30/11/2008

LES ELECTIONS EN ISRAÊL

 

 

LES ELECTIONS EN ISRAÊL
    Unique démocratie dans un océan de régimes tyranniques et autoritaires, Israël dont les partis politiques s’apprêtent dès ce lundi à désigner ses têtes listes et ses candidats pour les élections générales, va entrer dans une zone de turbulences durables. La démocratie est à ce prix.
    C’est incontestablement le parti du Likoud de Benjamin Netanyahou qui a le vent en poupe. Réussira-t-il à prendre le pouvoir et à redresser la situation ? On le souhaite, mais ce n’est pas gagné d’avance. Face à lui, le parti Kadima, part attrape-tout fait de bric et de broc, et le parti travailliste, englué dans une grave crise de leardership, ne semblent pas être de grands dangers.
    En Israël, les campagnes électorales sont généralement brèves et brutales ; il y a fort à parier quez les positions bougeront et que nous serons pas à l’abri de surprises…
    Mais il y a aussi cette lassitude des électeurs, fatigués d’être baladés à droit comme à gauche ; on raconte l’anecdote suivante à propos d’une dame ayant constaté la ferveur des candidats avant d’être élus et leur inertie une fois qu’ils ont atteint leur but. Avant l’élection les murs te parlent, après l’élection, tu parles à un mur…
 

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29/11/2008

UNE NOUVELLE MENTALITÉ DE LA SNCF ?

 

UNE NOUVELLE MENTALITÉ DE LA SNCF ?
    A la suite des retards et des pannes à répétition à la SNCF, notamment de l’Eurostar sous la Manche, qui a infligé plus de cinq heures de retard aux voyageurs, la SNCF a enfin réagi comme une société commerciale civilisée : excuses présentées aux voyageurs, remboursements des billets, offres de plateaux- repas, mise à disposition de taxis, voire, si besoin est, de chambres d’hôtels… Du jamais vu ! Aux USA et en Allemagne, ou dans d’autres pays d’Europe, les retards font l’objet de tels protocoles sans rechigner. En France, les juges français rechignent à accorder des dommages et intérêts aux voyageurs ainsi lésés. Il serait temps que cela change.
    La semaine dernière, ayant pris le train de 7h10 pour Genève, nous ommes arrivés avec plus d’une demi heure de retard, l’employé de la SCNF s’est à peine excusé à l’arrivée, deux minutes avant le terminus, ce qui a provoqué justifiée de plusieurs voyageurs, indignés de voir ainsi traités… Ils ont bien raison.
    Il serait que la SNCF devienne elle aussi une société par actions avec des actionnaires privés et des distributions de dividende, cela donnera à réfléchir à certains…
    Les retards, j’en suis sûr, seront rares et si’ls venaient à se produire, ils coûteraient tellement cher que la direction, privatisée, prendrait les mesures nécessaires.
 

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DOIT-ON, PEUT-ON CONTRAINDRE LES SDF A SE PROTÉGER DU FROID, DE LA FAIM ET DE LA MORT ?

 

DOIT-ON, PEUT-ON CONTRAINDRE LES SDF A SE PROTÉGER DU FROID, DE LA FAIM ET DE LA  MORT ?

    les grandes froidures étant de retour, se pose, à nouveau, comme chaque année, hélas, le problème des sans domicile fixe qui se retrouvent à la rue, au péril de leur vie. Certains cercles gouvernementaux, alarmés par les 265 morts de l’année , dus au froid, ont songé à contraindre les SDF à accepter l’aide des pouvoirs publics et de certaines associations.
    Philosophiquement, la question qui se pose est la suivante : peut-on suspendre la liberté individuelle en arguant du fait que l’on doit décider, fût-ce temporairement, en lieu et place d’ êtres malades, au motif qu’ils sont en danger de mort ? En d’autres termes, ai-je le droit de sauver la vie de mon congénère, à son corps défendant,  si j’estime qu’il est en danger de mort ?
    Devant la levée de boucliers suscitée par l’annonce de la contrainte contre les SDF, le président Sarkozy a trouvé la bonne solution qui paraît être, sur un plan pratique, celle du juste milieu, position médiane généralement préconisée par les philosophes de l’Antiquité, du Moyen Age et des temps modernes. Le chef de l’Etat a proposé la solution suivante qui refuse la contrainte : on recueille les SDF, on leur sert des repas chauds, on les soigne s’ils sont malades, on leur offre de prendre une douche ou un bain. Une fois rétablis, on leur montre le lieu où l’on se propose de les héberger, s’ils acquiescent, tant mieux, sinon, on les laisse repartir en leur réitérant l’offre de les accueillir quand ils le souhaiteront.
    La politique n’étant pas la recherche de l’absolument vrai, mais simplement l’art du possible (comme disait Churchill), Nicolas Sarkozy a choisi ce qui était humainement acceptable, en se tenant à égale distance de deux impératifs : à la question biblique du livre de la Genèse  Suis-je le gardien de mon frère ?  il a répondu  oui, je suis son gardien, mais sans violer sa conscience ni porter atteinte à sa liberté qui demeure son bien imprescriptible… même en situation de dénuement extrême. En clair, cela signifie qu’il conserve son droit à la dignité inaliénable de la personne humaine.
    La question que nous nous posons, nous philosophes, va plus loin, ce qui ne signifie pas que nous trouvons une réponse applicable à une situation concrète : pouvons nous laisser un être  matériellement déchu, abandonné de tous, sans feu ni lieu, aller tout droit à une mort certaine ? Que vaut ma liberté si je ne suis plus en mesure d’en user avec discernement, c’est-à-dire en pleine connaissance de cause, car j’ai subi une altération grave, peut-être irrémédiable, de mes facultés mentales ?
    Le problème, c’est que dans une société démocratique, la contrainte doit être réglementée, c’est-à-dire encadrée par des lois votées par les représentants du peuple. Or, comme nos tribunaux disent le droit, s’occupent de réprimer les délits et couvrent ce qui est légal et ce qui est légitime, (i.e. le juge rend la justice mais ne fait pas la morale) on ne voit pas comment on pourrait, fût-ce un instant, mettre la liberté individuelle entre parenthèses. Appliquer la loi, ce n’est hélas pas faire la morale. En d’autres termes, une juridiction n’est pas nécessairement un tribunal d’équité. Et l’on pourrait nous rétorquer que le SDF qui refuse la main secourable qu’on lui tend, est, certes, suicidaire comme des milliers d’autres êtres socialement intégrés, sans que ceux-ci ne fassent l’objet de la moindre contrainte…  Sauf si leurs proches attestent qu’ils ne sont plus en mesure de veiller sur eux-mêmes. Or, les SDF ‘ont plus de proches, si ce ne sont les membres d’associations caritatives ou de simples passants…
    La seule solution que je vois rejoint celle du Président de la République : on intervient au cas par cas, on porte secours et assistance, tout en laissant à notre frère humain le choix de la durée : temporaire ou pérenne ?  Je pense néanmoins qu’il faut user de persuasion (mais non de violence) durant la période hivernale. Après tout, n’est-il pas interdit d’expulser des locataires impécunieux durant la période hivernale ? Et les tribunaux font bien respecter cette règle…
 

