18/03/2017

L’avenir d’Erdogan coïncide-t-il avec celui d’une Turquie forte et démocratique?

 

L’avenir d’Erdogan coïncide-t-il avec celui d’une Turquie forte et démocratique?

 

Ce n’est pas faire preuve de mauvais esprit que de se poser la question. Les récentes déclarations, ou plutôt vociférations de l’actuel président turc, montrent, sans l’ombre d’un doute, qu’il ne recule devant rien, pas même de graves crises diplomatiques avec les Européens pour parvenir à ses fins. Quelles sont elles ? Régner sans partage sur une Turquie qui ne sait plus où elle va, une Turquie, secouée par les sursauts d’un coup d’Etat manqué que rien ne laissait prévoir mais qui signe de graves dysfonctionnements de l’appareil d’Etat.

 

Le fait qu’une grande partie de l’armée, corps le mieux organisé du pays, qu’une part non négligeable de la société civile ait emboîté le pas aux mutins, prouve que le régime d’Erdogan n’a pas choisi la bonne voie et que d’autres mauvaises surprises sont à craindre. La Turquie a besoin de stabilité, de calme et de sérénité. Or, la voie choisie par M. Erdogan suscite bien des interrogations. Ce désarroi, ce cours en zigzague est particulièrement frappant dans le domaine de la politique étrangère : après avoir traité Israël de tous les noms, Erdogan s’en est rapproché : nous saluons cette sage évolution mais elle renforce par son caractère soudain la forte imprévisibilité de l’homme qui est aux commandes  sur le Bosphore. Le même changement du tout au tout est à observer vis-à-vis de la Russie : d’abord on abat un avion de chasse qui avait prétendument violé l’espace aérien turc et ensuite on se jette dans les bras de Moscou dont on avait précédemment dénoncé les visées en Syrie. Et le tout en restant membre de l’Otan. Ô mânes  de Descartes !

 

Aujourd’hui, la dérive du régime est bien plus grave. Les parlementaires européens qui ont enterré depuis longtemps  tout espoir d’accueillir la Turquie au sein de l’Union dénoncent son chantage aux réfugiés et ses tentatives d’intimidation. Dois-je revenir sur les accusations absolument inacceptables de racisme, de nazisme, de partialité, articulées contre la Hollande et l’Allemagne, au motif que ces deux pays au moins eurent le courage de dire non à Erdogan et d’interdire des meetings électoraux sur leur territoire ?

 

Il est évident que la tactique turque vise à monter en épingle des péripéties secondaires afin de mieux pincer la corde très sensible du nationalisme turc. C’est peut-être efficace mais c’est aussi très dangereux. Pas plus tard que ce matin même, j’entendais sur France-Info un député européen stigmatiser en termes particulièrement vifs les agissements d’Erdogan, dénonçant ses tentatives de soumission (sic) et sa volonté d’intimidation grossière. De fait, l’homme s’est soudain excité quand il a pris conscience que sans l’appui massif de la diaspora turque son référendum ne passerait pas. Madame Merkel qui sait que la situation économique en Turquie est préoccupante et que son pays contribue à un fort flux de devises à son profit, ne s’en est pas laissé conter : elle a vertement répondu au grand Turc, lui a rappelé les règles élémentaires à respecter et a dénoncé ses projets : rester au pouvoir jusqu’en 2029 !!

 

Ce n’est pas commettre d’ingérence que de manifester ses inquiétudes de voir un homme, un seul, tout décider pour un grand pays, certes encore sous développé, comme la Turquie, mais appelé à un bel avenir. On ne peut pas concentrer entre ses mains tous les pouvoirs. En outre, en l’espace d’une décennie, bien des choses peuvent changer, à commencer par la capacité à gouverner durant une si longue période.

 

L’avenir de la Turquie moderne doit être mieux orienté. Ce pays risque de connaître des réveils douloureux si les forces vives de cette nation ne se sentent plus concernées par ce qui se prépare.

 

Il faut rebâtir une grande nation turque, donner une place aux minorités, notamment aux Kurdes afin qu’ils se sentent enfin bien dans le cadre national existant. Il faut aussi faire un louable effort concernant l’Histoire et les Arméniens. Enfin, la Turquie devrait redevenir une force de paix et de stabilité dans la région.

