17/05/2008

QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

 

  QUELLES SONT LES RACINES CULTURELLES DE L’EUROPE ?

Sylvain Gouguenheim, Aristote au Mont Saint-Michel. Les racines grecques de l’Europe chrétienne. Paris, Seuil, 2008.

    Dès sa parution, ou plus exactement, à la suite d’un compte-rendu dans les le supplément littéraire du journal Le Monde, ce livre a suscité une controverse.. Quelques chercheurs ont réagi en adressant à cet ouvrage des critiques de fond.
    Examinons avec sang froid la thèse de cet ouvrage : il s’agit, comme le montreront de multiples citations, de contester la prévalence de la filière arabo-musulmane dans la transmission du savoir grec à l’Europe chrétienne et de mettre en avant, ou de faire valoir les droits, d’une autre filière,  gréco-latine, celle-ci qui aurait joué le rôle de l’authentique intermédiaire. Cette filière incarnée principalement par Jacques de Venise (ob. Vers 1150) a été, selon l’auteur, injustement occultée au profit d’une historiographie officielle qui faisait de l’Europe un satellite intellectuel de la culture arabo-musulmane. L’auteur cite au moins deux historiens de la philosophie, responsables, selon lui, de cette occultation.
    L’enjeu de ce débat est grave ; ce n’est pas une simple querelle de spécialistes,  il s’agit de savoir quel est, quels sont les pères intellectuels et spirituels de l’«Europe chrétienne» ainsi que la nomme l’auteur qui n’évoque l’apport judéo-hébraïque qu’incidemment, au détour d’une phrase ou dans une simple note…. Pour asseoir sa propre thèse, à savoir que la chrétienté occidentale n’a jamais vraiment rompu le lien qui l’unissait  au classicisme et à la philosophie grecs, l’auteur insiste, parfois un peu pesamment, sur des versions latines des œuvres d’Aristote, directement faites sur l’original grec par Jacques de Venise, sans être passé par le filtre arabe… Il s’agit donc de savoir si l’humus intellectuel de l’Europe doit quoi que ce soit au monde arabe ou arabo-musulman. A plus longue échéance, cela revient à se demander s’il y eut jamais un apport musulman, auquel l’Europe serait redevable. Les deux thèses que l’auteur entend combattre sont clairement identifiées : l’islam aurait transmis l’essentiel du savoir grec… et serait donc à l’origine du réveil culturel et scientifique du Moyen Age… la seconde thèse parle de racines musulmanes de la culture européenne.
    Ainsi présentée, la thèse de l’ouvrage peut sembler juste et défendable, mais en réalité, si les Arabes ont quelque peu contribué à la redécouverte de la richesse hellénique, nul (parmi nos collègues sérieux et compétents) n’a jamais prétendu, ni oralement ni par écrit, que nous devions l’entière redécouverte du monde antique classique aux Arabes ou aux musulmans. Il demeure, cependant, que les versions commentées d’Aristote, de Platon et de quelques autres nous sont parvenus, dans l’état dans lequel ils nous sont parvenus, avec des annotations des penseurs musulmans les plus connus, depuis al-Kindi jusqu’à Averroès, en passant par Abu Nasr al-Farabi, ibn Sina, ibn Tufayl et ibn Badja. La meilleure preuve que ces auteurs ont contribué d’une certaine façon au mouvement des idées, sans toutefois en avoir été les importateurs exclusifs, est apportée par la latinisation de tous leurs noms : Ibn Rushd est devenu Averroès, Ibn Sina Avicenne, Ibn Tufayl Abu Baker, ibn Badja Avempace etc… Si les penseurs chrétiens ne les avaient jamais utilisés, pourquoi avoir à ce point latinisé leurs points ?
    L’auteur a, en revanche, raison sur un autre point : on ne détecte nullement la moindre hellénisation du monde islamique, le philhellénisme de certains penseurs (au premier chef, Averroès) ne suffit pas à faire de l’islam le relais des Grecs au sein de l’Europe qui est, non point chrétienne, mais judéo-chrétienne…
