28/02/2008

Rendez nous Ingrid B. vivante!

 

    Les nouvelles concernant la santé de notre compatriote Ingrid B. deviennent de plus en plus inquiétantes; certains des otages enfin libérés par les FARC la décrivent comme étant gravement malade et laissent redouter une issue fatale. Tant le Président de la République que le Premier Ministre François Fillon ont pris les vraies dimensions de l'affaire: le premier a souligné que porter atteinte à la vie d'Ingrid, revenait à s'en prendre à la France elle-même, et le second a insisté  sur la responsabilité des FARC devant l'Histoire, s'il arrivait quelque chose d'irréparable…

    On s'interroge sur le mal qui s'est abattu sur notre monde depuis que les mouvements de libération, de contestation et de revendication tous azimuts se sont multipliés. Le dernier des révolutionnaires en carton pâte, le plus minable des terroristes kidnappe une personne âgée ou deux, s'en prend à  des touristes occidentaux en vacances dans son pays, et le tour est joué: les télévisions du monde entier braquent leurs caméras sur des gens ou un pays ou une cause liliputienne que personne ne connaissait… Que faire?

    En fait, nous sommes pris dans un véritable combat pour la culture, celle de la dignité humaine: comment se dire mouvement de libération, lutter contre la tyrannie et, par là même, priver des innocents de liberté, de l'affections des keurs et compromettre  des années durant leur santé et leur équilibre?

    Si, par malheur, Ingrid ne nous était pas rendue, les FARC et leur chef en seront tenus pour responsables, non seulement devant l'Histoire mais aussi devant un tribunal pénal international. 

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Un nom qui ne sera jamais rayé… A propos de la proposition du président

 

 

