss, à Paris et rend hommage à la solidité des infirmières parisiennes qui sont fidèles au poste.
L’autre point tournant dans l’esprit de Hans est marqué par le texte publié dans un forum de discussion en novembre 1941 : il y est question de l’autre rive et de l’impossibilité d’y accéder. La rivière est sombre, profonde et son début est rapide. Donc un cours d’eau dangereux, pas une étoile ne brille,  pas de pont, pas de sentier, rien. En fait, c’est le constat d’un blocage complet. Que faire contre le régime ? Sinon l’action de résistance…
Lorsque le frère et la sœur comparaîtront devant leurs juges, le procureur demandera à Sophie si elle avait eu l’intention d’attenter aux jours de Hitler… La jeune fille répondit sans hésiter : oui. Dès lors, le sort des deux accusés était scellé.
C’est entre  le 27 juin et le 12 1942 que Hans et Sophie rédigèrent leurs quatre tracts. Les deux jeunes appellent un chat un chat. Ils tentent tout d’abord d’éveiller la conscience humanitaire de certains intellectuels de Munich contactés par voie postale. Le second texte dénonce les atrocités anti-juives des Nazis et condamnent sans appel une telle extermination.  Dans le troisième tract, les auteurs dénoncent la tyrannie nazie et appellent au sabotage. Le quatrième tract présente la Rose blanche comme la mauvaise conscience de l’Allemagne.
De Russie où il a été envoyé, Hans invoque Dieu dans son journal :  O Dieu d’amour, aide moi à triompher de mes doutes. Oui, je vois la Création qui est ton œuvre et qui est bonne. Mais je vois aussi l’œuvre de l’homme, notre œuvre qui est cruelle, qu’on appelle destruction et désespoir… Pourquoi la souffrance est elle si injustement infligée ?
Hélas, le 22 fevrier 1943 furent exécutés à Munich. La sentence de mort fut exécuté l’après-midi même de leur condamnation. Ce frère et sa sœur sont la conscience morale d’une Allemagne qui en avait été privée par Hitler. Gloire à leur mémoire !

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une veille de Noël qui tombe une veille de chabbat : syncrétisme ou retrouvailles ?

une veille de Noël qui tombe une veille de chabbat : syncrétisme ou retrouvailles ?

Quand la fête est célébrée par l’immense majorité d’une population dans un pays donné (Pourim ou Pessah en Israël, le Ramadan dans un pays arabe, Noël, en l’occurrence, dans les pays de tradition judéo-chrétienne), la minorité ethnique ou religieuse vivant dans ces pays qui vénèrent une tradition qui n’est pas la sienne, est touchée par l’ambiance de fête. Elle a deux attitudes à sa disposition : soit, elle se ferme hermétiquement à toute influence –et c’est généralement ce qui se passe au début- soit elle favorise un phénomène de capillarité, permettant à certains éléments de venir jusqu’à elle.

C’est ce que j’ai vécu ce vendredi soir, veille de Noël dans une famille juive de l’ouest parisien.

A l’arrivée, les coupes à champagne sont déjà disposées sur la table basse. Et lorsque les derniers convives sont là, on boit le précieux liquide à bulles, symbole irremplaçable de la fête. On se lève pour se mettre à table. Je me demande alors ce qui va se passer : va-t-on honorer le chabbat ou festoyer uniquement à l’occasion de Noël qui est, je le rappelle, la fête de la Nativité, en bon français la naissance du divin enfant, comme le dit la théologie catholique… Alors, avec le chabbat…

Eh bien, à mon grand soulagement, le père de famille distribue des kippot aux hommes et entonnent le kiddouch. Je pousse discrètement un soupir de soulagement. Le vin du kiddouch est estampillé cacher, c’est bien, et sitôt le dernier convive servi, on entonne les deux prières du lavage des mains et du partage du pain…

Après cette entrée en matière typiquement juive et religieuse, on passe presque imperceptiblement à une sorte syncrétisme culinaire qui m’avait déjà frappé les années précédentes lorsque je constatais, grâce à mes anciennes fonctions communautaires, une consommation anormalement élevée de foie gras dans les boucheries cachers…

La maîtresse de maison demande alors si on veut bien un peu de potage ou si l’on préfère passer directement au foi gras… Or, il est rare de consommer ce mets de fête un chabbat, sauf si l’on a un événement particulier à commémorer… En tout état de cause, le foi gras est cacher et succulent. Mais subrepticement, la bouteille de vin cacher est enlevée et remplacée par ce magnifique champagne du début…… Tiens, c’est Noël qui reprend le dessus.

Quelle est la suite ? Je vois arriver sur la table un imposant chapon (cacher) farci, avec, sur les côtés, des marrons. La chair de ce bel animal est assez fade mais je dois dire que ma tête est ailleurs, car j’analyse ce curieux syncrétisme qui est de nature hautement gastronomique au lieu d’être théologique… On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise.

D’un naturel un peu inquiet, je me demande si nous allons avoir droit à une bûche ou à une tarte de chez Lenôtre qui comportera du beurre, alors que nous avons consommé un plat de viande… Eh bien, non ! La bonne surprise est venue des sorbets de ce même grand traiteur parisien.

Tout s’est bien passé puisque le repas terminé, le maître de maison, élevé dans le respect de la tradition, récite à haute voix l’action de grâce (birkat ha-mazone).

