Vu de la place Victor Hugo

  • Une faillite morale menace-t-elle l’Etat d’Israël ?

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    Une faillite morale menace-t-elle l’Etat d’Israël ?

    Je commencerai par démentir quiconque verrait dans cette analyse une mise en cause de l’Etat d’Israël, de son existence pérenne, de sa sécurité et de sa prospérité. Bref, quiconque voudrait déformer le message premier de cette mise en garde, en vue d’éviter une catastrophe au plan éthique : trahir les idéaux sionistes fondateurs qui sont la traduction politique des valeurs juives intrinsèques et qui justifient, à elles seules, l’édification de cet état juif, rené de ses cendres, tel un phénix, au terme de deux millénaires d’un terrible exil.

    En réalité, c’est l’observation attentive et sans préjugé de la réalité israélienne, aux plans social et politique, notamment de ces derniers mois, qui incite à prendre la plume afin d’y voir plus clair. La situation intérieure de cet Etat a toujours été conditionnée par la situation à ses frontières, au motif qu’il est entouré d’implacables ennemis l’accusant d’occuper un territoire qui n’est pas le sien. Ceci est une situation des plus anormales et qui devient de plus en plus insupportable puisqu’elle perdure depuis la renaissance de cet Etat.

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  • La raison et la foi selon Jean-Marc Ferry (Agora, 2016)

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    La raison et la foi selon Jean-Marc Ferry (Agora, 2016)

    Cet ouvrage, élégamment présenté et bien informé, mais qui aurait tant gagné si son auteur, professeur de philosophie à la retraite, avait évité un insupportable jargon, s’attaque à un imposant massif de la pensée, dans son double versant philosophique et religieux. Fides sive ratio, la foi c’est aussi la raison ! Cette affirmation, cette conviction profonde jalonne les écrits de tous ceux qui ont tenté, par leur enseignement et / ou leurs écrits, de rapprocher ces deux pôles de l’humanité croyante et pensante. On trouve cette tendance au rapprochement philosophico-religieux dans les trois monothéismes : le judaïsme (Maimonide et ses épigones), le christianisme (Thomas d’Aquin et Albert le grand) et l’islam (Ibn Tufayl, ibn Bajja et Averroès). C’est même la marque de fabrique de la pensée européenne qui doit son éclatante richesse, sa supériorité intellectuelle et ses prouesses techniques à cette tension polaire fécondante et fructueuse entre la spéculation et la Révélation. L’histoire de toute la philosophie médiévale est jalonnée par des tentatives de prouver que ces deux pôles de la pensée puisent à la même source… Au fond, c’est ce que proclamait l’Ecclésiaste (IIIe siècle avant notre ère), en dépit de son pessimisme foncier : Les paroles des Sages sont comme des aiguillons et les collections de sentences comme des clous bien plantés. Ils sont donnés par un seul berger… A elle seule, la fin de ce verset a servi de justification à ce rapprochement entre ces deux formes de pensée : l’intellect divin, cosmique, face à l’intellect humain avec toutes ses insuffisances. Mais je souligne SEUL, c’est le mot le plus important. Par rapport à l’intellect divin, l’intellect humain est un intellect ectype (Kant)

     

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  • Du sacrifice II…

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    Du sacrifice II…

    Dans ce cycle de purification et d’absolution, décrit dans la première partie de cet article, on a évoqué le cas du substitut, c’est-à-dire la tierce personne ( si l’on peut ainsi parler de l’animal immolé) qui est innocente. L’animal ici est une simple monnaie d’échange, sacrifié pour qu’un être humain, à la nature pécheresse reconnue, retrouve son innocence et sa pureté originelles. Le sang de l’animal est un substitut du sang de l’homme qui aurait dû couler en raison du péché commis. Ce qui crée une contradiction presque insurmontable puisque ce cycle vertueux, la restauration de la bonne conduite d’un être peccamineux, ne peut se faire qu’au prix d’une injustice subie par un animal… Ce trait a retenu indirectement l’attention des talmudistes lorsqu’ils ont appréhendé la problématique de la ligature d’Isaac. Le chapitre XXII de la Genèse parle d’un bélier, qui se trouvait là par hasard, emprisonné à l’aide de ses cornes dans un buisson… Une main providentielle semble l’y avoir placé afin que le patriarche effectue son acte sacrificiel, mais d’une autre manière. Les historiens des religions voient dans cette histoire une allégorie bannissant le sacrifice humain et instaurant en lieu et place un sacrifice animal. Poussant jusqu’au bout le sérieux judaïque (E. Renan), le Talmud se demande comment un homme aussi vertueux que le patriarche Abraham a pu offrir en sacrifice un animal qui ne lui appartenait pas ? La réponse n’est pas difficile à trouver : tout appartient à Dieu, c’est lui qui a tout créé, Abraham n’a fait que lui rendre ce qui lui appartenait déjà.