        Un nom qui ne sera jamais rayé…

Le discours du Président Nicolas Sarkozy lors du dîner du CRIJF permet d’apporter des éclaircissements sur des sujets importants déjà traités mais âprement discutés, notamment à Rome et à Ryad, tout en  en abordant d’autres qui sont d’actualité. Les premières lignes de ce discours font une brève référence à la naissance de ce Conseil représentatif dans la clandestinité en 1943, au moment où les satrapes du IIIe Reich  savaient déjà qu’ils allaient perdre la guerre mais où notre pays sombrait dans l’abîme de la défaite et de l’occupation. On lit aussi une fine observation sur l’essence du judaïsme, en tant que religion et culture ; pour le président, c’est la mémoire, c’est-à-dire une histoire intériorisée et vécue, qui a préservé l’héritage des juifs à travers les âges, une mémoire, celle de la promesse d’un avenir. Le Président souligne pertinemment bien ici que l’homme n’est pas le seul à se souvenir, Dieu aussi, pour ainsi dire, se souvient.
En reliant l’homme à ce passé porteur d’une promesse et riche d’une vision de l’avenir, le judaïsme, qui fit l’apostolat du monothéisme à l’humanité, a apporté une contribution décisive à la civilisation universelle. Nicolas Sarkozy revient aussi sur son droit de parler, en tant que président de la République, de Dieu, de religion et de spiritualité. C’est une Europe éloignée de ses idéaux, oublieuse de ses engagements et infidèle à ses promesses qui laissa la barbarie nazie s’abattre sur les juifs, y compris en France, du temps du régime de Vichy. Le président n’hésite pas à dire verbatim : c’est un fait que la République d’alors vous a trahis.
Et pourtant, les juifs ont toujours marqué leur attachement aux valeurs de la République et aux promesses de la citoyenneté. Même rejetés, ostracisés, ils surent préserver leur foi républicaine qui leur fit espérer des jours meilleurs. L’espoir, on notera que le président y revient dans tous ses discours importants. Mais cette notion lui permet de faire des mises au point bienvenues, tant sur sa propre conception de Dieu que sur les notions d’éthique de nature laïque ou d’essence religieuse. 
Est-il obscène de parler de Dieu, d’évoquer son nom, qu’on y croie ou que l’on n’y croie pas ? Est-il interdit à un chef d’Etat français de se préoccuper de morale, de spiritualité, des grandes questions de l’existence (la vie, la mort, la justice, la souffrance, l’espoir etc…) au motif qu’une telle évocation serait incompatible avec l’adhésion à une laïcité stricte et absolument immuable ? Après tout, même un livre comme celui de Job traite du sens de la souffrance et possède une portée universelle tout en étant inséré dans un corpus religieux. Certes, tant de crimes furent commis au nom de Dieu par des natures dévoyées, mais sa négation en entraîna tout autant, sinon plus. Nicolas Sarkozy est fondé à dire que pas un verset tiré des documents révélés des trois religions monothéistes ne peut, si on ne le détourne pas son vrai sens, militer en faveur de massacres et d’extermination.
Comme certains avaient reproché au chef de l’Etat de marquer une préférence pour une morale religieuse par rapport à une morale laïque, il répond que les deux sont complémentaires et ajoute que l’occasion devrait être offerte aux jeunes, lors de leur formation générale, d’être initiés à ces questions qui touchent à l’absolu. Ce qu’ils feront, par la suite, de cette initiation ne regardera qu’eux.
Avec la franchise qui le caractérise, le chef de l’Etat a longuement traité de la paix au Proche Orient et exprimé clairement son amitié pour l’Etat d’Israël auquel il a prodigué des conseils pour parvenir à une paix juste et durable.  Se félicitant des progrès réalisés depuis les conférences d’Annapolis et de Paris entre Israéliens et Palestiniens, Nicolas Sarkozy qualifie d’insensés les récents propos du président iranien et adresse à ce pays une mise en garde à peine voilée : la recherche en matière nucléaire à des fins militaires ne restera pas sans réponse et trouvera face à elle  une résistance sérieuse. En revanche, l’accès au nucléaire civil ne devrait pas être interdit ni mêm rendu difficile aux pays émergents ou en voie de développement au motif qu’ils ne sont pas des… occidentaux ! Nicolas Sarkozy était conscient des vives critiques suscitées par sa volonté d’offrir aux pays d’Afrique du Nord un accès au nucléaire civil. Selon lui, il s’agit là d’une énergie du futur et donc d’une clé de l’avenir.
Mais l’annonce la plus prégnante, et aussi la plus généreuse, se trouve dans la toute dernière partie du discours présidentiel : revenant sur la mémoire, il souligne que celle de la Shoah joue un rôle capital dans la définition de l’essence du judaïsme actuel et du juif contemporain. Il propose donc que chaque écolier français de la classe du cours moyen deuxième année, juste avant le passage au collège, veille à immortaliser le souvenir de l’un des onze mille enfants juifs de France disparus pendant la Shoah. Cette mesure est très bonne, même si elle bute sur l’opposition de quelques uns qui, sans en contester le bien fondé, doutent de son efficacité et de la possibilité pour des enfants de dix ans, d’assumer une telle charge morale. Cette question fait l’objet d’un volume poignant paru chez Robert Laffont sous le titre, L’enfant et le génocide.
Nous laissons à de véritables experts le soin de se prononcer, même si la mesure nous paraît s’inspirer d’un très haut exemple, celui du prophète Isaïe qui, au VIIIe siècle avant l’ère chrétienne, répondait à une brûlante question d’actualité de l’époque : les eunuques, incapables de se donner une descendance et donc de se survivre à eux-mêmes, pouvaient-ils être admis dans l’assemblée du Seigneur ? La réponse est claire : aux eunuques… je donnerai dans ma maison et dans mes surs  un monument et un nom (yad wa-shém) qui valent mieux que des fils ou des filles ; je leur donnerai un nom perpétuel qui ne sera pas rayé (56 ;6).

                 PS: Sous la pression de certains, N. Sarkozy s'est vu contraint de renoncer à sa proposition… C'est inétressant car on comprend mieux sa méthode un peu brusque. Si on laisse faire l'administration et les grands organismes centraux, on ne changera jamais rien, car de telles structures sont naturellement rétives au changement. Et c'est bien dommage, car une telle initiative, mal comprise dès le début, eût pu changer les comportements.

