30/08/2007

La mort de Raymond Barre

 

      Le décès de Raymond Barre, ancien professeur d'uiversité, ancien commissaire europpéen, ancien ministre et premier ministre de France est une nouvelle triste, tout comme celle de Pierre Mesmer qui eut, lui aussi, sous Georges Pompidou, à diriger le gouvernement français. Ces deux hommes furent très différents, mais ils appartenaient à la même génération, une génération marquée par la guerre et par le général de Gaulle.

 

     Raymond Barre eut à relever de graves défis, il mit fin à un cycle inflationiste infernal et fut celui qui renonça pour toujours à la théorie ruineuse de l'échelle mobile des salaires. En ce temps là, les syndicats français étaient encore très puissants et n'hésitaient pas à se lancer dans des grèves interminables.

    R. Barre battit des records de longévité à l'hôtel Matignon mais fut tenu en lisière de la campagne électorale de Valéry Giscrad d'Estaing. Ce qui le blessa durablement. Il eut aussi à souffrir de bien des avanies de la part de Jacques Chirac et du RPR nouvellement fondé. Il laissera néanmoins le souvenir d'un homme de conscience, de devoir et de fidlité.

     On peut en dire tout autant de Pierre Mesmer qui orienta la suite de sa carrière de manière étonnante puisqu'il fut élu à l'Institut avant de devenir membre de l'Académie Française. Il devin même Chancelier de l'Institut.

      Petit à petit, la France de 1940 disparaît et laisse place à des hommes et des femmes politiques n'ayant jamais connu ni la guerre ni la reconstruction…

 

 

08:48 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

La cour de cassation italienne et le multiculturalisme

 

 

       A l'évidence, le verdic rendu par la cour de cassation d'Italie concernant la jeune fille musulmane séquestrée et maltraitée par sa famille en raison de son assimilation des mœurs européennes ne manquera pas de faire des vagues.

 

      On peut comprendre que des minorités ethniques ou religieuses luttent pour préserver leur identité propre ou veillent à ce que leurs adeptes, surtout lorsqu'ils sont encore jeunes, soient préservés de ce qu'elles c onsidèrent comme une contamination condamnable… Mais il faut, pour cela, aplliquer des méthodes ou recourir à des moyens légaux et humains.

 

     Dans ce même pays voisin, seront bientôt jugés des membres d'une famille immigrée ayant tranché la gorge de leur fille et sœur qui avait des relations amoureuses avec un jeune Italien… Que fera la cour?  A l'évidence, elle n'enverra pas un tel signal qui pourrait être très mal interprété par les tortionnaires en herbe mais surtout, aussi, sera vivement dénoncé par les organisations féministes et des droits de l'homme. Et avec raison.
 

08:40 Publié dans Philo | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

28/08/2007


BLOG MRH

Le discours de Nicolas Sarkozy à l’université de Dakar.
Dans le journal Le Monde du week-end dernier, on peut lire une analyse qui remet sérieusement en question la teneur du discours que M. Sarkozy a prononcé devant un parterre choisi de l’université de Dakar. Selon l’auteur de cet article, plutôt sévère sans raison sérieuse, l’orateur aurait froissé la sensibilité de ses auditeurs africains en mentionnant que les Africains portaient aussi une part de responsabilité dans les malheurs de leur continent et en donnant enfin de l’Africain un portrait peu flatteur (pour dire les choses diplomatiquement)…
Mais, en fait, qu’en est-il ? Ce n’est pas parce que les fléaux s’abattent sur le continent africain qu’il faut sans cesse battre sa coulpe et s’attribuer, dans un sinistre élan de haine de soi-même, la culpabilité de cet état… On a dit du monde antique qu’il reposait sur trois piliers, Athènes, Jérusalem et Rome. On a ajouté que la première métropole a inauguré l’ère de la civilisation, que la seconde a introduit le monothéisme éthique mais que ces deux idées cruciales avaient eu besoin d’un puissant vecteur pour se disséminer sur la surface de la terre. Rome, on l’aura compris, aura donc incarné l’organisation directe, service par une implacable force armée. Et le recours à la force n’est ni aimable ni sympathique.
Je veux dire par là que la colonisation ne fut pas juste mais qu’elle n’a pas que des torts. Mais j’ajoute dans le même souffle que la conscience européenne doit faire mémoire des souffrance infligées pour alléger d’autres souffrance, celles qu’elle n’a guère provoquées. Le président n’a rien dit d’autre.