 

Toute la question est de savoir si cela est possible avec l’agenda du leadership actuel. Il est, par ailleurs, évident, qu’après les saillies d’Erdogan, un tel horizon s’éloigne chaque jour un peu plus.

 

L’Europe civilisée, judéo-chrétienne, ne demande qu’à vivre en paix avec le reste du monde. Mais elle ne saurait céder au chantage ni se passer autour du cou la corde de la soumission.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 18 mars.

 

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17/03/2017

Levines, De Dieu qui vient à L’idée (Vrin, 1982, 2004)

 

Levines, De Dieu qui vient à L’idée (Vrin, 1982, 2004)

Exception faite de sa thèse de doctorat d’Etat, Totalité et infini (1961) Emmanuel Levinas a surtout privilégié les recueils d’articles ou d’études distinctes, regroupées par affinités thématiques. Et le recueil qu’on a choisi de présenter en raison de son exceptionnelle richesse, porte sur Dieu et les conceptions qu’on est en mesure de s’en faire. D’où le titre.

Levinas a poursuivi, sa vie durant, une seule, mais très puissante idée : remplacer l’ontologie, le savoir, la science absolue, par l’éthique, le souci de l’autre, la responsabilité pour le prochain, au point même d’assumer l’inconfortable condition (ou in-condition) d’otage : quoi qu’il fasse, l’Autre, le prochain me commande cette position morale à laquelle rien ne me permet de me dérober. Position irrémissible, dit le philosophe, comparable à mon être-pour-la-mort dont parle Heidegger dans Être et temps (1927) : je ne peux pas charger quelqu’un de mourir à ma place, c’est moi que la mort touchera au moment de la fin. Je ne peux pas déléguer un autre… Levinas a donc poursuivi cette voie de l’éthique, devenue philosophie première, ayant en son centre le prochain, et par voie de corrélation, Dieu lui-même. Car le prochain me remet à l’esprit le verset du Décalogue, Tu ne tueras point…

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05/03/2017

La campagne présidentielle en France: entre un amont et un aval

 

La campagne présidentielle en France: entre un amont  et un aval

 


Une fois de plus, l’activité politique, pourtant indispensable à la
vie en société, exhibe un visage des plus laids et des plus
repoussants. Des politiciens qui se disaient d’accord et s’étaient
rangés derrière François Fillon, lui tournent aujourd’hui le dos, se
précipitent vers un éventuel remplaçant et quittent le navire par
groupes compacts. Comment expliquer cette attitude ? Comment
comprendre que la politique ne coïncide jamais avec un comportement
réellement éthique ? Voilà un gouffre que nous n’arriverons jamais à
enjamber, un gouffre, celui de l’opportunisme et de l’intérêt égoïste,
deux choses qui prennent le pas sur tout le reste, et notamment sur
les valeurs et les vertus.
Mais ces deux termes ne figurent dans aucun programme de parti
politique, quel qu’il soit.
Mais pourquoi ? Pourquoi cette organisation en meute où le chef est
mis à mort dès que l’on décèle dans son comportement le moindre signe
de faiblesse ? Il est étrange de constater que l’organisation
politique au sens propre, c’est-à-dire le système qui fait que des
êtres humains puissent vivre ensemble dans l’harmonie, tire sa force
des aspects les plus sombres du psychisme humain, je ne dis même pas
de l’âme car l’on se demande parfois si ces hommes et ces femmes qui
nous gouvernent, ou ambitionnent de le faire , en ont vraiment une.
Au fond, le spectacle que donne notre pays à la face du monde, n’est
pas si inhabituel mais on pensait qu’avec le temps, les mœurs
politiques auraient évolué, laissant un peu plus de place à l’éthique.
Risquons une brève analyse susceptible de nous éclairer dans cette
lutte politique presque souterraine : il y a encore quelques semaines,
le candidat qui semblait devoir être élu dans un fauteuil, une
véritable élection de maréchal, est pris dans une tourmente sans fin,
fait l’objet de quolibets et cette défiance a même fini par contaminer
ses amis et ses collaborateurs les plus proches. Tout le monde sait ce
que signifient la vérité, l’authenticité, la fiabilité, la constance,
bref tout ce que Hegel, dans La phénoménologie de l’esprit, nomme la
belle âme (die schöne Seele), pour un philosophe. Il n’est plus permis
de penser que la politique n’a rien à voir avec la philosophie
puisqu’il existe bien une philosophie politique et cette expression ne
constitue pas une alliance de mots, ce n’est pas un oxymore. La
preuve, c’est que Hegel lui-même a développé une philosophie politique
et même une philosophie de l’histoire : et qu’est ce que l’Histoire
sinon une succession de décisions ou d’actes de nature politique ?
Nous vivons une expérience absolument inédite où le juge,
volontairement ou involontairement vient se mettre en travers du
suffrage populaire. On parle même d’actions ou d’initiatives qui
bafouent les institutions… C’est excessif. L’ancien procureur général
Eric de Montgolfier a confié sur un plateau de télévision que jadis,
le ministère de la justice avait ordonné de ralentir la marche de la
justice lorsque des candidats à l’élection présidentielle présentaient
quelques symptômes appelant instamment à la prudence…
C’est pour cela que je dis que l’amont est préférable à l’aval. Il
fallait agir ou légiférer avant. Ce qui donne, soit dit en passant,
raison à Marine Le Pen lorsqu’elle affirme ne vouloir se rendre à la
convocation de la justice qu’après l’élection. Et si elle venait à
être élue ? Eh bien, elle rendrait des comptes après, au terme de son
mandat. Cela reste une cote mal taillée.
Une chose demeure incontestable : le politique et la politique, telle
qu’elle se pratique depuis au moins la fin de la guerre, ne satisfait
plus personne. On déplorait l’abstention, premier parti politique de
France, mais qui a encore envie de voter ? Je sais que la déploration,
à elle seule, ne peut rien. Notre époque est orpheline d’un Ernest
Renan du XXIe siècle pour nous donner une nouvelle Réforme
intellectuelle et morale de notre pays.
Ai risque de se voir taxer d’angélisme et de naïveté par des
politiciens cyniques (et même pas au sens philosophique de ce terme),
répétons que mieux qu’une petite dose de proportionnelle, c’est une
grande dose d’éthique et de probité qu’il conviendrait d’instiller en
urgence dans un système qui n’inspire plus personne.
Il faudra aussi s’occuper de rénover le fondement même de notre
société, la justice et son fonctionnement.
Maurice-Ruben HAYOUN in La Tribune de Genève du 4 mars 2016