    En fait, et l’auteur ne le dit jamais, il s’agissait des relations entretenues par des élites entre elles, du dialogue entre élites et non point d’un mélange authentique de cultures sur une vaste échelle… Un penseur comme Maimonide dont le nom arabe complet est Moussa ben Maimoun al-Kordoubi al-israili, acertes, puisé la science grecque aux fontaines arabes, et pourtant, il n’a entretenu de relations intellectuelles suivies qu’avec une frange réduite de la population musulmane contemporaine. Comment eût-il pu en être autrement ? Certains histoiriens de la médecine arabe sont même allés jusqu’à prétendre qu’il s’était converti «momentanément» à l’islam !!
 Au Moyen Age, comme dans l’Allemagne du XIXe siècle, des intellectuels juifs, en butte aux persécutions des chrétiens, avaient beau jeu d’insister sur l’ouverture d’esprit, la disponibilité et l’hospitalité des Arabo-musulmans. On parlait alors peu des lois de la dhimmitude mais il fallait opposer l’ostracisme de l’Europe chrétienne contemporaine à l’ouverture du monde musulman de l’ »poque médiévale. Nous savons aujourd’hui que cette remarque doit être nuancée. Mais dans le présent contexte, ce n’est pas une question primordiale. La quasi-totalité des candidats-rabbins d’outre-Rhin devaient préparer une thèse de doctorat pour devenir des Herr Rabbiner Doktor. Et tous, absolument tous, prenaient des sujets de thèses judéo-arabes…  Pour quelle raison ? Principalement pour administrer à leurs contemporains de l’Europe chrétienne qui leur barraient l’accès aux carrières académiques que des siècles auparavant, les Arabes avaient été plus ouverts qu’eux en admettant les juifs dans leurs cercles culturels… Et même le chantre de la néo-orthodoxie juive en Allemagne, Samson-Raphaën Hirsch (1808-1888) notait dans ses Dix-neuf épîtres sur le judaïsme la phrase suivante :ces jeunes gens(juifs) puisèrent des philosophèmes grecs à des fontaines arabes. 
Si S. Gouguenheim avait lu Hirsch, ou simplement feuilleté le maître ouvrage de Moritz Steinschneider, Die hebräischen Übersetzungen des Mittelalters und die Juden als Dolmetscher (Berlin, 1892), ou ceux Julius Guttmann,  d’Alexandre Altmann, de  Georges Vajda… et de quelques autres, il serait parvenu à une plus juste appréciation des choses
    Il est vrai qu’il est plus préoccupé par le rétablissement de certains faits, ainsi qu’il l’écrit :il y’a dans cette quête une dette envers l’Empire romain d’Orient, Constantinople, grand oublié de l’héritage européen, qui partageait avec lui un même patrimoine culturel et civilisationnel, celui de l’Antiquité classique. (p 19) Nous ne sommes pas insensibles à ce courant nostalgique mais est-ce que la nostalgie a sa place dans un ouvrage sur l’histoire des idées ? L’auteur a raison de souligner l’apport incontestable de chrétiens syriaques, tel Hunayn ibn Ishaq (809-873) qui effectuèrent un véritable travail de transfert culturel pour mettre à portée des nouveaux maîtres de l’Orient la tradition classique
    Cette connaissance ou cette ignorance du grec avait déjà préoccupé Ernest Renan qui lui avait consacré une partie de sa thèse de doctorat. L’Europe n’a jamais totalement perdu le fil des lettres grecques, mais de la à écrire que Charlemagne corrigeait lui-même (sic) le texte de l’Evangile avec l’aide de Grecs et de Syriens présents à sa cour (p 35)… Tout de même ! On veut bien admettre la critique des prétendus «dark ages» du Moyen Age et accepter volontiers que notre continent n’était exclusivement peuplé de brutes épaisses ou de moines incultes…
    Certains territoires de l’Europe, notamment l’Italie la plus méridionale, ont abrité des foyers culturels importants, au VIIIe siècle, par exemple.  L’auteur a probablement raison d’écrire que de l’antiquité au Moyen Age, sans rupture aucune, l’usage du grec se maintint. C’est tout à fait vraisemblable puisque même une langue dont les locuteurs furent moins bien lotis par l’histoire et par le destin, je veux dire les Juifs, ont conservé l’usage de l’hébreu et ont préservé cette langue durant plus de deux millénaires alors qu’on le considérait comme une langue morte…