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LES ATTENTATS DE BOMBAY

 

 

LES ATTENTATS DE BOMBAY
    Près de deux cents morts et environ trois cents blessés. La tuerie de Bimbay a enfin connu son terme. Est-ce un succès pour les forces de sécurité indienne ? Non, je regrette de le dire. Les Israéliens n’auraient certainement pas mis trois jours pour réduire une poignée d’irréductibles (sic) qui n’avaient aucune revendication, aucune monnaie d’échange à négocier, juste la volonté de tuer et de semer la destruction sur leur passage.
    Trois jours pour venir à bout de même pas quelques dizaines de terroristes islamistes ! Et deux cents morts, dont une vingtaines d’étrangers, parmi lesquels près de six israéliens dans le centre Habad de Bombay. Ce n’est vraiment pas un succès. Cet état d’impréparation de la police et des commandos indiens va avoir des conséquences, y compris sur la sécurité intérieure indienne ! Que des hôtels de luxe, connus dans le monde entier, comme le Taj Mahal, aient pu être victimes de telles attaques sans coup férir est inacceptable.
    Si j’écris ces lignes sur ce ton, c’est parce que j’ai entendu les réactions de victimes sur place, ayant atterris à Madrid ou à Francfort. Un touriste allemand rescapé a dénoncé l’impéritie et l’inexpérience des soldats indiens. Il a dit que même de simples gardiens aux portes des hôtels en questions auraient été plus professionnels !
    Le raid oi le GIGN auraient été plus efficaces et n’auraient sûrement pas entraîné autant de morts et des destructions matérielles. Comment l’Inde qui est en guerre larvée avec son petit voisin pakistanais n’a pas su avoir une puissante force d’intervention contre de tels attentats ?
    Nous poussons un soupir de soulagement, mais non ce n’est pas un succès. Surtout que ce grand pays démocratique a connu de très fortes tensions entre une population musulmane, certes, minoritaire mais très remontée contre la majorité hindoue. Espérons seulement une chose : que les Hindous n’attaquent  pas les quartiers musulmans en guise représailles.
    La ruine et la destruction (hurban ba la-olam)  se sont abattues sur le monde.
 

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28/11/2008

FAUT-IL JUGER ET INCARCÉRER LES ENFANTS DE DOUZE ANS ?

 

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FAUT-IL JUGER ET INCARCÉRER LES ENFANTS DE DOUZE ANS ?
    En France, nous sommes à la veille d’une révolution : on va  baisser l’âge de la responsabilité des mineurs devant les tribunaux. Madame la Garde des sceaux a installé une commission qui doit livrer ses conclusions et faire des propositions : je laisse à d’authentiques juristes –dont je ne suis pas- le soin de déterminer en toute compétence et indépendance, si l’on peut ou doit juger des enfants de douze ans… Pour ma part, je cantonnerai à la réflexion philosophique, même si celle-ci a rarement une traduction législative.
    De quoi s’agit-il et comment en sommes nous arrivés là ? L’ordonnance de 1945 correspondait à une certaine photographie de la société française, les enfants étaient encore plus ou moins tenus par leurs parents, l’école avait une aura, les instituteurs une parole et la société, dans son ensemble, des valeurs. Je n’étonnerais personne en soulignant que ce n’est plus le  cas aujourd’hui.
    J’ai vu dans mon club à Paris des petits roumains, envoyés par leurs parents, fracturer des voitures de luxe pour en dérober les contenus et la police, appelée à la rescousse, avouer son impuissance en raison du très jeune âge des délinquants. Les journaux se sont ensuite faits l’écho de crimes (je dis bien de crimes) commis par des enfants, commandités par des adultes, sachant bien que les enfants ne seraient pas traduits en justice, au pire, envoyés dans des établissements de redressement. Et je laisse de côtés les enfants de 12 ans, de milieux sociaux détestables, rouant de coups leurs institutrices ou leurs professeurs.
    Il fallait réagir. Mais comment ? Il ne faut pas qu’une seule catégorie sociale, fût-elle constituée d’enfants, ait la sensation d’une impunité… Il faut donc changer la loi, l’aggraver et menacer les mineurs de peines de prisons pour des crimes et des délits très graves. Mais, en les jugeant, nous n’avons pas le droit d’oublier que ce sont des enfants…  Il faudra donc siéger en collégiale et au moins un des trois juges doit être un juge des tribunaux pour enfants (en Allemagne cela s’appelle Kindergericht)… Si des peines devaient être prononcées  -et c’est, hélas, le cas- il faudra que les juges placent en face d’eux un impératif catégorique : la réinsertion des enfants condamnés, sauf si ceux-ci ont tué père et mère. La scolarisation, par exemple, doit être respectée comme la loi le prescrit. Les enfants doivent être détenus loin des autres criminels adultes afin de ne pas être abusés sexuellement et ne pas prendre exemple sur des adultes corrompus.
    Est-ce réalisable ? Est-ce possible ? Je ne sais, même ce serait si bien, voire beaucoup mieux, si les parents et les institutions faisaient leur travail. Hélas, c’est loin d’être le cas……
 