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26/02/2017

Fr Fillon et Le Pen : le geste de trop de la part de l’institution judiciaire ?

 

Fr Fillon et Le Pen : le geste de trop de la part de l’institution judiciaire ?

 

 

 

Cette campagne présidentielle ne ressemble à aucune autre. Deux poids lourds, les deux à être presque certains de figurer au second tour sentent l’épée de Damoclès de la justice peser sur leur tête Mais depuis vendredi soir, les choses se sont accélérées au point d’indisposer gravement l’opinion, toutes tendances confondues. Les gens n’acceptent pas que les juges prennent l’élection, leur élection, en otage, et tentent volontairement ou involontairement, d’en fausser les résultats, par une mise en examen, par exemple, ou en renvoyant le cas Fillon devant trois magistrats chargés d’approfondir les enquêtes…

 

 

 

Les commentateurs avisés dont je ne suis pas relèvent que le communiqué du PNF laisse transparaître une certaine gêne puisqu’il reconnaît ne pas avoir suffisamment d’éléments à l’heure actuelle afin d’aller plus avant. Mais qu’il y a des charges, des indices concordants incitant l’institution à ne pas clore le dossier… Cela masque mal un certain malaise.

 

 

 

Le non juriste que je suis ne comprend pas bien et il semble qu’il ne soit pas le seul. On subodore derrière toute cette agitation non point seulement une instrumentalisation de la justice mais une volonté de ralentir, voire de bloquer un processus qui, s’il venait à se confirmer, renverrait Fillon et Le Pen au second tour de l’élection et marquerait l’élection de Fr. Fillon.

 

 

 

Les commentateurs les plus impartiaux s’interrogent sur l’opportunité qu’il y avait à annoncer la nouvelle de la transmission du dossier Fillon à trois magistrats du pôle financier, un vendredi soir alors que le candidat tenait un meeting dans une banlieue de l’Île de France. N’aurait on pas pu attendre lundi matin ? Les juges allaient ils se mettre au travail le soir même, veille de week end ?

 

 

 

Selon d’autres commentateurs qui se répandent sur les réseaux sociaux et les stations de radios, cette décision va conduire les électeurs à faire bloc autour de leur candidat, et ce tant pour Marine Le Pen que pour François Fillon. Ils jugent inadmissible cette ingérence de la justice dans une élection, et surtout une élection de cet ordre.