    L’autre présupposé idéologique de ce livre, et qui, je l’avoue, n’est pas absolument illégitime, c’est la compatibilité entre l’identité judéo-chrétienne et la culture européenne, laquelle se fonde principalement sur l’héritage hellénique. Le philosophe français Emmanuel Levinas disait que l’Europe, c’est la Bible et la langue grecque… On lit aussi dans ce livre ( p 87) que les chrétiens syriaques, nestoriens ou monophysites, furent donc à la source de la culture écrite arabo-musulmane . Il est vrai qu’en forgeant, de force, une identification entre arabité et islam, les conquérants musulmans sont porté un coup fatal aux Arabes chrétiens, en général. Déjà Renan critiquait le rôle du panarabisme dans la propagation de l’islam. Si nul ne conteste que c’est Hunayn qui a formé le terme de falsafa, failasouf et son pluriel faslasifa, est-il juste d’écrire que des chrétiens ont ainsi forgé, de A à Z, le vocabulaire philosophique arabe.…
    Il y a une autre conclusion qu’il eut fallu tempérer, même si au cours du XIXe siècle, Renan avait lui sévèrement réduit les mérites de cette science die arabe. Mais voici ce qu’on peut lire en  page 101 :  pendant plus de trois siècles, du VIIe au Xe siècle, la «science arabo-musulmane» de Dar al-islam fut donc en réalité une science grecque par son contenu et son inspiration, syriaque, puis arabe par sa langue. Et d’ajouter : l’Orient musulman doit presque tout à l’Orient chrétien. Et c’est cette dette que l’on passe souvent sous silence de nos jours, tant dans le monde musulman que dans le monde occidental.
    Le chapitre clé de ce livre est consacré aux moines traducteurs qui, d’Antioche au Mont Saint-Michel, ont précédé les traductions de Tolède. Clerc vénitien de Constantinople, Jacques de Venise est le chaînon manquant dans l’histoire du passage de la philosophie aristotélicienne du monde grec au monde latin. Et cette phrase, devenue presque fameuse : l’homme mériterait de figurer en lettres capitales dans les manuels d’histoire culturelle… Mais qui en veut à ce saint homme qui, dans l’esprit de notre auteur, supplante même le grand Gérard de Crémone ? Après avoir tressé des couronnes, sans doute méritées à  Jacques de Venise et à quelques autres traducteurs latins qui effectuèrent leur œuvre de transmission à partir de l’original grec, l’auteur écrit ceci : (p 124) un front pionnier de la culture européenne s’est ainsi ouvert autour de la grande abbaye, dès la première moitié du XIIe siècle. L’Europe y plonge certaines de ses racines, sans doute davantage sur les rives de l’Euphrate.
        Existe-t-il une compatibilité entre l’islam et le savoir grec ? On retrouve ici la légende bien connue sur l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie et le verdict d’Omar… L’auteur est mieux inspiré lorsqu’il note ( p 136) qu’une civilisation qui cherche à s’assimiler l’héritage d’une autre civilisation doit soit faire partie de la même aire linguistique, soit disposer d’excellents traducteurs. Et il est vrai que les musulmans n’ont pas absorbé tout le savoir grec comme le ferait une éponge ; ils n’ont repris que ce qui ne menaçait pas leur religion. C’est d’ailleurs, soit dit en passant, les remarques préliminaires que fait Averroès dans son Traité décisif … concernant la science grecque…
    Les grands oubliés de cet ouvrage sont évidement les traducteurs et philosophes juifs du Moyen Age ; là encore, on s’interroge sur l’absence d’un homme comme Eliya Delmédigo (le Hélias Cretensis des Latins) qui fut le maître d’hébreu de Pic de la Mirandole et traduisit pour lui des commentaires d’Averroès…
    Que pouvons nous ajouter pour clore ce compte-rendu ? Que des hommes comme Ibn Badja, Ibn Tufayl et Ibn Rushd ont tout de même enrichi l’Europe et les archives mondiales de la philosophie de conceptions originales et de théories nouvelles.. 
Ibn Badja fut le premier a développer dans son Tadbir al-Mutawahid (dont l’original arabe ne fut découvert qu’en 1940 mais dont Moïse de Narbonne nous a conservé une dissertation hébraïque) une critique de la politique d’Aristote qui veut que l’homme soit un animal social par essence ; le penseur musulman adopte l’esseulement pour son solitaire, forcé de s’isoler pour préserver sa vertu…
Ibn Tufayl nous a laissé un magnifique conte philosophique, le Hayy ibn Yaqzan (remarquablement commenté par Moïse de Narbonne) où il élabore une forte critique rationnelle des traditions religieuses. Jamais auparavant, le concept même de Révélation, de tradition religieuse et donc d’orthodoxie, n’avaient reçu une telle critique.
Enfin, Ibn Rushd élabora, en s’appuyant sur un peu de savoir grec, une véritable théorie des rapports entre la religion révélée et la philosophie.  Et ces trois affaires furent réglées avant 1200… Irait-on jusqu’à nier même ces incontestables mérites de quelques penseurs Arabo-musulmans ? Ce serait folie.  Nous n’ignorons pas les violences faites aux peuples conquis et soumis, voire islamisés de force, nous nous ne fermons pas les yeux sur les églises, les synagogues et les temples détruits sans pitié. Mais est-ce suffisant pour nier les mérites d’une petite poignée d’hommes qui tentèrent, de leur mieux, d’aider d’autres hommes à mieux penser et à mieux vivre ?
    L’auteur du présent ouvrage n’est pas dénué de qualités ; il s’est même donné quelque mal pour réunir des savoirs divers. Mais j’avoue n’avoir jamais rien lu de lui dans ce domaine, je veux dire notre discipline de l’orientalisme médiéval. Une réédition devrait débarrasser cet ouvrage de ses manquements les plus évidents. C’est dans cet esprit que nous avons pris le temps de rédiger ces quelques lignes.