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LE BAIN DE SANG DE BOMBAY

 

LE BAIN DE SANG DE BOMBAY
    Métropole indienne de plus de 22 millions d’habitants, la ville de Bombay est encore ce matin le théâtre d’affrontements entre les commandos spéciaux de l’armée et des groupes terroristes islamistes, particulièrement déterminées et très bien entraînés. Les morts seraient supérieurs à 120 et l’on exclut pas qu’après le nettoyage de l’armée qui entreprend de reconquérir les hôtels et les lieux investis, de trouver, hélas, de nouvelles victimes.
    Cette explosion soudaine appelle plusieurs remarques : comme le relevait Alain Minc ce matin sur I-Télé, on n’a encore jamais sorti du conflit indo-pakistanais. Il soulignait aussi que ces deux pays sont des puissances nucléaires. On imagine la suite si les gouvernants de l’un de ces deux pays perdait son sang froid ou se sentait gravement menacé.
    La deuxième remarque tient au terrorisme islamique qui a décidé de mettre l’ensemble de l’univers à feu et à sang. On pense, dans ce contexte, au travail ardu qui attendu le nouveau président américain, dépourvu d’expérience et qui voulait (écoutez bien) parler avec l’Iran et faire une déclaration conciliante à l’égard du monde arabo-musulman. Nous sommes tous pour la paix et la concorde, mais comment parler avec des extrémistes qui sèment la mort et la désolation partout où ils passent ? Le nouveau locataire de la Maison Blanche aura hélas beaucoup à apprendre et gageons qu’il fera une politique encore plus dure que celle de son prédécesseur. Mais ce n’est pas là l’essentiel…
    La troisième remarque nous renvoie à l’état d’impréparation des démocraties occidentales et du monde judéo-chrétien face aux attaques sanglantes dont il fait l’objet. C’est une terrible guerre, non déclarée, mais terrible. On le voit au Proche Orient en Europe, , en Asie, en Afrique du Nord et en Afrique noire ; seuls restent pour le moment, épargnés, les continents américain et australien. Que faire ? Parler avec ces gens ? Ce serait suicidaire car ils n’entendent aucun discours. Ils veulent la confrontation et la guerre.
    Parmi les objectifs attaqués à Bombay figurent non seulement les grands hôtels et les restaurants de luxe, afin de toucher des étrangers, mais aussi un centre culturel et religieux juif, le Beyt Habad, une branche hassidique très développée en Israël et eux USA. L’abréviation HaBaD signifie  Hochma, Bina we-Da(at : sagesse, discernement et  savoir… Et pourquoi les terroristes ont-ils attaqué cette cible ? Parce qu’il s’agit de juifs et d’israéliens… C’est dire.
    Il est urgent que l’élite arabo-musulmane dans le monde prenne parti pour la paix, condamne le terrorisme qui se réclame de cette religion et se range résolument aux côtés des puissances occidentales, victimes de ces attaques. Faute de quoi, il ne faudra pas s’étonner si le fossé entre les civilisations et les cultures ira en s’aggravant.
    Dans peu de temps, on finira par reconnaître que le président Bush ne fut pas si mal inspiré d’avoir fait en Irak ce qu’il a fait. Mais l’histoire, malheureusement, ne donne raison aux grands hommes qu’après coup.
 

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27/11/2008

L’HISTOIRE DE JOSEPH DANS LA BIBLE ET LE CORAN… ET CHEZ THOMAS MANN

 

 