N’étant pas spécialiste de sociologie religieuse mais de philosophie, j’essaie de voir comment les choses se sont enchâssées les unes dans les autres : une famille juive traditionnelle a tenté de vivre son chabbat hebdomadaire sans se couper radicalement du monde dans lequel elle baigne. Au fond, ce fut probablement la réaction, somme toute naturelle, des premiers chrétiens, tous issus de l’Eglise strictement juive, face au monde gréco-latin du paganisme. Le problème est que c’est le pagano-christianisme qui prit le dessus sur le judéo-christianisme.

La soirée d’hier a, dans son genre, tenté d’inverser la tendance.

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24/12/2010

les télévisions arabes (al-Djazira et al-Arabiya) et l’information sur le proche orient

les télévisions arabes (al-Djazira et al-Arabiya) et l’information sur le proche orient

 

Je souhaitais parler de ces deux organes de presse destinés presque exclusivement au monde arabo-musulman. Je les regarde presque chaque jour en faisant du sport, car les vidéos dont sont dotées les machines nous permettent de regardent des centaines de chaînes tout en nous entraînant. Et aussi parce que cela me permet d’entretenir mon arabe que je ne pratique avec personne d’autre.

Et ce qui me frappe, c’est le sempiternel retour sur les Palestiniens et le conflit israélo-palestinien. Il n’est pas un jour, pas un seul que Dieu crée, qui ne consacre autant de temps à ce conflit : le moindre jet de pierre, le moindre obus tiré contre le sud d’Israël, la moindre déclaration arabe (notamment de leaders extrémistes), trouvent dans ces deux télévisions un large écho. Savez vous, par exemple, que lorsque les journalistes arabes envoient des reportages depuis Jérusalem, la capitale de l’Etat d’Israël, ils conluent toujours en disant : ici, le nom du journaliste, qui vous parle depuis al-Qods al-muhtallah depuis la Jérusalem occupée…

Hier, c’était le chef du Hamas à Damas qui clamait ses convictions, toujours les mêmes, parlant devant les télévisions comme devant un meeting, réclamant la lutte armée, revendiquant l’intégralité de la terre arabe (sic) avec pour capitale, al-Qods… On se croirait en 1950…

Est ce que vous imaginez ce que ressentent les auditeurs de ces télévisions qui ne regardent que ce canal d’informations et rien d’autre ? Qui vivent donc en vase clos, en proie à leurs fantasmes et à leur frustrations ? Imaginez les montagnes de haine et de ressentiment accumulés, année après année, comment voulez vous parvenir à la paix, non point avec des dirigeants qui ne représentent qu’eux mêmes, mais avec les populations, constamment soumises à ce matraquage ?

Et je ne parle même pas des reportages sur Gaza : on oublie d’y dire qui lui fournit l’eau, l’électricité, les centraux téléphoniques, le numéraire, les médicaments et la nourriture … De cela on ne parle jamais. Quel est le pays souverain qui accepterait sans bouger qu’une partie de son territoire soit périodiquement bombardée ? Aucun, il n’en existe pas.

On avait cru, à la naissance de ces deux télévisions, qu’elles ouvriraient le monde arabo-musulman sur le reste de l’univers, qu’elles orienteraient leurs auditeurs sur la voie du progrès et de l’ouverture. Qu’elles promouvraient le dialogue des cultures et aussi interreligieux. Et que voyons nous ? Ce que je viens de vous dire.

Pas un mot de compassion avec les chrétiens d’Orient qui étaient là, sur place, plus d’un demi millénaire avant d’autres religions… Aujourd’hui, les églises de rite syro-chaldéennes ne peuvent même plus fêter Noël dignement, sans sapin, sans messe de minuit, sans rien. Souvenez vous de ce qui est arrivé aux Coptes l’année dernière au Caire, au sortir de la messe de minuit…

Mais ne terminons pas l’année sur un constat d’échec : espérons qu’une minorité d’intellectuels ou d’hommes de bonne volonté, émergeront un jour pour instiller un nouvel esprit… Et surtout pour diffuser un message d’amour et de compréhension. Un message bannissant la haine.

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SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE SUISSE l'attenttat contre l'ambassade de Suisse à Rome

SOLIDARITÉ AVEC LE PEUPLE SUISSE l'attenttat contre l'ambassade de Suisse à Rome

Oui, il convient de s’associer au grand élan de solidarité mondiale après le lâche attentat dont l’ambassade suisse à Rome vient d’être victime. Et qui va probablement coûter cher à l’un des employés qui eut la malchance de manipuler le colis piégé.

Cet acte abject montre une fois de plus que nous sommes entrés dans une guerre ouverte mondiale, quoique non déclarée et qui fait des ravages. La chancelière allemande, Madame Angela Merkel, a eu le courage de le reconnaître en disant : oui, l’Allemagne est en guerre. La France, aussi, les Occidentaux, tous les Occidentaux le sont, et notamment contre le terrorisme islamiste, al-Quaida et ses alliés dans le monde.

Personne n’aurait pu prévoir que la Suisse, pays neutre et abritant dans sa ville la plus connue, Genève, les instances internationales, ferait l’objet d’un tel attentat. On signale la piste des anarchistes qui est probablement la bonne, mais il ne faut pas oublier ceux qui, de Bagdad à Kaboul, en passant par le Maghreb, entretiennent en ce monde un état d’insécurité quasi-permanent.

En tout état de cause, il est grave qu’un pays comme la Suisse, jadis entièrement épargné, soit aujourd’hui menacé et attaqué. Nous devons exprimer notre solidarité avec son peuple et son gouvernement.

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