 

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Commentaires

Grecques et Latines.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 17/05/2008

« Le chapitre clé de ce livre est consacré aux moines traducteurs qui, d’Antioche au Mont Saint-Michel, ont précédé les traductions de Tolède ».

Il est établi que le Mont Saint-Michel possède certains des plus anciens manuscrits d'Aristote en latin. Mais avez-vous le moindre début de preuve que du personnel du Mont Saint-Michel ait effectué un travail de traduction ?

Jacques de Venise a-t-il jamais mis les pieds au Mont Saint-Michel ? Coloman Viola ne faisait pas une telle hypothèse dans son article paru dans le Tome II du « Millénaire Monastique du Mont Saint-Michel », 1967.

Jacques de Venise est désigné dans la Chronique de Robert de Torigni non pas en tant que « monachus » mais en tant que « clericus » ? Cela fait-il pour autant de lui un « moine » ?

Écrit par : Husky | 18/05/2008

« Mais qui en veut à ce saint homme » ?

Un début de réponse se trouve dans le prologue d'une traduction anonyme des Seconds Analytiques découverte par C. H. HASKINS : « les maîtres de France disent par leur silence que la traduction de Jacques est enveloppée dans les ténèbres de l'obscurité, eux qui, bien qu'ayant les commentaires et traductions traduits par ce même Jacques, cependant n'entendent pas profiter d'en avoir eu connaissance ». (Translationem vero Iacobi obscuritatis tenebris involvi silentio suo peribent Francie magistri qui, quamquam illam translationem et commentarios ab eodem Iacobo translatos habent, tamen notitiam illius libri non audent profiteri)

édité par Minuo Paluelo, cité par Coloman Viola dans Millénaire Monastique du Mont Saint-Michel 1967 et Charles Burnett dans Didascalia 1996 ( http://www.sal.tohoku.ac.jp/phil/DIDASCALIA/2CHBURNE.PDF ).

Écrit par : Husky | 18/05/2008

« Mais qui en veut à ce saint homme » ?