            CONFÉRENCE MENSUELLE À LA MAIRIE DU XVIE
                             ARRONDISSEMENT DE PARIS

                     Le jeudi 27 novembre 2008 à partir de 20h 15




 L’HISTOIRE DE JOSEPH DANS LA BIBLE ET LE CORAN…
                                       ET CHEZ THOMAS MANN

 
L’histoire du Joseph biblique est passionnante et attachante, pourtant elle n’a pas vraiment retenu l’attention du grand public, comme elle aurait dû. Au fond, cette belle histoire, probablement inventée de toutes pièces ou simplement réécrite  à partir d’un fait réel,  tirée d’un lointain passé, suivant l’imaginaire du rédacteur du livre de la Genèse, cherche, du chapitre 37 au chapitre 50, à captiver l’attention de ses lecteurs et à façonner ainsi l’histoire du peuple d’Israël qu’elle préfigure d’une certaine manière. …  Cette histoire, parfaitement insolite, établit une transition entre le prologue patriarcal et l’esclavage en Egypte, deux grands blocs entre lesquels se  déterminent les origines d’Israël en tant que peuple. A la question portant sur la provenance des Hébreux on trouve plusieurs réponses : les patriarches, le creuset égyptien, la vie dans le désert, le fait marquant qu’est la révélation du Sinaï et le don de la Tora, et enfin, le plus probable, la fusion avec les peuples de Canaan, lors de la conquête de ce pays.   C’est dire combien cet intermède de Joseph est important : sans lui, pas d’escale égyptienne pour le peuple d’Israël…
L’exégèse histiroc-critique pense qu’il s’agit d’une histoire développée par une diaspora juive largement hellénisée d’Egypte s’opposant de manière pacifique à la «tyrannique  orthodoxie» de Jérusalem avec son monothéisme pure et dur, sa centralité due à la présence du Temple et sa volonté jugée hégémonique de dicter la loi aux autres. Pensez au cri du cœur du prophète Isaïe qui s’exclame dans son premier chapitre : car c’est de Sion que sortira la Tora et la parole de Dieu de Jérusalem. Sous entendu : et de nulle part ailleurs.     
          Mais quiconque lit cette histoire, ce véritable roman, avec attention, se rend bien compte que le projet a germé dans l’esprit d’un incomparable conteur, doté d’un grand talent romanesque et qui entendait écrire une sorte de nouvelle de la Diaspora, donc une protestation contre l’esprit impérialiste des prêtres de
Jérusalem. La chose se fait calmement, avec ironie, mais sans faiblesse : le but est de prouver que l’on peut être un juif qui vit bien et réussit en terre étrangère, sans trahir  l’alliance avec Dieu ni manquer à sa vocation. Une sorte d’Exode à l’envers…
On commencera par citer un magnifique passage de Dichtung und Wahrheit de Goethe ainsi qu’un extrait de lettre à sa sœur Cornélia : dans le premier Goethe affirme avoir voulu apprendre la langue de la Bible auprès d’un vieux moine et s’intéresser fortement à l’histoire merveilleuse de Joseph, l’un des grands nom du peuple d’Israël, fils de Jacob et de sa femme chérie Rachel (qui donna aussi au patriarche Benjamin, le fils de sa vieillesse)… Goethe dit à sa sœur que ce qui retient son attention dans cette histoire, ce sont les aspects typiquement humains et non point les intérêts religieux ou métaphysique. Mais il trouve que cette histoire demeure, par certains aspects, quelque peu inachevée… Ayant écrit des textes sur ce héros biblique et d’autres du même genre, le jeune Goethe, alors étudiant à Leipzig en 1767, se résout à tout livrer aux flammes…
          Cette remarque sur le caractère inachevé ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd puisqu’un heureux hasard, quelques décennies plus tard, poussera Thomas Mann à consacrer à cette belle histoire plusieurs volumes intitulés Joseph et ses frères (1933-1943)… En fait, un peintre, ami d’enfance de Madame Mann, demanda à Thomas Mann d’écrire quelques textes pour accompagner ses dessins relatant l’histoire de Joseph en Egypte… Voilà comment la littérature mondiale s’est, par un  heureux hasard, enrichie d’un chef d’œuvre. On doit aussi noter que même le Coran consacre la Sourate 12 à l’histoire de Joseph, sans que celle-ci ne soit ne soit précédée ni suivie d’un ensemble faisant avec elle un contexte. Le Coran ajoute  des détails savoureux que le récit biblique ne donne pas… Par exemple, sur l’admiration de la beauté physique de Joseph par les femmes, amies de l’épouse de son maître Poipar, etc… Mais c’est l’original qui nous intéresse par sa structure, son caractère composite et aussi par l’influence exercée sur la littérature universelle.
    Le récit de Joseph est trop soigneusement construit, certains revirements ou rebondissements sont trop symboliques pour avoir été simplement réels et historiques, comme on voudrait nous le faire croire. … Mais ce que nous soulignerons d’emblée, c’est la position  centrale occupée par l’Egypte, dans ce récit de l’Antiquité hébraïque. La présentation est essentiellement positive : songez, l’un des patriarches se rend en Egypte avec toute sa tribu, issue de son sein ; le fils, réputé mort, devient vice-roi de ce même pays et organise une économie de subsistance pour sauver le pays de la famine. Et enfin, reconnu par ses frères et rejoint par eux, il s’assimile parfaitement à l’Egypte, son pays d’adoption, tandis que son père, le patriarche Jacob, a un entretien aimable le Pharaon en personne, qu’il bénit !!!
    Mais dès le début du livre de l’Exode, le livre suivant, le rédacteur clôt cette belle idylle en notant sèchement qu’un nouveau roi qui ignorait tout de Joseph monte sur le trône d’Egypte… Après cette précision, tout bascule, l’Egypte devient le pays de l’esclavage, la quintessence de l’impureté (toum’at mitsraim), le lieu où le nouveau roi d’Israël, une fois intronisé, doit s’engager à ne jamais ramener le peuple… Et il en sera de même dans la littérature prophétique (à une ou deux exceptions près) et dans toute la littérature rabbinique ultérieure. Le ton est donné pour toujours… Que s’est-il passé ? Nous ne le saurons jamais : ceux qui redéployèrent l’histoire juive et lui donnèrent une nouvelle dimension, de nouveaux symboles, de nouvelles aspirations, ont décidé que l’Egypte et ce qu’elle représentait, devait quitter à tout jamais l’histoire juive et hébraïque. Juste une trace de reconnaissance dans le livre de l’Exode où l’on recommande de ne pas nuire à l’Egyptien ( l’habitant du pays mais non le pays lui-même)  car tu fus étranger dans son territoire…
    Mais revenons à l’histoire de notre héros Joseph, telle qu’elle nous est relatée dans les chapitres de la Genèse :
A)    on commence par souligner la prédilection de Jacob pour son fils tant aimé Joseph qu’il distingue de ses autres frères, ce qui suscite l’ire de ces derniers et leur inspire des idées de vengeance.
B)    A la première occasion, qui n’est pas très claire, lorsque Joseph se présente seul, à la recherche de ses frères, ceux-ci, en un clin d’œil, s’entendent pour lui nuire. Il n’échappe à la mort que sur l’intervention de Ruben qui suggère de le jeter au fond du puits.  C’est symboliquement une descente aux enfers.
C)    La remontée n’est pas loin et le récit manie l’art dramatique avec maestria : une caravane de Madianites l’achète et va le vendre sur le marche des esclaves en Egypte. Une main providentielle tire Joseph des profondeurs.
D)    Joseph n’en a pas encore fini avec ce chassé-croisé entre la descente et la remontée spectaculaire : racheté par Potiipar (ou potiperah) voici Joseph devenu intendant de la maison du chef des gardes du corps du Pharaon ; mais sa beauté et sa grâce physiques stimulent les envies de la femme de son maître qui veut avoir des relations intimes avec lui. Comme il epoussait ses avances, elle ourdit un complot contre lui, l’accusant d’avoir cherché à abuser d’elle. Joseph est de renouveau condamné à redescendre après avoir connu une certaine ascension…  mais de courte duréee.
E)    En détention, Joseph qui, là aussi, a acquis une position avantageuse puisqu’il se charge de tous les détenus, s’inquiète de la mauvaise apparence de deux condamnés, le grand échanson et le panetier du Pharaon. Les deux hommes ont fait des songes qui les préoccupent car ils ne savent pas les interpréter. Joseph, on ne sait comment, domine parfaitement la science de l’interprétation des rêves et livre la solution des deux énigmes.  Au grand échanson qui sera rétabli dans ses fonctions, Joseph recommande de ne pas l’oublier lorsqu’il quittera la prison. Mais le rédacteur biblique saisit cette opportunité pour souligner que l’homme a vite fait d’oublier son ancien co-détenu et bienfaiteur Joseph. La Bible veut peut-être nous dire (ce que soulignera ultérieurement et très explicitement le midrash) qu’il ne faut placer son espoir qu’en Dieu…) Joseph paiera cette erreur ou cette inattention par deux années de prison supplémentaires. Mais voici qu’au terme de cette peine surajoutée, le Pharaon a lui aussi un songe qui le plonge dans l’embarras et la perplexité. Ici aussi, la divine Providence semble avoir confié à d’humaines mains le soin d’intervenir en faveur de Joseph… Le souci théologique de l’écrivain hébraïque est patent : Comment admettre que dans toute l’Egypte, si puissante, si riche, si avancée, il ne se soit pas trouvé un seul herméneute (pas même à la cour du Pharaon !) pour comprendre le songe. Dans le livre de l’Exode, il est bien fait mention des mages et sorciers (hartoumé mitsraim), présents à la cour du souverain ! Lui seul décide de la date de la délivrance. Et là, le grand échanson, comme par miracle, se souvient de Joseph ! Mais l’intention du texte biblique est transparente : c’est Dieu qui a décidé du moment, du lieu et de la façon de faire…  De nouveau, l’esclave hébreu remonte de son trou et cette fois-ci l’ascension sera irrésistible : ayant donné la solution des énigmes, Joseph se voit chargé de régenter toute l’Egypte, le Pharaon, émerveillé par cet homme aux dons divins, va jusqu’à dire que nul n’aura le droit de bouger un doigt ou un pied sans l’autorisation de celui qui est devenu vice-roi du royaume
F)    Mais ce n’est pas fini. D’ailleurs, si comme nous le verrons infra le Coran ne consacre que 111 versets de la Sourate 12 à cette histoire, la Bible hébraïque s’y attarde trois fois plus (383 versets)… Je pense à la réconciliation de Joseph et de ses frères, du stratagème pour faire venir son frère Benjamin, de l’arrestation des frères sous la fausse inculpation de vol du calice en argent et enfin de la reconnaissance de Joseph par ses frères…