La Turquie est-elle à adhérer à l’Union Européenne ?
Dans le Figaro du 26-27 août on peut lire une tribune de M. Hugh Pope qui se veut un plaidoyer sans complexe en faveur de l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Pour son talentueux auteur, cette admission ne devrait susciter aucune crainte car toutes les difficultés, inadéquations, manquements, déséquilibres, divergences culturelles et religieuses ne sont qu’imaginaires… On comprend que l’auteur soit un partisan de cette adhésion, mais son argumentaire se veut un plaidoyer pro domo qu’un argumentaire bien charpenté…
Selon lui, le candidat à la présidence de la république turque ne touchera à aucun dogme du kémalisme… On croit rêver. Même les voiles dont se drapent les épouses du premier ministre et de son collègue candidat ne représentent rien… Les droits de l’homme, l’exclusivisme religieux, les agressions (parfois mortelles) contre des religieux catholiques, contre des Arméniens etc… ne devraient pas être amplifiées…
Si les partisans de l’entrée de la Turquie dans l’UE veulent conserver une lueur d’espoir, ils devraient affronter les difficultés, nommer un chat un chat et comprendre que les 440 millions d’Européens voient les choses différemment d’eux…

La Chine et la chasse à l’énergie…
Dans une série de chroniques passionnantes, le journaliste François Hauter a relaté dans Le Figaro les efforts remarquables des citoyens chinois à travers la planète afin d’assurer à leur pays de juteux débouchés pour leurs produits et un accès sécurisé aux matières premières dont le pays est si friand et qui lui assurent un taux de croissance à deux chiffres…
L’auteur, douté d’un réel talent littéraire, a le mérite de ne jamais tomber dans ce travers déjà ancien qui consistait à dénoncer un imaginaire péril jaune… En fait, il met l’accent sur la stratégie globalisante de la Chine qui vise, avec le sourire, à damer le pion aux Français en Afrique et aux Américains en Asie. Si vous ajoutez à cela le réel prestige qu’apporteront les jeux olympiques de Pékin, les partisans des droits de l’homme ont du socui à se faire…
C’est peut-être le moment de demander aux autorités chinoises d’assouplir leur position et de laisser souffler sur leur pays le vent de la liberté…

14:34 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

22/08/2007

Agressions racistes dans l'ancienne RDA



Ce n'est pas la première fois que de telles agressions sont perpétrées dans les territoires relevant de l'ancienne RDA. Il faut les condamner énergiquement et demander aux autoiétés fédérales allemandes de réagir sans faiblesse. Mais il ne faut pas incriminer le passé de l'Allemagne.

De manière assez pardoxale, c'est le passé communiste qui explique plus adéquatement cette poussée de fièvre raciste: étroitement encadrée et contrôlée par les structures communistes de l'époque, espionnée juque dans leurs activités les plus privées, la jeunesse de l'ancienne RDA se retrouve, soudain, après la réunifciation, livrée à elle-même, dans des zones victimes d'un chômage endémique, sans maillage social.

L'étranger, surtout si sa peau est basanée, sert d'exutoire. Ceci est d'autant plus inacceptable que de grandes fondations (comme la Fondation Alexandred e Humboldt)) font venir en Allemagne des boursiers de haut niveau, recrutés dans tous les pays du monde. Leur séjour linguistique ou scientifique en Allemagne permet à ce pays d'être présent partout. Il existe même à Berlin une immense Maison des Cultures du Monde (Haus der Kuluren der Welt).

Faisons confiance à la Cahncelière Fédérale pour mettre bon ordre à tout cele et ne pas permettre que l'image de l'Allemagne n'en souffre point.