Un début de réponse dans le prologue d'une traduction anonyme des Seconds Analytiques découverte par C. H. HASKINS, en 1913 :

Translationem vero Iacobi obscuritatis tenebris involvi silentio suo peribent Francie magistri qui, quamquam illam translationem et commentarios ab eodem Iacobo translatos habent, tamen notitiam illius libri non audent profiteri

Les maîtres de France disent par leur silence que la traduction de Jacques est enveloppée dans les ténèbres de l'obscurité, eux qui bien qu'ayant les traductions et les commentaires traduits par Jacques, cependant n'entendent pas profiter d'en avoir eu connaissance.

voir Coloman Viola « Millénaire Monastique du Mont Saint-Michel », 1967 et Charles Burnett, « John of Salisbury and Aristotle », Didascalia 1996 ( http://www.sal.tohoku.ac.jp/phil/DIDASCALIA/2CHBURNE.PDF )

Écrit par : Husky | 18/05/2008

Cette querelle est stérile car peu importe qui a apporté la culture à l'Europe...Et puis comment se fait-il que la thèse de Gouguenheim prend naissance en 2008, dans un contexte d'agitation islamique ? Pourtant, depuis des siècles on s'interesse au rôle des syriaques et des juifs dans les traductions du grec au syriaque et à l'arabe et de l'arabe au grec.

Il y a deux quasi certitudes :
1 - Les arabes avant Mohammed étaient des bédouins (c'est à dire qu'ils vivaient dans la Badiya - le désert). Une élite s'est ensuite progressivement instruite...
2 - C'est un chrétien nestorien qui a formé Mohammed à la spiritualité. On dit même que c'est ce chrétien qui aurait écrit le Coran. Les racines spirituelles de Mohammed sont donc chrétiennes. Il a voulu ensuite s'en démarquer...n'empêche que les racines sont ce qu'elles sont...et elles sont chrétiennes.

Sursaut!

Écrit par : Sursaut | 18/05/2008

Mes chers Amis, j'ai bien lu vos commentaires et vous en remercie. Je n'ai évidemment pas voulu mettre dans ce blog le compte-rendu, tel que je l'ai conçu. Il était alors hérissé de notes et de citations… Je n'ai pas voulu vraiment entrer dans les détails qui relèvent d'une revue d'érudition, ce que n'est pas notre bonne Tribune de Genève. Je n'ai pas non plus osé parler de mes deux volumes sur l'histoire intellectuelle de l'Europe, Les Lumières de Cordoue à Berlin (Pocket-Agora, 2007 et septembre 2008) . Vous y trouverez sur plus de mille pagesles grandes lignes de mon propos. Ce que j'ai voulu faire ici, c'est montrer que même si les Juifs et les Chértiens sont principalement les pères spirituels de l'Europe, il ne fallait pas chercher à exclure les Arabes ou les musulmans, à un moment où le dialogue des cultures et l'unité des hommes de bonne volonté s'imposent.
C'est mon point de vue d'homme mais aussi de philosophe. Toutefois, je respecte toutes les opinions, même quand elles s'opposent à la mienne. MRH

Écrit par : mrhayoun | 18/05/2008

« l’Europe qui est, non point chrétienne, mais judéo-chrétienne… »

Avec cette formulation, on oublie les religions dites "païennes" de l'antiquité grecque ou romaine. Aristote n'était ni juif ni chrétien.