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27/02/2008

Mazel Tov, Mister Poullaouec, de Corinne ROCHE

 

    Corinne ROCHE,  Mazel Tov, Mister Poullaouec, Editions Héloïse d'Ormesson, Paris, 2008

    Evoquer des problèmes identitaires graves et compliqués sur un ton badin, voire enjoué, c’est exactement ce que fait Corinne Roche, romancière, qui a vécu quelque temps en Israël et qui a su rendre, en des termes à la fois simples et profonds, les vicissitudes du nouvel Etat juif et de ses citoyens, sans omettre les difficultés existentielles des Israéliens.
Pour parvenir à ses fins, l’auteur imagine les tribulations d’un jeune breton, son frère, qui vit plus ou moins à ses crochets, mène une vie ou plutôt se laisse entraîner par le courant, lequel finit par le mener, de manière inattendue, en Israël dans un kibboutz où on veut bien de lui… Dans la foulée, il s’invente un grand père juif et prétend vouloir, dans ce lieu, recoller les morceaux de son identité juive éclatée. Cela tombe bien, ce pays sert justement à cela ; et personne ne s’étonne que ce Benjamin Pellaouec, breton bretonnant, n’ait aucune notion de judaïsme, ignore tout des interdits alimentaires et de l’histoire juive en général. Après tout, se dit-on, c’est le cas de millions de juifs russes qui durent renoncer à leur vie juive durant des décennies de communisme déculturant. Et comme l’hébreu est une langue consonantique et que les consonnes se lisent différemment si on le revocalise, notre breton devient presque naturellement Benny Pollak !!
Que l’on ne s’y trompe pas : derrière les tribulations de ce breton écervelé en Terre sainte se cachent des questions d’un candide qui ne l’est pas vraiment : qu’est-ce que l’identité juive ? Pourquoi est-elle toujours éclatée ? Qu’est-ce qui unit tant de juifs, venus d’horizons si différents ? Et, en filigrane, quelle est l’essence du judaïsme puisque quiconque, pouvant se prévaloir d’origines juives lointaines, même hypothétiques, peut bénéficier de la loi du retour ?
En parlant de la vie quotidienne des israéliens, en présentant les interdits alimentaires, la solennité et le repos du chabbat, les drames quotidiens du terrorisme et de l’armée qui doit défendre le pays, les petits problèmes quotidiens des habitants de cette terre, pas plus grande que deux départements français, l’auteur administre aux ennemis d’Israël une belle leçon de choses…
j’ai bien aimé ce livre, si finement écrit. On y découvre une tendresse qui a la pudeur de ne pas se déployer trop ouvertement, ce qui signe l’origine féminine de son auteur. Et je ne puis résister à la tentation de souligner ce délicieux lapsus de la page 125 : le réveillon du séder…Ce pourrait presque être le credo, le slogan ou le mot d’ordre d’un juudéo-christianisme enjambant deux bons millénaires de contestations si sanglantes entre juifs et chrétiens.
  Après tout, la cène s’est bien passée sur cette terre. Et avant de s’appeler ainsi, elle s’appelait séder…

                            Maurice-Ruben Hayoun
                            (mrhayoun.blog.tdg.ch/)
 

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De la notion de rupture selon Nicolas Sarkozy

 

    A la lecture de la grande presse nationale française, on se demande ce qui peut bien se passer dans notre beau pays. De tutes parts, on se jette à bras raccourcis sur le Président pour lui faire reproche de chaque acte qu'il a le courage (ou l'audace) de commettre. Comment expliquer un air du temps qui a tendance à s'installer et à devenir un véritable climat malsain et peu propice au développement de relations vraiment démocratiques entre la majorité et l'opposition? 