Au cours de toutes ces péripéties, le rédacteur hébraïque a fait preuve de sa parfaite maîtrise de l’art dramatique dans une histoire qui projette devant nous toutes les passions humaines, les grandeurs et les vicissitudes des hommes : l’arrogance et l’assurance de soi caractérisant le jeune prodige, la jalousie des frères, la propension au vice et au crime, le mensonge au père et la dissimulation, l’adresse et l’ingéniosité de la victime pour se tirer de situations dangereuses, l’art de comprendre la psychologie qui se reflète dans l’interprétation des rêves (voire, même, avant la lettre, une certaine exploration de l’inconscient), la frustration sexuelle d’une femme et corollairement la vertu qui triomphe des tentations, la rectitude et la bonne moralité d’un homme reconnaissant envers un maître dont il ne trahit pas la confiance, la sagesse politique (savoir convaincre le Pharaon de bousculer sa cour et de nommer un esclave hébreu à de si hautes fonctions !!), une qualité d’organisateur et d’administrateur hors pair (songez que non seulment il sauve l’Egypte de la famine mais s’arrange par racheter aux paysans ruinés toutes leurs terres afin de les intégrer aux domaines royaux !), enfin le désir de vengeance maîtrisé et la réconciliation…
    Penchons nous, à présent, plus avant, sur un autre fait des plus étonnants : l’image excessivement positive que cette histoire nous offre de l’Egypte, de son roi, de son gouvernement, de ses mœurs, de ses rites funéraires, de ses moyens de transport, de ses bijoux royaux, des privilèges de son clergé etc… En effet, le texte hébraïque stipule que les terres de la classe sacerdotale sont inaliénables et ne peuvent donc pas tomber, elles aussi, dans l’escarcelle du Pharaon.
Quand on réalise que dès le livre de l’Exode, l’Egypte sera honnie, bannie, rejetée à tout jamais, on ne peut dissimuler son étonnement.  Pour un esclave hébreu, à l’origine d’une grande histoire religieuse et nationale à venir, il est frappant de voir combien Joseph s’est assimilé à son pays d’accueil. Le professeur Kuschel a raison de parler d’une théologie de l’autre, d’une herméneutique du dialogue, d’une ouverture inouïe à une autre civilisation :
a)    Joseph s’habille désormais comme un Egyptien, ses vêtements de soie sont d’une blancheur éclatante et le pendentif qui orne désormais son cou est le symbole de la noblesse royale égyptienne.. Les Egyptiens sont tenus de lui témoigner respect et vénération en criant sur son passage : avrekh
b)    Pharaon lui donne même un nom égyptien, Tsofna pa’né’a qui voudrait dire dans la langue de l’Egypte antique : Dieu a dit : qu’il vive ! Mais là, le rédacteur a été prudent, le Dieu en question demeure anonyme…
c)    Joseph épouse même une princesse égyptienne, fille du grand prêtre du dieu Ra Asénét, dont le nom fait référence à une déesse. Bref, la panoplie du Juif parfaitement assimilée
d)    Et le couronnement de cette «Egyptophilie» incroyable, c’est le patriarche Jacob qui vient s’installer sur place auprès de son fils Joseph, avec tout son clan. Mieux encore, il a droit à un entretien privé avec le Pharaon qu’il bénit (voir supra)  !! Comment le fondateur de la tribu d’Israël, le chantre du monothéisme biblique a-t-il pu bénir celui qui se prenait pour  un Dieu-Roi ?
e)    Enfin les obsèques de Jacob : un convoi funéraire, comme on n’en avait encore jamais vu, remonte d’Egypte vers le pays de Canaan pour se diriger vers Hébron où le patriarche Abraham avait acquis un caveau. Tout ce que l’Egypte ancienne comptait de personnalités est du voyage ; le texte hébraïque nous dit que les habitants de Canaan observent, médusés, la cérémonie des obsèques. Quel spectacle ! Kuschel note avec pertinence : Egyptiens, Hébreux et Cananéens unis, communient dans le souvenir du patriarche disparu. La scène ne se reproduira hélas ! plus jamais !