Écrit par : Husky | 18/05/2008

"Aristote n'était ni juif ni chrétien"...
Je crois que Pierre Abélard n'était pas tout à fait de cet avis, lui qui avait cru discerner dans les textes du Philosophe un certain nombre de formulations dogmatiques judéo-chrétiennes ! Saint Bernard, ce bon apôtre, dut lui donner quelques leçons de théologie fondamentale, mais les affirmations un peu naïves de Pierre Abélard m'apparaissent, - à moi, le non spécialiste, - comme très significatives du moyen âge occidental : le christianisme, depuis les Pères, prétend assumer et résumer toute la connaissance humaine pour la sublimer dans la révélation évangélique, au point que Thomas d'Aquin pourra soutenir que toute vérité vient du Saint Esprit (lui que l'on ne taxera pas d'illuminisme en matière de psychologie de la connaissance). Ma vision est peut-être un peu marquée par Péguy ("Il allait hériter de l'héritier antique // Il allait hériter de tout l'effort humain..."), je le reconnais. Mais ne peut-on affirmer que le christianisme présente cette originalité, par rapport au judaïsme et à l'islam orthodoxes, d'avoir fait sien un héritage antique (fût-ce sous bénéfice d'inventaire) dont les deux autres traditions, brillantissimes par ailleurs, se sont plutôt considérés comme les occupants sans titre, - pour faire dans la métaphore juridique.
Je finirai avec deux mots concernant la "polémique" provoquée par ce livre : jadis, pour adresser une objection à une thèse, on écrivait un autre livre ; aujourd'hui, on signe une pétition indignée dans Libé. Je ne suis pas certain que la science ait beaucoup gagné à ce... progrès.

Écrit par : Irnerius | 20/05/2008

Merci M.Hayoun, votre tribune est accessible à non initié.

Écrit par : Byzance | 20/05/2008

La remarque est juste et s'explique par l'oversyndicalisation des métiers d'enseignant supérieur et de chercheur. Ce n'est pas si méchant, mais la remarque est fondée…

Écrit par : Pierre Emerach | 20/05/2008

c’est quoi étre ARABE ?

Est ce juste la peuplade de la péninsule arabe ?

Ou bien la langue du Coran ? Y’a t’il une langue sacrèe ?

Tout celui qui écrit en arabe ?

Averroes est-il arabe parce qu’il a écrit dans cette langue ? Alors que c’est un Maroco-espagnol. De mème pour Avicennes ;le perse.

On arabise à tort et à travers ;comme l’AFRIQUE DU NORD qu’on nomme Mghreb Arabe !!!

Est ce que Islam = Arabe ?

S’agit-il d’une langue supérieure aux autres ou carrément d’une race supérieure ?

Merci de m’éclairer.

Écrit par : MJID | 02/06/2008

Contexte historique.
1967.
Après la guerre israélo-arabe de 1967, la France se fit l'instigatrice d'une politique européenne anti-israélienne.
1973.
La guerre syro-égyptienne contre Israël en 1973 et l'embargo arabe sur le pétrole, utilisé comme une arme de pression mondiale, précipita ce projet.
Comme en 1967, Israël était puni de sa victoire sur des ennemis déterminés à l'exterminer.

La démarche anti-israélienne de la CE répondait aux exigences des Arabes pour ouvrir un dialogue avec l'Europe ; ils l'en récompensèrent par une augmentation immédiate du pétrole.

Naissance d'Eurabia, nouvelle entité politique

«Une politique à moyen et à long terme doit être élaborée dès maintenant afin de réaliser une coopération économique par la conjugaison des réserves de main-d'œuvre et de matières premières arabes, de la technologie et du "management" européens.»

C'est apparemment cette clause qui fut à l'origine, dès les années 1970, de l'immigration arabe massive en Europe, qui semble avoir été liée aux accords économiques de la CEE avec le monde arabe.

Concernant Israël, l'Association s'aligna sur les exigences arabes et réclama le retrait d'Israël sur les lignes d'armistice de 1948, contredisant la résolution 242.

Eurabia, nouvelle entité culturelle

La Résolution culturelle contenait plusieurs affirmations, dont on citera quelques-unes :
«Reconnaissant la contribution historique de la culture arabe au développement européen;
soulignant l'apport que les pays européens peuvent encore attendre de la culture arabe, notamment dans le domaine des valeurs humaines» ;
l'association réclamait le développement de l'enseignement de la langue et de la culture arabes en Europe :
«Souhaitant que les gouvernements européens facilitent aux pays arabes la création de larges moyens pour la participation des travailleurs immigrants et de leurs familles à la vie culturelle et religieuse arabe.»

La Résolution se terminait par une condamnation et une accusation d'Israël.

«Les Européens et les Arabes peuvent, par une stratégie d'interdépendance, faire progresser la suppression de la source d'irritation constante dans leurs flancs - le problème israélien - et s'atteler à la tâche herculéenne qui est devant d'eux.»