    Si l'on se détourne un instant de l'écume des événements et que l'on tente de repérer, derrière ce fatras d'analyses sommaires et d'exécutions de même nature, un fond commun, on découvre que tant les leaders de l'opposition que leurs alliés dans la presse n'ont pas mesuré l'implication du thème de la rupture.

    Le président Nicolas Sarkozy avait claironné devant qui voulait l'entendre qu'une fois élu, il  romprait avec les us et coutumes de l'ère précédente. En termes plus clairs, qu'il ferait du passé table rase. Le Général de Gaulle aurait dit: vaste programme!

    En traduisant dans les faits sa volonté de rupture, le Président en a gêné plus d'un. La connivence existant entre une certaine presse et le pouvoir, de droite comme de gauche, a volé en éclats. L'hypocrisie ( sans vouloir blesser personne) qui prévalait jadis dans le domaine de la vie privé, n'a plus cours… C'est une révolution! Et les gens ont du mal à s'y habituer. Voila pour l'ambiance qui prévaut.

    Encore un mot, si l'on veut bien, sur le projet de la rétention de sûreté. Cette loi a été, sur un point précis, recadrée par le Conseil Constitutionnel qui est l'arbitre suprême de notre droit. Nul ne le conteste et surtout pas le Président qui est lui-même chargé de faire respecter la Constitution. Mais quand on voit comment on a déformé la volonté présidentielle de trouver un moyen légal et donc constitutionnel de protéger les victimes (après tout, c'est d'eux qu'il s'agit!), et non de contpurner l'arbitre suprême de la loi, on croit rêver.

    Et qu'on ne vienne pas nous dire que le Président s'adresse au plus haut magistrat pour contourner une décision des Sages du Palais Royal. A qui donc aurait-il dû s'adresser? A l'avocat du coin, peut-être…

    Tout le monde a en mémoire le cas de ce petit garçon de 5 ans, gravement malmené par un déséquilibré qui a commis un nouveau crime après sa sortie de prison, où il aurait dû être soigné. Ce ne fut pas le cas. Et l'on connaît la suite…

    Est-ce si difficile de présenter les choses comme elles devraient l'être? Ou bien existe-t-il des pans entiers de la vie politique de ce pays qui n'ont pas encore admis l'élection du président de la République? 

    Michel Debré avait dit jadis que le rôle de l'opposition est de talonner le pouvoir. Et non pas de chercher à le déstabiliser puisqu'il est en charge de la France

 

Maurice-Ruben HAYOUN, Tribune de Genève

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26/02/2008

La Turquie, l'Allemagne et l'Europe

 

    Ces dernières semaines la Turquie, par la voix de son Premier Ministre, a fait quelques déclarations qui doivent retenir notre attention, s'agissant d'autroités politiques d'un pays prétendant ddhérer à l'UE. Tout d'abord, il nous faut présenter nos condoléances à la suite de l'incendie qui a coûté la vie à neuf citoyens turcs résidant en Allemagne.  A l'heure où j'écris, j'avoue ignorer si'l s'agit ou non d'un incendie criminel, mais si cela devait se vérifier alors ce serait très grave. Et les autorités judiciares allemandes devraient tout mettre en œuvre pour retrouver et châtier les coupables.

    C'est porbablement dans ce climat émotionnel qu'il faut situer les déclarations intempestives de M. Erdogan dont le parti, au pouvoir à Ankara, est généralement désigné comme un parti islamiste modéré…

    M. Erdogan a dit, en substance que l'assimilation exigée des Turcs en Allemagne était assimilable à un génocide culturel…  Ou bien l'homme était très ému et ces propos sont des propos en l'air ou bien il a pensé ce qu'il a dit et, dans ce cas aussi, c'est grave: que vont dire les Kurdes, les Arméniens, les Tcherkesses et les chrétiens en général qui ne disposent pas, en tant que minorités, de développement culturel spécifique et qui s'ottomanisent de toute manière?