 

 

 

La justice n’est cependant pas démunie d’arguments : si elle doit requérir, elle peut le faire à tout moment pour peu qu’elle en décide sur la foi d’éléments nombreux et concordants… Est ce la cas aujourd’hui ? Nul, hormis les magistrats ne connaît à fond les dossiers. Mais la question demeure au plan théorique. Enfin, il y a dans cette affaire deux temporalités, l’une judiciaire, l’autre politique et médiatique à la fois.

 

 

 

Mettre à mal l’un de ces deux candidats reviendrait aux yeux de millions de Français, à fausser le résultat de l’élection et ces mêmes millions de citoyens considèreraient qu’on veut les frustrer de leur victoire : rappelons que Marine Le Pen semble depuis le début indétrônable et que les partisans de François Fillon jugeaient cette élection imperdable, il y a tout juste quelques petites semaines. Le caractère systématique des attaques et la minutie avec laquelle de nouvelles pièces sont jetées en pâture, laissent singeur…

 

 

 

Enfin, d’aucuns repèrent dans cet embrouillamini une volonté de favoriser un troisième candidat qui jusqu’à présent, semble épargné par la tourmente, même si les caciques ne jurent de rien, faisant valoir qu’en deux mois, il peut se passer tant de choses.

 

 

 

Les juges font leur travail mais ce ne sont pas les juges qui font l’élection. Il faut faire très attention car il y va de leur crédibilité et de l’équilibre des pouvoirs. Il ne faut pas chercher à peser sur une élection. L’institution judiciaire est déjà mise à mal par tant de choses, il ne faudrait pas que cela aille en empirant. On a déjà connu un cas où un candidat soupçonné par la justice a déjoué tous les pronostics et a fini par élu à la présidence.

 

 

 

La justice a la mémoire longue. Qu’elle agisse intelligemment, c’est-à-dire en évaluant toutes les forces en présence. Et surtout en faisant de la présomption d’innocence l’alpha et l’oméga de son action.

 

 

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 26 février 2017

 

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25/02/2017

Israël à la croisée des chemins (al parashat derakhim)

 

 

Israël à la croisée des chemins (al parashat derakhim)

 

 

 

La question des habitations à construire dans des territoires sous administration israélienne mais non reconnus par l’ONU occupe tous les esprits en Israël.

 

 

 

Voici de quoi il s’agit : peut on intégrer à l’Etat hébreu plus de deux millions d’Arabes en annexant ces territoires ? N’irions nous pas vers un Etat binational comme le préconisait Martin Buber sa vie durant ?

 

 

 

Les partisans de la droite israélienne pensent qu’on peut s’en accommoder tout en conservant les structures sionistes de l’Etat juif. A quoi leurs adversaires objectent qu’il n‘en sera rien et que c’est juste une vue de l’esprit. Israël resterait ce qu’il est, même s’il devait administrer une si forte population non juive.

 

 

 

L’avenir d’Israël en tant qu’Etat juif va donc se jouer dans les mois et les années qui viennent. Sauf si une nouvelle majorité venait à se dessiner et à faire pencher la balance dans une autre direction.

 

 

 

Est ce que la solution dite de deux états est réaliste ? Certains considèrent qu’un Etat palestinien arabe ne serait qu’une étape sur la voie de la reconquête totale. Mais depuis les déclarations de D. Trump, certains comme le président égyptien considèrent qu’on pourrait créer un Etat palestinien au sud de Gaza dans le Sinaï égyptien, largement désertique et attendant d’être repeuplé.

 

 

 

Mais voit on vraiment les Palestiniens en haloutsim ? Les voit on faisant refleurir le désert comme le firent les pionniers de la fin du XIXe siècle ?

 

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19/02/2017

Le phénomène Macron…

 

Le phénomène Macron…

 

Voilà un cas intéressant, à l’intersection de plusieurs domaines : la politique spectacle, l’inspiration messianique, variante religieuse de l’homme providentiel, la médiatisation, et surtout un ingrédient qui n’a pas son pareil, l’absence de programme, un flou savamment entretenu par un homme qui ne se dit ni de droite ni de gauche, mais d’ailleurs, un ailleurs comme dirait Raymond Barre qui ne se trouve nulle part.