09:00 | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook

Les crimes pédophiles



Toute la France, et au même au delà, est secouée par ce qui est arrivé chez nous, à Roubaix, à un enfant de cinq ans, ayant échappé à la garde de ses parents pendant un bref instant. Instant mis à profit par un adulte malade pour l'enlever, le séquestrer et lui faire subir de graves sévices.

Soulignons tout d'abord notre soulagement de voir l'enfant retrouvé et soigné pour limiter le traumatisme de l'enlèvement et de ce traitement inhumain. Exprimons à ses parents et à l'ensemble de sa famille notre symapthie et notre solidarité.

Mais le problème posé reste entier: comment se défendre contre des individus que leur maladie rend si malfaisants? Devons nous lmes enfermer continuellement? Devons les contraindre à se soigner?

Les juristes ont raison d'émettre des scrupules et de veiller au respect du droit dans toutes les procdédures. Mais quiconque a des enfants ressentira aussi la même inquiétude que nous: protéger nos enfants avant tout. Après tout, un être dépassé par ses déviances sexuelles ou psychologiques doit être traité autrement qu'un individu jouissant de toutes se facultés mentales.

La société doit se défendre, elle doit défendre les enfants. Même si elle doit parfois mettre en œuvre des actions qui semblent restreindre la liberté de certaines personnes. Pensons aussi aux victimes.

08:53 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

21/08/2007

Le voyage de Bernard Kouchner à Bagdad



A n'en pas douter, la visite surprise de M. Kouchner à Bagdad est une nouvelle marque de rupture du nouvel président avec son prédécesseur. Cette visite intervient alors que Nicolas Sarkozy rentre tout juste des USA où il a passé ses vacances.

Il n'est pas mauvais que la politique française s'infléchisse et apporte son utile contribution aux pourparlers de paix de l'Irak avec ses voisins.

Ce n'est pas mal non plus pour la diplomatie française qui doit se redéployer dans la région et devenir plus présente.

Mais ne nous lerrons point: la question fondamentale est posée aux Irakiens: veulent continuer à vivre ensemble, sans la main de fer de Saddam qui les maintenait les uns avec les autres, ou veulent vivre leur vie, chacun de son côté (kurdes, chi'ites, sunnites et…) ?

Ils sont les seuls à pouvoir répondre à cette question

08:38 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

20/08/2007

Comment réussir à intégrer la Syrie?



Les derniers développements au Proche Orient montrent que nos craintes n'étaient pas exagéres concernant la forte capacité de nuisance de la Syrie actuelle, et subséquemment de l'Iran.
C'est en effet la première fois que la diplomatie saoudienne, réputée pour sa discrétion et son action silencieuse, s'en prend clairement au régime syrien actuel qu'elle accuse de semer le chaos dans la région.
Certes, Ryad marche toujours la main dans la main avec Wahsington, mais la Syrie, qui le sait, s'est toujours abstenue de provoquer fronatlement le puissant bailleur de fonds wahabite.
C'est très probablement les accusations publiques d'al-Manar, la télévision du Hezbollah, qui a mis le feu aux poudres en affirmant urbi et orbi que le royaume avait été mise au courant de l'attaque isrélienne contre le Liban, en réaction à la mort et à la capture des soldats juifs.
Cet incident, qui ne nous étonne guère, montre que la Syrie ne se laissera pas margianliser aisément et qu'elle entend être partie prenante dans toute ébauche d'un réglement du conflit israélo-palestinien.
C'est un très mauvais indice pour elle car un président amréician en fin de mandat n'a pus rien à perdre et pourrait bien se livrer à un dernier éclat dont le régime syrien actuel ne sortira pas indemme…

19:26 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook

12/08/2007

Mais que cherche Vladimir Poutine?