    Il ne suffit pas d'habiter en Europe, encore faut-il y vivre, c'est-à-dire s'intégrer en assimilant la langue, les mœurs et les coutumes, ce qui ne signifie pas que les Turcs doivent abdiquer les croyances religieuses ni adopter les coutumes culinaires des pays d'accueil. Mais le minimu, c'est de bannir l'exclusivisme religieux, la ségrégation des femmes, les droits de l'homme etc… C'est d'ailleurs , ce qui est exigé d'eux pour que soit examinée sérieusement leur candidature.

    Ces idées sont à peu de choses près, illustrées par un Allemand, parlementaire européen d'origine turc , qui a donné une interview au Monde du 24-25 février (p 13). Mais cet interviex ne va pas assez loin et ne répond pas aux questions que se posent légitimement les citoyens de l'Europe, inquiets de voir frapper à leur porte un pays si différernt…

    Les échanges entre l'Europe et les pays du sud sont déséquilibrés: on compte en Europe des millions d'hommes et de femmes désireux de s'y établir alors que l'inverse n'est guère vrai. La moindre des choses serait de fournir un effort d'adaptation et les déclarations de M. Erdogan ne vont pas dans ce sens. 

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A. MEDDEB, Sortir de la malédiction. L'islam entre civilisation et barbarie

 

 

Sortir de la malédiction, expression empruntée au philosophe Empédocle d'Agrigente qui parlait du pré de la malédiction: il s'agit d'un vibrant plaidoyer de Meddeb en faveur d'un Islam des Lumières, un islam qui n'est pas vraiment à l'ordre du jour dans les pays concernés et qui commence à poser un sérieux problème à l'ensemble des nations.  Après une introduction de quelques dizaines de pages, solides et nouries aux meilleures sources, l'auteur critique ce qu'il juge répréhensible dans les pratiques islmaiques actuelles (et notamment les dérives terroristes) au long d'une bonne quarantaine d'articles qui pourraient ressembler à de simples tribunes dans nos grands quotidiens…

    Mais cette forme était peut-être voulue et délibérément recherchée afin de trouver un accès plus aisé aux lecteurs non avertis. De quoi s'agit-il? L'auteur dénonce avec force ce hiatus qui sépare la norme du fait, en d'autres termes l'immobilisme d'une certaine exégèse coranique qui se présente et présente sa source comme des réalités transcendantes, exclusives de toutes les autres et immuables. Pour donner de la consistance à ses sagaces propos, l'auteur recourt à une bonne érudition et à un accès direct aux sources originales. Il se tient aussi au courant des dernières recherches universitaires, notamment au très bon Dictionnaire du Coran, paru dans la collection Bouquins.
    L'auteur propose aussi une meilleure intelligence de certains versets qui avaient jusqu'ici intrigué les exégètes, mais chaque fois, il insiste sur la nécessité de tenir compte des normes du commentaire historique et appelle au dépassement de traditions visiblement dépassées.
    Comme la trame de l'ouvrage suit presque pas à pas l'actualité, l'auteur s'arrête un peu sur le fameux discours du pape à Ratisbonne, sur les timides réformes du statut personnel en terre d'islam et, assurément, sur les relations avec l'Occident.  Un petit point nous paraît intéressant et l'auteur gaganerait sûrement à l'intégrer dans l'un de ses futurs recueils.
    Il s'agit du orman philosophique d'Ibn Tufayl le Hayy ibn Yaqzan (XIIe siècle) qui fit le bonheur des penseurs juifs et chrétiens contemporains: les meilleurs esprits dont Moïse de Narbonne (1300-1362) le commentèrent et allèrent jusqu'à en hébraïser le titre (Yéhiel ben Ouriel)… Or, Ibn Tufayl fut le tout premier critique des traditions religieuses en islam. Grâce à la mise en en scène de son solitaire, Hayy, isolé sur une île déserte, il put montrer que livré à lui-même, cet homme sut décou!vrir les mystères de l'univers, de Dieu et de l'homme. Mais tout ceci, sans l'aide d'une quelconque révélation ou d'une tradition religieuse. Certes, le roman finit mal puisque le solitaire et son compagnon s'en retournent dans leur île déserte adorer Dieu suivant le culte pur et dépouillé alors que les habitants de la cité qu'ils avaient voulu convertir à leur culte épuré restaient opiniâtrement attachés à leurs mœurs.
    A une époque où l'Europe chrétienne n'avait pas la moindre idée de ce que signifiait la critique philosophieue de la religion et sa caractérisation comme un ensemble de myhes, de symboles et de métaphores, un sage musulman du XIIe siècle nous donnait avec sagesse et gravité une impérisssable leçon de dignité et de savoir-vivre… 
 