Une telle Egypte a-t-elle jamais existé autrement que dans l’imaginaire d’un auteur, fasciné par ses mœurs, sa richesse, voire même par l’embaumement de ses morts ? On sent, cependant, qu’une autre main éditoriale est passée par là : on ne dit, au début, que même lorsqu’il fut promu vice roi, Joseph ne mangeait pas à la même table que les Egyptiens ; et sentant sa mort prochaine, il fera jurer aux Hébreux de l’exhumer pour l’enterrer en terre d’Israël… lorsque Dieu les extraira de la terre d’Egypte. C’est la volonté de se détacher, de s’isoler, de se différencier qui reprend ses droits après avoir offert u lecteur une somptueuse histoire  de dons et d’échanges, de dialogues des cultures et des civilisations.
    Les futurs constructeurs de l’histoire juive en ont décidé autrement ; désormais, ils se poseront en s’opposant et décideront que le peuple d’Israël dont Joseph fut le symbole étincelant, quittera les rives du Nil pour ne plus revenir dans le pays des esclaves…
    Au fond, l’histoire de Joseph est un condensé de l’histoire biblique : arrivé en Egypte dans un convoi de négriers qui le vendent comme esclave, il régentera ce pays et accèdera aux plus hautes destinées. Dans le livre de l’Exode, le rédacteur hébraïque notera aussi, par un saisissant parallèle, qu les Hébreux, réduits en esclavage, quitteront ce pays la tête haute, chargés de cadeaux et de richesses.