Avant de quitter le pouvoir, en raison de dispositions prévues par la constitution russe, Monsieur Poutine semble pratiquer une fuite en avant qui ne laisse pas d'être dangereuse. Si l'on jette un regard rétrospectif sur ses initiatives , on relève trois grandes directions: a) se réapproprier les ressources énergétiques du pays, ce qui l'a conduit à déposséder Khodorowski de ses sociétés pétrolières et à mettre au pas d'autres oligarques indociles. b) menacer l'Europe d'une rechute dans la guerre froide, en prétendant installer un nouveau dispositif militaire afin de contrer le bouclier anti-missile dont le système avancé se trouvera en Tchéquie et en Pologne. c) et enfin en réalisant cette curieuse opération médiatique dans l'Arctique. Dans ces trois domaines, aura-t-il les moyens de sa politique?

On a l'impression que le Président russe est soumis à rude épreuve chez lui et que tant certains milieux éconoliques que la haute hiérarchie militaire cherchent à obtenir de lui des gages pour l'avenir.

La Russie ressemble à un grand ensemble, dérivant au large de l'Europe, condamné à une alliance ou à un tête à tête risqué avec des puissances telles que l'Iran, la Turquie ou des pays arabes tels la Syrie.

Il y a dans toute cette affaire la part de la gesticulation maia aussi celle de la réalité. Mais il ne faudrait pas que la Russie cherche à retrouver sa place de grande puissance en jouant avec le feu. Elle ne retrouvera jamais - c'est un fait objectif- la parité avec l'hyperpuissance, les Etats Unis d'Amérique.

08:43 | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

11/08/2007

La symbolique du décès du Cardinal Lustiger



Mort, le Cardinal Lustiger revêt une importance presque plus grande que de son vivant. Que l'on nous comprenne bien: nous nous inclions respectueusement devant la dépouille mortelle du grand homme auquel nous avons consacré un hommage à la fois long et ému dans le Figaro du 8 août. Ce que nous signifions, c'est que l'acte de quitter cette terre pose bien plus de questions que ne le fit sa vie. Un peu comme si le passage à l'éternité fige cette personnalité pour en faire un destin. immuable. Scellé à tout jamais.

Juif et chrétien. C'est la première fois depuis bien longtemps: le cas le plus célèbre dans l'Antiqiuité est l'opposition entre Saint Paul et Jacques ou entre Saint Paul et Saint Pierre, où les uns et les autres affirmaient que pour être chrétien il fallait rester juif eou tout simplement le contraire… Ce fut le cas de SAint Paul qui assura le triomphe du pagano-christianisme en proclamant urbi et orbi qu'il fallait cesser d'être juifs selon la Loi.

Connaîtrons nous jamais cette vérité humaine, d'un être qui semblait être à l'aise à l'intersection de deux traditions? C'est peu probable. Mais l'exemple, qu'on le suive ou qu'on ne le suive pas,reste unique en son genre.

16:02 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Facebook

07/08/2007

HOMMAGE À UN GUETTEUR DE LA LUMIÈRE DE L'ORIGINE



Jean-Marie LUSTIGER ou
comment retrouver la lumière de l’origine…

La disparition du Cardinal Jean-Marie (né Aaron) Lustiger, ancien archevêque de Paris, ne laissera personne indifférent. Que l’on ait approuvé ou, au contraire, condamné son itinéraire spirituel, cet homme, animé d’une foi absolument sincère, mérité notre respect. Il avait publié dans les derniers mois de 2005 dans les colonnes du journal Le Monde un texte inspiré, animé d’un souffle quasi prophétique et marqué du sceau d’une invincible sincérité. Voici un homme qui, après une vie active si riche, se souvient (mais l’a-t-il jamais perdu de vue ?) de sa double fidélité : celle qu’il doit au judaïsme de ses parents, ainsi qu’à son propre judaïsme, et celle qui le lie au catholicisme qu’il a embrassé à l’âge de quatorze ans, à une époque troublée, lorsqu’il fut confronté à un néant intérieur d’où une voix lui prescrivit le chemin à suivre…

Nous n’allons pas, au vu d’un texte si poignant et si émouvant, nous attacher exclusivement à un événement de nature éminemment personnelle, si crucial fût-il et si incompréhensible demeure-t-il pour un grand nombre de ses anciens coreligionnaires. Ce qui nous intéresse ici, c’est le judéo-christianisme vécu, incarné par un être qui ne cherche guère à masquer son écartèlement entre deux devoirs, deux fidélités et deux amours : comment cesser d’être juif pour être chrétien ?