PS: UN excellent article en allemand de l'orientaliste Timan NAGEL a été publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ) du 5 février sous le titre Die unzeitgemäße Macht des Scharia-Islams. Nous en vons donné un long résumé en français dans notre blog (mrhayoun.blog.tdg.ch/
 
Meddeb, Sortir de la malédiction… Seuil, 2007.

 

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L'auto-biographie de Benazir Bhutto, parue aux éditions Héloïse D'Ormesson

 

    Cette autobiographie ne passera pas inaperçue; certes, Madame Bhutto a dit sa vérité, sa vision des choses et de son action politique à la tête de son pays, le Pakistan, ou dans l'opposition. Mais depuis sa tragique disparition, suite à un attentat attribué à al-Quaida, cette vérité est entourée d'un halo sacré, celui d'une martyre…

    Quand on regarde la photographie de la couverture, présentant une si belle jeune femme, pleine de grâce et d'intelligence, une femme parfaitement accomplie puisque fille méritante, mère et épouse attentionnée, et enfin, leader politique inflexible, on se demande comment un pays a pu se priver d'une telle concentration de talents.

    Mariée à trente-quatre ans (ce qui est très tard dans les sociétés musulmanes si sourcilleuses quant à la chasteté des jeunes filles, B.B. suit les conseils de sa mère qui l'incite à ne pas trp tarder pour avoir des enfants… Or, lorsqu'elle deviendra Premier Minisitre de son pays, les partis les plus machistes et les plus rétifs à la civilisation réclameront son départ de son poste au motif qu'enceinte, elle ne pourra pas diriger le pays… Si l'on n'était pas au Pakistan, on croirait rêver…

    Mais dans ce cas, le rêve deviendrait très vite un cauchemar: cette femme passe le plus clair de son temps à relater ses arrestations, ses séjours en prison, les attentats manqués, les foruberies de son armée, les difficiles négociations avec l'Inde et les USA, mais surtout la fin tragique de son père, renversé par son propre chef d'Etat-Major, le dictateur Mohammed Zia al-Huq qui le fit exécuter, a moité mort et ne laissa fléchir par aucune demande de grâce.

    Mais où va le Pakistan? En lisant B.B., on réalise que le chemin de la démocratie dans ce pays n'est pas aisé: elle raconte que l'ISI, les puissants services de renseignements de l'armée écoutaient sa ligne téléphonique à la fois politique et privée, que les généraux réclamèrent sans honte un droit de regard sur les nominations les plus importantes, afin, dirent-ils, de pouvoir assurer au mieux  la défense stratégique de leur pays… Et puis, il y a cette narration d'un dialogue ubuesque avec l'actuel général président, jadis simple directeur des opérations de l'armée de terre, qui lui conseillait de violer le frontière avec l'Inde et d'occuper une ville transfrontalière, ce qui aurait provoqué de la part du puissant voisin une réaction foudroyante.

  B.B. nous  fournit l'exemple d'une femme, née musulmane mais désireuse de vivre en accord avec son temps, sans se laisser dicter sa conduite par une tradition rétrograde. Hélas, sa course s'est brutalement et tragiquement terminée lors d'un meetind à Rawalpindi. Son parti a gagné les les élections, mais elle y a laissé sa vie… Telle les héroïnes de ces tragédies grecques, son sacrifice ouvrira peut-être la voie à un renouveau tant attendu.
 