    Dans le Coran, nous découvrons à peu de détails près la même histoire mais avec une orientation très différente. La préoccupation théologique est omniprésente et la conscience que cette histoire est largement symbolique et allégorique, est maintes fois réitérée, au début comme à la fin. Cette histoire,   nous dit-on, contient des signes pour ceux qui posent des questions. En clair : cette histoire est riche d’enseignements et dépasse la matérialité des faits qu’elle évoque. Et à la fin, nous lisons que ce récit contient une exhortation, qu’il est plein d’enseignement pour les habitants de la terre. Mais le Coran ne nomme pas Potipar, laisse de côté l’aspect crucial de la Terre sainte.
    En outre, dans le Coran c’est Dieu qui est le principal narrateur alors que dans le récit biblique, on y fait à peine mention, par exemple pour dire que c’est l’Eternel qui détient la science et la sagesse des rêves…
    En revanche, l’épisode de la tentation sexuelle de l’Egyptienne (non nommée, c’est plus tard que des variations littéraires arabes la prénommeront Zuleicha) est riche de détails inédits : par exemple, la femme veut donner une leçon à ses amies qui la soupçonnent d’entretenir une liaison avec son domestique Joseph. Elles les invitent donc au goûter et  remet à chacune un couteau pour éplucher et manger des fruits. Lorsque Joseph fait son apparition et apporte les fruits, les dames sont captivées par sa beauté et se coupent les doigts…  Mais lorsque le drame est noué et que Joseph se sauve en laissant sa tunique entre les mains de l’épouse volage, le Coran s’attarde sur un détail digne de la criminologie. La tunique porte une déchirure à l’arrière et non à l’avant, ce qui laisserait supposer que la tunique fut arrachée lors d’une fuite et non par devant, lors d’un assaut ou d’une tentative de viol… Ce fait suffit à innocenter Joseph et permet au Coran de dire que les intrigues des femmes sont diaboliques et que la coupable dut se repentir et implorer le pardon divin. 
    Enfin, le Coran est plus réaliste et connaît bien la nature humaine. Joseph y reconnaît avoir ressenti du désir pour la femme volage car, dit-il, le cœur de l’homme le pousse au mal… Mais Dieu est venu à son secours et l’a aidé à être fort et à résister à la tentation. Même le Pharaon, en monarque consciencieux, se penche sur le «dossier» de Joseph et voit sous quel chef d’accusation il avait été détenu. Un détail passé sous silence par la Bible hébraïque.

    A l’époque moderne, c’est la belle histoire de Joseph et de ses frères de Thomas Mann qui retient l’attention. En quatre somptueux volumes (Histoires de Jacob, Le jeune Joseph, Joseph en Egypte, Joseph nourricier) il donne un relief exceptionnel à ce thème biblique qui révèle sous sa plume son exceptionnelle fécondité.  Pour écrire ce beau récit romanesque, Mann a effectué d’impressionnantes recherches qu’il met au service de sa verve littéraire, sans jamais verser (comme nous) dans l’ennui de la critique historico-philologique de la Bible.
    Quelles leçons pouvons nous tirer de cette belle histoire qui est, en partie, fictive ? Qu’il faut avoir une approche prudente et éclairée des textes religieux. Aussi un message d’espoir : Hébreux, Egyptiens, Cananéens, unis pour pleurer le patriarche Jacob, le nouvel Israël, et vénérer sa mémoire. Une sorte de fraternité retrouvée des fils d’Abraham.


 

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LA MORT EN FACE…

 

LA MORT EN FACE…
    Je n’ai pas hésité longtemps ce matin avant de choisir le thème de mon présent papier: il s’agira de cette mère de quatre enfants, atteinte d’un cancer généralisé et à laquelle les médecins ne donnent pas plus de quelques semaines de vie… Cette femme admirable a décidé d’organiser le vie de ses chers enfants avant sa disparition. Elle a donc trouvé une famille d’accueil et s’est assuré que les enfants ne seront pas séparés.  Quand je l’ai entendu parler hier soir sur Antenne 2, il y avait quelque chose d’irréel dans cette voix qui allait s’éteindre à tout jamais, passer à l’éternité mais qui, tout de même, parlait avec un certain détachement de l’avenir de ses enfants.
    Que dire ? De quoi parler ? De l’amour maternel, symbole de l’altruisme absolu ? De la mort qui ouvre sous nos pieds un abîme insondable ? De Dieu ? De la cruauté de la providence ou de son absence scandaleuse puisqu’elle permet que de jeunes êtres soient, à un âge si tendre, privés de leur mère ? Je ne sais ;
    Ce que je note, c’est que nous vivons à une époque absolument différente de toutes qui nous ont précédés. Généralement, ceux qui vont mourir préparent un testament, répartissent leurs biens et leurs avoirs entre leurs héritiers et mettent leurs affaires en ordre. Là, c’est du vivant qu’il s’agit : une mère consciente que la maladie va la séparer d’êtres qui ont besoin d’elle, veille à ce qu’ils aient un même foyer, une seule et même famille, et tient à ce qu’ils ne soient pas séparés. D’ailleurs, la fille la plus jeune, a déjà rejoint sa nouvelle famille afin de réduire au mieux les souffrances d’une réinsertion.
    L’amour d’une mère, on le sait, peut aller jusqu’au sacrifice de soi, à l’abnégation totale. Mais dans le cadre de notre société actuelle, je redoute une déshumanisation rapide des liens humains. Je souhaite aussi que l’on puisse enfin vaincre cette maladie qui ravage les familles. Et aussi qu’il nous permis de rendre hommage à cette mère qui, loin de s’apitoyer sur son sort, loin de penser à elle, prépare post-mortem, l’avenir de ses enfants.
 