Dès l’introduction, le cardinal rappelle le chemin parcouru en un demi siècle, tournant le dos à près de deux millénaires d’incompréhension, de persécutions et de conflits. Il s’arrête un instant sur le drame inimaginable de la Shoah avec le poids de douleur et de honte qu’il fait peser sur les consciences. Une vibrante allusion est faite à la visite historique du pape Benoît XVI à la synagogue de Cologne où le souverain pontife a exhorté juifs et chrétiens à faire preuve d’audace et à resserrer encore plus leurs liens. Cette mention du rapprochement entre juifs et chrétiens lui inspire une réflexion extrêmement pertinente sur la notion du judéo-christianisme et de valeurs judéo-chrétiennes où l’on veut généralement percevoir des contraintes, des restrictions ou des complications : cette mise au point s’imposait car si les mœurs de nos sociétés en perpétuelle mutation évoluent sans discernement véritable, il est incontestable que la vraie constitution de l’Europe –je parle de constitution éthique- est la Bible, la charte du judéo-christianisme.

Le cardinal relève que même des observateurs extérieurs et généralement peu favorables aux juifs et aux chrétiens les unissent et les citent ensemble, ce qui prouve qu’il existe entre eux plus qu’une simple connivence, une véritable communauté de destin, une Schicksalsgemeinschaft. Ce fait induit deux choses : juifs et chrétiens portent ensemble une responsabilité commune (ce terme connaît ici maintes occurrences) vis-à-vis de l’humanité, juifs et chrétiens sont les héritiers de la révélation biblique. Cette action commune constitue le vœu le plus fervent et le plus cher du cardinal qui parle d’abord de rencontre, ensuite de réconciliation et, pour finir, de retrouvailles. Sous la plume ou dans la bouche d’un prince de l’Eglise, cette gradation n’est pas le fruit d’un pur hasard ni la conséquence d’une émotivité mal contrôlée, c’est la manifestation d’un objectif sacré.

Et si l’avènement messianique n’était rien d’autre que la réunification de la grande famille juive, de toutes ses branches et de tous ses rameaux ? Si la césure, la fracture des premiers siècles de l’ère chrétienne, venait enfin à disparaître pour laisser place à un judaïsme dépourvu des traumatismes que l’Histoire lui a si cruellement infligés ?

Dans ces retrouvailles, le cardinal voit aussi une réponse possible à la mondialisation qui se profile avec insistance sur l’ensemble de la population du globe. Deux religions que l’histoire a si longtemps séparées, pourront-elles, un jour, s’unir pour contribuer au rassemblement des cultures et des religions ? On le voit, le cardinal a le mérite d’éviter les poncifs à la mode et n’évoque pas le «dialogue des cultures» mais leur rassemblement… Cette action ne peut être que bénéfique pour l’humanité tout entière. C’est le sens de l’annonce faite à Abraham (Gen. 12 ;3) seront bénies en toi toutes les familles de la terre ! A lui seul, ce verset préfigure la vocation messianique de la lignée d’Abraham, c’est-à-dire d’Israël.

Nous lisons ensuite des réflexions d’une grande sagacité sur l’essence des juifs et du judaïsme : les juifs sont-ils encore un peuple (une communauté nationale) ou simplement une religion (communauté religieuse) ? On peut parler des deux, tout en tenant compte d’une incontournable altérité juive, un peuple pas comme les autres, une nation différente des autres. On sent ici les hésitations de l’auteur qui craint que l’attachement des juifs à cette spécificité voulue de Dieu ne «dégénère» en particularisme auquel l’Eglise a constamment opposé l’universalisme chrétien. On découvre aussi avec une satisfaction profonde que la dispersion des juifs sur la surface de la terre ne conduit pas nécessairement au gommage de l’appartenance au peuple juif.