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21/02/2008

Femmes de l'Ebangile de Chr. Pellistrandi

 

 

  Christine PELLISTRANDI, Femmes de l’Evangile. Préface de Mrg Jérôme Beau. Cahier de l’Ecole Cathédrale. Parole et Silence, 2007

    Nous lisons ici un très beau midrash chrétien, christique, voire même christologique, ce qui n’est guère surprenant eu égard au titre de l’ouvrage et à la personnalité de son auteur qui connaît sur le bout des doigts la littérature évangélique et vétéro-testamentaire, et, dernier mais non moindre, pratique à merveille une exégèse allégorique de caractère typologique.
    Il s’agit dans cet ouvrage de montrer la place des femmes dans l’Evangile, l’absence de préjugés qui caractérise Jésus en personne, puisqu’il accueille affablement la Samaritaine sans lui reprocher ce qu’il faut nommer une vie dissolue. L’auteur relève pertinemment que c’est à une femme, et qui plus est, une non-juive, que Jésus trahit sa nature de Sauveur et sa vocation messianique. De même que ce sera à une autre femme, Marie de Magdala, qu’il se montrera après sa résurrection…
La mansuétude de Jésus apparaît encore plus au grand jour dans le chapitre suivant consacrée à la femme surprise en flagrant délit d’adultère. On connaît la célèbre répartie de Jésus qui sauvera l’accusée : que celui d’entre vous qui n’a jamais péché… Les silhouettes menaçantes qui avaient placé la femme au milieu (probablement pour simuler la lapidation qui devait s’ensuivre) ont disparu comme par enchantement… Et Jésus se retrouve seul avec la jeune femme. L’auteur , fidèle à sa méthode qui consiste à lire la Bible suivant la typologie chrétienne et à la spiritualiser écrit (p 52) : si nous acceptons de relire ce texte en l’appliquant à l’histoire d’Israël, qui se confond avec l’histoire de la femme Jérusalem, à travers les textes des prophètes, si nous entrons dans ce va et vient entre l’histoire et les symboles… Et c’est exact : c’est un véritable va et vient.
C’est encore une réprouvée, une exclue que Jésus s’apprête à sauver en laissant une femme malade, souffrant d’écoulement sanguin, toucher son manteau. Il faut bien comprendre ce que recouvrait ce geste dans la société juive du 1er siècle : une femme dont le flux menstruel ne s’arrêtait pas était déclarée impure et donc infréquentable… Or, les Evangiles prennent soin de préciser que la patiente souffrait de tels écoulements depuis douze ans. Et on imagine quel type d’existence elle a pu mener dans son état. Tous les détails fournis tant par Luc  que par Marc montrent bien la vie clandestine de la femme : elle fend la foule, surgit par derrière et touche subrepticement le manteau de Jésus auquel était cousues les quatre franges rituelles (petilim), ce qui était strictement incompatible avec son état de femme malade… Et Jésus la guérit. Il en fit de même avec la fille du notable Yaïre. P 66 : c’est à travers une femme que Jésus annonce la guérison définitive de toute aliénation… celle que la société avait reléguée et  rejetée devient l’épouse du Messie…
Ce n’est probablement pas le fruit du pur hasard si la résurrection du fameux Lazare intervient, si l’on peut dire, dans le cadre d’une double présence féminine, Marthe et Marie. Là encore, on note que des actions aussi importantes (le retour à la vie d’un cadavre qui entrait en décomposition au bout de quatre jours et qui était enserrée dans des bandelettes mortuaires !) sont effectuées par Jésus à la demande de femmes ; comme le relève justement l’auteur, Jésus a beaucoup d’amis et des femmes (les deux sœurs) en font partie.
Enfin, le dernier chapitre, celui consacré à Marie de Magdala, permet à l’auteur de donner libre cours à sa ferveur religieuse catholique. C’est encore une femme qui a la primeur de la vision nouvelle, d’un Jésus ressuscité et qui court prévenir les Apôtres… Ce n’est pas rien, même si Renan (dans sa Vie de Jésus) parle d’une «hallucinée»…
C’est donc un bel ouvrage qui nous instruit à plus d’un titre et que les lecteurs auxquels il est destiné sauront apprécier.