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26/11/2008

LES CRUCIFIX À L’ECOLE

 

LES CRUCIFIX À L’ECOLE
    Resté à Genève plus longtemps que d’habitude, je n’ai pu réagir en temps et en heure à ce procès en Espagne opposant un particulier à une institution, l’école, en l’occurrence : il s’agissait d’enlever de ce lieu public les crucifix, conformément à la loi.
    Le problème, c’est qu’il s’agit de l’Espagne, pays de la reconquista médiévale, pays du natonal-catholicisme (dit sans nuance péjorative) et où la religion du Christ Roi fait indissolublement partie de l’identité nationale depuis au moins 1492, date de l’expulsion des juifs de ce pays. La justice fait son travail et fait respecter la loi, mais le prélat, à la tête du diocèse de Séville s’insurge et crie à la dés identification, à la dépersonnalisation du pays, voire à un début de déchristianisation. Et à Rome, en haut lieu, on semble lui donner raison.
    C’est un dilemme, un douloureux débat. D’un côté, il y a la séparation de deux ordres, de l’autre il y a le poids du passé qui n’a pas toujours respecté cette séparation… Il est normal que des citoyens sans attache confessionnelle majoritaire souhaitent éloigner des établissements d’enseignement des objets symbolisant un culte qui n’est pas le leur… Mais pour l’immense majorité  de la population, la présence de crucifix à l’école et dans les hôpitaux va de soi. La même chose s’était produite, si je ne m’abuse, en Italie, pays encore plus enracinée dans la tradition catholique.
    Il me semble qu’ici, il faut réagir avec intelligence et comprendre que dans ces pays, le christianisme n’est pas seulement une religion, c’est une matrice culturelle qui a fécondé et déterminé l’histoire  de tous les habitants. Les nouveaux venus ou ceux qui se sont légitimement éloignés de la tradition ancienne, au terme d’une évolution personnelle, devraient aussi comprendre que l’on ne se défait pas aussi facilement de traditions ancestrales.
    Si l’affaire aboutit devant une cour de justice, je suis curieux de voir comment les magistrats vont trancher… Mais en ce qui me concerne, j’étais déjà pour la proposition allemande lors du congrès européen de Nice qui demandait que soient mentionnées les racines judéo-chrétiennes de l’Europe.

 

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FIN DU MOTEUR FRANCO-ALLEMAND ?

 

 

FIN DU MOTEUR FRANCO-ALLEMAND ?
    Je sors à l’instant d’un petit déeuner fort agréable qui nous a réunis autour du nouvel ambassadeur d’Allemagne à Paris, Monsieur Reinharz Schäfers, dans le cadre du club diplomatique du Forum du futur.  Il y fut évidemment question des relations franco-allemandes, au lendemain du fameux sommet entre le Président Sarkozy et la Chancelière fédérale.  Nul ne pourra dire qu’une grande convergence et une forte avancée ont marqué cette rencontre puisque les autorités allemandes refusent toujours une baisse, même ciblée, de la TVA, et ne veulent guère entendre parler d’une gouvernance de l’Europe, pas plus, d’ailleurs, de l’instauration d’un fonds souverain. Nos voisins d’outre-Rhin assimilent une telle démarche à une mesure protectionniste ; selon l’orateur de ce matin, les Allemands ont une politique constante : on ne décourage pas les capitaux qui veulent s’implanter chez nous …
    En fait, malgré les assurances données et l’optimisme marqué de ce grand diplomate à la brillante carrière et qui maîtrise admirablement bien le français, les relations franco-allemandes traversent, pour rester prudent, une phase délicate, et la moindre des difficultés rencontrées n’est pas la différence de sensibilité des deux personnalités. Monsieur Sarkozy est un avocat, pragmatique, souple, attentif et très réactif, la Chancelière fédérale est une fille de pasteur, prudente, mesurée, physicienne de métier et très à cheval sur les règles.
    Certes, nous ne sommes pas en crise, mais quand on compare les développements actuels aux époques, pas si lointaines, où l’on parlait du moteur, voire même du couple franco-allemand, on se dit que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la Seine et de la Sprée…
    Certes, les deux gouvernements se sont mis d’accord sur un certain nombre de mesures qui vont dans le bon sens pour juguler la crise et réduire les dégâts sur les finances et l’économie ; il demeure qu’on reste encore très loin des résultats jadis atteints et aujourd’hui escomptés.
Comment faire pour que cela aille mieux ? L’ambassadeur ne l’a pas dit, mais on peut deviner que la disparité des niveaux entre l’économie allemande et française explique bien des choses… La puissance exportatrice de l’Allemagne est incomparable ; plus de 220 milliards d’Euros d’excédent… L’année 2008 aura été excellente pour les PME allemandes, si l’on fait abstraction de celles de l’automobile.  Or, en France, le chômage a déjà augmenté ; ce sera peut-être aussi le cas chez nos voisins, mais pour l’instant, cela va plutôt mieux/
    Quand on entendait égrener les convergence et les divergences on ne pouvait s’empêcher de penser à l’étude d’un véritable contraste.  Et cela  va s’aggraver lorsqu’il s’agira de refonder l’ordre économique mondial.
    Parmi les présupposés jadis mentionnés clairement mais toujours présents à l’arrière-plan entre les deux pays se trouve évidemment la politique à l’est (Ostpolitik). L’Allemagne n’a accepté d’y renoncer qu’à la condition d’intégrer au sein de l’Europe les anciens pays du bloc soviétique avec lesquels elle entretient des relations étroites et qui constituent son Hinterland.
    N’oublions pas aussi que 2009 sera une année électorale en Allemagne, le 27 septembre les Allemands iront aux urnes. Et la Chancelière sera opposée à son actuel… ministre des affaires étrangères !
    Tout cela n’est pas facile à gérer. Mais l’ambassadeur, fin diplomate, s’en est très bien tiré.
    En allemand, marcher sur des œufs se dit Eiertanz.
 

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