Il n’est pas inexact de relever quelque chose de contradictoire entre une fidélité aux pratiques juives qui confine à la crispation et une vocation messianique à la fois universelle et universaliste. C’est là la source de toutes les contestations judéo-chrétiennes, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours. Comme le disait jadis Jules Isaac, il faut laisser son messianisme à Israël. Ce messianisme, exclusif ou partagé, constitue la vraie ligne de démarcation entre les deux religions. Avec une componction très ecclésiastique et dans sa volonté de ne heurter personne, le cardinal écrit d’ailleurs quelques lignes sur la vocation universelle de «l’Eglise du Messie». Qui pourrait le lui reprocher ? C’était le moins qu’un cardinal, même né juif, pouvait faire…

Juifs et chrétiens, pris dans une démarche unitaire mais qui respecte les différences, doivent expliquer à l’humanité son monogénisme, c’est-à-dire qu’elle est une, issue d’un homme unique et obéissant à un Dieu un. Les prophètes, les envoyés du Seigneur, doivent, selon la belle formule du cardinal, guetter la lumière de l’origine, non l’imposer. C’est saluer la vigilance et la lucidité des prophètes d’Israël qui proclamèrent la vocation universelle de leur peuple : n’est-ce pas ce qui est confié à Jérémie qui ne doit pas limiter sa pratique visionnaire à la tribu de Jacob mais en faire bénéficier tous les peuples ? Telle est bien l’expression de l’espérance juive pour le monde…

Ce monde qui n’était pas constitué des seuls juifs mais aussi de nombreux païens que l’Eglise a attiré vers elle au point de devoir unifier en son sein deux rameaux assez distincts : le judéo-christianisme, d’une part, et le pagano-christianisme, d’autre part. Cet afflux massif n’a pas manqué de heurter le judaïsme des premiers siècles chrétiens. Car, on l’oublie souvent, les Apôtres étaient des juifs et le verset des Evangiles qui parle des racines et des branches fait allusion à ce qui allait se muer en un divorce bi-millénaire.

Qu’allons nous faire, demande le cardinal ? Allons nous nous contenter de gérer ce contentieux et attendre que les choses avancent d’elles-mêmes, ou devons nous, au contraire, agir en faveur de cette amitié voulue de Dieu ? On devine sans peine ce que préconise le cardinal… Il lance un appel à l’unité, une unité à ne pas confondre avec l’unification religieuse, synonyme de prosélytisme.

Ces développements du cardinal Lustiger ne manquent pas de nous interpeller car ils nous confrontent à ce face-à-face, à ce vis-à-vis permanent entre juifs et chrétiens, séparés depuis deux mille ans et pourtant condamnés à vivre ensemble. En nous communiquant ces réflexions qui le touchent au plus intime de son être de juif et de chrétien, le cardinal nous dévoile une âme ou une sensibilité presque mystique. Pour reprendre une boutade de Jacques Derrida qui parlait alors du talmud, le cardinal ne connaît probablement pas la kabbale mais «celle-ci s’y connaît en lui.» J’avoue avoir pensé à la kabbale lourianique, celle de la ville de Safed au XVIe siècle, en me penchant sur ce texte à la fois sincère et dense. S’il n’était irrévérencieux de faire cette comparaison, je rappellerai le cri du Faust de Gœthe : zwei Seelen pochten ach ! in meiner Brust : deux âmes (cœurs) battaient hélas ! dans ma poitrine !

Si l’on transposait en termes de kabbale lourianique toute cette problématique judéo-chrétienne, telle que le Cardinal l’a vécue jusqu’a la fin, on pourrait dire que les étincelles de son âme ont conservé toute la force de leur attachement à la lumière de l’origine. Aurait-elle besoin d’une purification comme le veut la règle pour tous les mortels ? Une vie passée à tenter de découvrir ce qui unit les deux croyances paraît l’en dispenser.
Retenons ce vibrant message d’amour et d’espoir d’un homme qui nous a dévoilé la vérité de son existence.

Maurice-Ruben HAYOUN
Philosophe, écrivain

(article paru ce jour dans Le FIGARO en page, du 7 août 2007 sous le titre: HOMMAGE À UN GUETTEUR DE LA LUMIÈRE DE L'ORIGINE.




19:32 Publié dans Religion | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Facebook