En Europe même, la stratégie arabe se développa principalement dans trois directions :
1) obtenir la parité économique et industrielle avec l'Occident par le transfert des technologies modernes, notamment nucléaires et militaires;
2) implanter sur le sol européen une large population musulmane jouissant de tous les droits politiques, culturels, sociaux et religieux des pays d'accueil ;
3) imposer la marque politique, culturelle et religieuse de l'arabo-islamisme dans l'espace européen par une immigration qui demeurerait politiquement et culturellement attachée aux pays d'origine.
Les pays arabes demandaient un transfert de technologie, la coopération dans le développement nucléaire et le développement industriel.

«Les participants à ce séminaire présentent unanimement les recommandations suivantes à l'attention des gouvernements des Etats membres de la Communauté Européenne et de la Ligue des États Arabes:
1. Coordination des efforts faits par les pays arabes pour diffuser la langue et la culture arabes en Europe et trouver la forme appropriée de coopération, parmi les Institutions arabes opérant dans ce domaine.
2. Création, dans les capitales européennes, de Centres Culturels Euro-Arabes jumelés, qui entreprendront la diffusion de la langue et de la culture arabes.
3. Encouragement, au niveau universitaire ou à d'autres niveaux, des institutions européennes concernées par l'enseignement de la langue arabe et la diffusion de la culture arabe et islamique.
4. Soutien aux projets jumelés de coopération entre des institutions européennes et arabes dans la recherche linguistique et l'enseignement de la langue arabe aux Européens».

L'intégralité de ce texte.
http://www.harissa.com/D_forum/Autres/eurabia.htm

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 03/06/2008

A propos de la signification du terme arabe, donnez moi un peu de temps, je rentre tout juste de voyage et je dois reprendre tant de choses. Veuillez m'excuser, bien respectueusement, P. E

Écrit par : Pierre Emerasch | 03/06/2008

LUGAR NUMERO 13 (OCTOBRE 1980)
LA NATION HEBREUE (OU ISRAEL) - HISTORIQUE

La famille ethno-linguistique sémitique est composée de six langues, six nations : les Araméens, qui peuplaient jadis l'Irak, la Syrie et le Liban ;
les Arabes, qui jusqu'au VIIème siècle peuplaient uniquement l'actuelle Arabie Séoudite ;
les Himyarites, qui se trouvaient dans tout le sud de la péninsule arabique ;
les Amharas et les Tigréens, dans l'Ethiopie et l'Eritrée actuelles;
et enfin les Hébreux.
Deux autres ethnies sémitiques disparurent au cours des siècles : les Assyro-Chaldéens et les Phéniciens.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 04/06/2008

Dans les années 1920, le grand écrivain égyptien Taha Hussein notait que l’Orient et l’Occident étaient les deux branches d’un même tronc : la civilisation grecque.

Grâce à l’Andalousie arabe, cet héritage avait pu parvenir à l’Occident, lequel s’était développé en s’en nourrissant.
En revanche, la branche orientale avait été inhibée en raison de l’occupation étrangère (turque et anglaise) et le monde arabe se devait de rattraper le temps perdu et développer à marche forcée un « modernisme d’Orient » capable de se poser en partenaire du modernisme d’Occident.

http://www.monde-diplomatique.fr/2003/03/NASSIB/9973

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 06/06/2008

La Maison de la Sagesse à Bagdad ou le cloître du Mont-St-Michel sont souvent considérés comme les symboles des racines intellectuelles européennes. Plus qu'une question essentielle pour embrasser les savoirs tranmis, il faut y voir avant tout une lutte de pouvoir entre ces deux conceptions du monde, qui n'apporte rien fondamentalement.

Pour le dire simplement : plusieurs pôles géographiques attestent historiquement d'une grande énergie culturelle.

Merci pour ce billet très informatif, érudit et fort clair malgré la complexité du sujet. Bien à vous!

Écrit par : Micheline Pace | 09/06/2008

Meri, MAdame

Écrit par : Pierre Emerasch | 09/06/2008

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