     

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  • Qu’est ce que le sacrifice ? (Moshé Halbertal, Du sacrifice)

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    Qu’est ce que le sacrifice ? (Moshé Halbertal, Du sacrifice)

    Voici un petit ouvrage, convenablement agencé et qui nous éclaire parfaitement sur la notion de sacrifice et sur l’extension du champ sémantique de ce terme, à la fois dans l’Antiquité juive ou chrétienne et, plus proche de nous, après la renaissance de la langue hébraïque.

    Le terme majeur, le maître-mot pour désigner le sacrifice (que ce soit à ou pour) est QUORBANE. Mais il y a un autre vocable qui prend en quelque sorte la relève, c’est MINCHAH, qui connaît une remarquable occurrence dans le livre de la Genèse (4 ; 2-5), au moment où les deux frères Caïn et Abel présentent une offrande à la divinité : l’un offre une bête prélevée sur son menu bétail tandis que l’autre présente des céréales. Donc l’un offre un sacrifice sanguinolent et l’autre des végétaux, des produits de la terre… L’un est agréé par la divinité et l’autre pas. Nous ignorons la motivation d’un tel verdict. Tout comme nous ignorons par quel moyen la divinité a fait connaître son choix et son verdict….

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  • La politique des mollahs : l’illustration parfaite de ce qu’il ne faut pas faire…

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    La politique des mollahs : l’illustration parfaite de ce qu’il ne faut pas faire…

    Il y a quelque chose de pathétique dans l’attitude des Mollahs à l’égard de l’hyperpuissance Us et du reste du monde. Quelque chose qui ne tient pas au monde réel mais à l’imaginaire religieux qui considère que le miracle fait partie des relations internationales et qu’il suffit d’être du bon côté, celui de Dieu, pour finir par triompher de ses ennemis. C’est enfantin pour un cartésien mais pas pour tout le monde.

     

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  • Israël et son avenir

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    En quelques années, les toutes dernières, principalement,  l’Etat hébreu a vécu plus de changements qualitatifs qu’au cours des décennies précédentes. Comment s’explique ce changement, cette mutation qui n’est pas de degré mais de nature ? C’est toute la question. Et il semble que c’est cela que les observateurs tant indigènes qu’extérieurs  nomment, avec justesse, la start up nation. On ne parle plus d’industrialisation, de technologique mais de post technologie, voire plus d’une ère qui dépasse et de très loin, ce dernier niveau. Israël est parti à la conquête de nouvelles frontières et repousse toujours un peu plus loin le mur de son esprit…

    Paradoxalement, j’ai longtemps pensé que le temps, la durée, pouvait nous réserver de mauvaises surprises. Il me semblait que le temps travaillait pour les ennemis de l’Etat juif, que l’arme démographique jointe à la course aux armements et au terrorisme finiraient par peser sur ses chances de survie et de la compromettre. Et ce n’est pas tout : les sempiternelles condamnations d’Israël à l’Onu, son isolement croissant sur la scène internationale, les tentatives de boycott plus ou moins déclaré, une situation économique difficile, et enfin des tensions de plus en plus fréquentes au plan politique, au sein même du pays, tous ces éléments  faisaient craindre le pire.

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  • Le rocher de Tanios d’Amin Maalouf…

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    Le rocher de Tanios d’Amin Maalouf…

    Le hasard, a-t-on coutume de dire, fait bien les choses. Cela faisait longtemps que je me proposais de lire ce beau roman de Monsieur Amin Maalouf, sans avoir eu le loisir de réaliser ce vœu. Et à présent, c’est fait… Mais ce retard m’a permis de lire et de recenser d’autres ouvrages, de et sur Louis Massignon qui, comme chacun sait, joignait une haute érudition en matière arabo-musulmane à une activité politico-diplomatique des plus remarquables, puisque, selon d’authentiques spécialistes dont je ne suis pas, ce grand savant (si controversé, politiquement) a contribué à façonner dans ses rapports à différents ministères la politique de la France à l’égard du monde arabo-musulman et de l’islam, en général. Parallèlement, j’ai étudié de près le beau livre de Madame Djalila Sbaï sur La politique musulmane de la France et tout récemment un autre ouvrage dont l’avant-propos m’a bien ému, de Gérard D. Khoury sur Louis Massignon au Levant…

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  • De l’esclavage (L’institution de l’esclavage par Alain Testart) (Gallimard) L’esclavage, une plaie de l’humanité…

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    De l’esclavage (L’institution de l’esclavage par Alain Testart) (Gallimard)