 

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20/02/2008

Lizzie DORON, Pourquoi n'es tu pas venue avant la guerre?

 

    Ce recueil de nouvelles, agréables à lire et qui paraissent vraiment inoffensives, concent rent en réalité tous le mal de vivre, toute l'existence inconfortable des rescapés de la Shoah, même en Israël.

    De quoi s'agit-il? D'une fille, Elisabeth, qui observe les curieux faits et gestes de sa mère Héléna, laquelle mène une existence en marge de la société dans laquelle elle vit. De la cohabitation de ces deux êtres marginaux naît une sensation étrange, qui, replacée dans le contexte israélien actuel, ne laisse pas de nous interroger: l'existence juive sera -t- elle jamais normale? Est-ce que la naissance de l'Etat d'Israël signifie vraiment la fin de la question juive  ou de ce que l'on a coutume de désigner par ce vocable qui remonte au milieu du XIXe siècle allemand?

    Evidemment, la Shoah constitue un irremplaçable arrière-plan de ces nouvelles; elle conditionne absolument tout: le caractère de la mère, les réactions de sa fille, la perception de l'environnement social et familial, les attentes, les aspirations et surtout les déceptions.

    La toute première nouvelle est glaçante: en écoutant une émission de radio, la mère, dont la famille a été décimée par la Shoah, croit avoir retrouvé à l'autre bout d'Israël, d'hypothétiques parents; accompagnée de sa fille, elle entreprend un épuisant voyage qui se solde par une nouvelle déconvenue: le parent putatif n'en est pas… Et tout le reste est l'avenant. Donc, les deux pauvres sont condamnées à la solitude. Aucun lien personnel, digne de son nom, ne peut être établi avec le monde extérieur.

    Peut-on en tirer une philosophie ou un enseignement? Certes, oui. Si les enfants innocents des bourreaux sont parvenus à maîtriser leur passé (Vergangenheitsüberwältigung) , il faudrait, en bonne logique, que les survivants ou leurs enfants (quand ils en ont eu) en fissent autant. C'est dur, voire impossible, et pourtant, il faut réapprendre à vivre. Vu l'espace, que dis-je, le volume pris par la Shoah dans la vie juive contemporaine, on se demande ce qu'il reste pour constituer une identité juive épanouie et normale.

    Mais ce livre demeure un message d'optimisme, une volonté de vivre, avec le passé, sans oublier le passé, mais aussi sans en être obsédé. Sinon, c'est la psychose obsessionnelle.

 

Pourquoi n'es tu pas venue avant la guerre? Editions Héloïse D'Ormesson, Paris, 2008. 

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La réforme de l'école primaire en France

 

    C'est vrai, on ne croit plus vraiment aux réformes de notre système éducatif tant les réformes se sont succédées à un rythme effréné. Et pourtant, celle que le ministre Xavier DARCOS amorce, à la demande du président SARKOZY, est différente et promet d'être couronnée de succès. 

     Ce n'est pas, à proprement parler, une nouvelle réforme mais un réajustement, un retour aux fondamentaux. On a enfin compris qu'il fallait que les enfants apprennent à lire, à écrire et à compter…

     On a aussi compris que les cours de morale civique, de politesse et de courtoisie étaient nécessaires et n'étaient pas dégradants, comme une idéologie post soixante-huitarde a tenté de nous l'imposer pendant quarante ans.

      Enfin, on introduit à l'école le patriotisme qu'il ne faut pas confondre avec le nationalisme. Aimer la France, le drapeau français, la Marseillaise, ce n'est pas une mauvaise chose. Il a aussi été décidé que l'on expliquerait la nature d'une appartenance à la socio-culture française. Il était temps! Comment voulez vous fonder une nation sans cela?
 

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