    L’esclavage, une plaie de l’humanité…

    Voici un recueil d’articles, revu et augmenté par une ancienne collaboratrice, Valérie Lecrivain, de l’auteur, Alain Testart, qui traite en profondeur d’un fait de civilisation qui a affecté toutes les cultures, antiques helléniques, judéo-hébraïques, arabo-islamiques, chrétiennes et même des temps modernes, à la suite du fameux commerce triangulaire dont de grandes cités portuaires d’Europe s’étaient fait une très douteuse spécialité. Mais l’auteur ne dérive pas vers une condamnation, ni vers une justification de cette abominable institution : il lui tient à cœur de démonter un mécanisme bien plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. A commencer par de multiples formes de réduction à l’esclavage, notamment la dépendance, l’asservissement à un maître qui exige de son esclave la fourniture d’un certain travail ou service…

    Tous les grands documents religieux traitent de cette épineuse question, tous semblent l’admettre comme moyen de production ou de défense, car plus on a d’esclaves à son service, moins on se montre vulnérable à des attaques extérieures ou intérieures. Même la Bible qui a consacré d’importants versets à cette affaire a mis un certain temps avant d’exclure totalement cette forme si dégradante de l’être humain. Cette véritable plaie de l’humanité.

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  • 1064, Barbastro. Guerre sainte et djihad en Espagne (Gallimard)*

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    1064, Barbastro. Guerre sainte et djihad en Espagne (Gallimard)*

    Voici un ouvrage très important mais qui est pourvu d’un titre qui ne paie pas de mine. Et pourquoi, ce toponyme, Barbastro, d’une petite cité andalouse ainsi que cette date, 1064 cachent des événements qui ont changé la face du monde de cette époque ainsi que la notre, et une date si proche d’un événement majeur qui avait soulevé tout l’Occident contre les musulmans et l’islam en général, les croisades : 1096, et la première croisade.

    De quoi s’agit-il ? D’une terre âprement disputée entre des princes catholiques qui se voulaient les miliciens du Christ et des dignitaires arabo-andalous qui entendaient eux aussi faire valoir leurs droits fort anciens sur ces mêmes territoires. Deux écoles historiques s’affrontent concernant l’importance à accorder à la prise de cette cité par les forces chrétiennes et à sa reprise, peu après, par les forces musulmanes. Mais l’enjeu est de taille : est-ce à cette époque, en 1064, qu’il faudrait faire remonter la date de la première croisade, même s’il s’agit d’une terre de l’Europe méridionale ? Est-ce ici, dans cette ville et à cette époque que se décida l’avenir de la terre d’Espagne ? Est-ce que l’invasion de la cavalerie chrétienne pour libérer Barbastro a donné des idées au pape et à l’aristocratie européenne de répondre positivement à la volonté de reconquête ? N’oublions pas que le débat en Espagne sur la légitimité de la présence arabe, supposément bien plus ancienne que celle de l’église catholique avec l’arrivée des envahisseurs wisigoths, continue de faire rage.

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  • ertrand Vergely, Notre vie a un sens. (Albin Michel)

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    Bertrand Vergely, Notre vie a un sens. (Albin Michel)

    C’est à une très vaste réflexion sur le sens de l’existence humaine sur terre que nous invite cet auteur dont la pensée a au moins un avantage, celui de ne pas exclure les thèmes théologiques ou religieux du domaine de la spéculation philosophique. Au fond, il est, sans le savoir peut-être, un disciple de Franz Rosenzweig, l’auteur de L’étoile de la rédemption (1921), qui préconisait le recours à son Nouveau Penser (das neue Denken). Lequel consiste à instiller une dose de théologie dans la spéculation purement philosophique.

    Tous les grands noms de la philosophie occidentale sont évoqués, sans omettre aussi des références à la Bible, à l’exégèse talmudique et la kabbale. Notamment les différentes règles herméneutiques évoquées par l’acrostiche PaRDeS, ce qui donna chez les médiévaux chrétiens la notion du sens quadruple des Ecritures.

    Consacrer un peu plus de trois cents pages à l’existence d’une vie ordonnée à un but plus ou moins précis, témoigne de l’importance de ce sujet. Au fond, qu’est ce que vivre ? A ce sujet, on aura garde de ne pas se cantonner au seul domaine philosophique, tant le sujet concerne tout le monde, absolument tout le monde. Un exemple qui me revient à l’esprit : une journaliste interviewe un homme politique en délicatesse avec la justice pour faits de collaboration avec l’occupant nazi durant la seconde guerre mondiale. Qu’est ce qui est difficile, lui demande t elle… C’est vivre qui est difficile, lui répond il.

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