 

Mais comme dans toutes les choses qui n’ont pas de contenu, les faits finissent par se venger. Il y a depuis quelque temps un inquiétant tassement des sondages et un début de remontée de François Fillon qui a dit une phrase qui fait la manchette du Figaro, la victoire ! Depuis l’avalanche de révélations sur ses emplois de membres de sa famille, c’est la première fois que le candidat adoubé par des millions de Français parle de victoire. Il a bénéficié des conseils avisés de son ancien patron et a réenclenché une dynamique qui devrait être prometteuse.

 

Et puis il y a une dynamique qui nous échappe, tant elle est mystérieuse mais qui est agissante, comme si, dans les coulisses, un état des choses tirait les ficelles : Marine Le Pen et Emmanuel Macron se combattent férocement et la lutte ne fait que commencer. Nul doute que François Fillon finira par en être le bénéficiaire. Les deux candidats pourraient se neutraliser. Attendons et voyons.

 

Mais revenons sur le cas Macron qui concentre sur lui un flot de critiques mais qui a tout de même, avec rien, absolument rien, bâti, à lui seul, un nouveau canal de communication avec les Français. Cet afflux des Français vers Macron s’explique par un désarroi : le missile anti-Fillon qui a atteint de plein fouet la campagne des Républicains, a pris tout le monde au dépourvu. Les électeurs, frustrés par la justice de leur candidat, ont mis du temps à reprendre leurs esprits, tant l’assaut avait été furieux et savamment mis au point. François Fillon est un ressuscité, nul autre que lui que lui n’aurait survécu à une telle attaque. Laquelle a donné des ailes à Macron qui vient de commettre sa première faute, lourde de conséquences : l’accusation contre la France de crime contre l’humanité en Algérie. C’est absolument inouï, c’est la première fois qu’un candidat à l’élection présidentielle ose porter contre le pays qu’il veut diriger, une telle accusation.

 

Il est évident que E. Macron fera bientôt face à deux défis de taille ; la présentation d’un programme digne de ce nom et la disparition des effets nocifs de cette accusation sur sa campagne.

La politique est un jeu cruel, imprévisible et surprenant. On ne manquera pas de le constater très prochainement.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 19 février 2016

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18/02/2017

La France traverse une grave crise morale

La France traverse une grave crise morale

 

Si un martien nous observait de sa lointaine planète, il se dirait que la France ne tourne vraiment pas rond, et ce à quelques semaines d’une élection censée déterminer son avenir proche. C’est le désarroi le plus complet, alors que ce pays est l’un des plus beaux au monde, les autres nations lui envient son mode de vie, sa protection sociale, la formation poussée de ses citoyens, la beauté et la variété de ses paysages, bref le pays de Molière a toutes les raisons de se sentir bien et d’être heureux. Pourtant, c’est exactement le contraire qui se produit. Pourquoi ?

 

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07/02/2017

Danger d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Danger   d’une certaine presse: accuser n’est pas informer

 

Loin de nous la moindre idée de limiter la liberté de la presse ou de faire aux journalistes des remontrances, mais une chose est claire : cette affaire, montée en épingle, laissera des traces dans l’histoire politique de la France des années deux mille…

 

Pourquoi ? Parce que pour la première fois et d’une façon encore jamais vue, absolument inouïe, cette presse, de contre-pouvoir, est devenue pouvoir. Désormais, elle se sent en mesure de contrecarrer le choix de millions de Français, un choix exprimé en toute liberté et réitéré quelques jours plus tard.

 

On va croire que je reproche à la presse d’avoir divulgué des choses qui existent ; nullement, je dis simplement qu’elle les a présentées d’une manière très insinuante, au lieu de livrer au public les faits bruts. Un petit exemple de ce qu’il faut bien nommer une manipulation, et appeler un chat un chat : on a présenté les sommes perçues de manière cumulative, ce qui a déchaîné la haine et la rancœur de bon Français qui peinent pour gagner leur vie. Et tout comme eux, je pense comme eux mais ne ressens pas comme eux. Au lieu de présenter des sommes globales, il aurait fallu parler de mensualités, et, dans ce cas, libre à chacun de faire les multiplications nécessaires. On ne présente pas comme un fait brut des sommes étendues sur plusieurs années !

 

La presse s’est elle-même prise à son propre jeu. Dans la tourmente médiatique, elle ne maitrisait plus le cours des choses. Et ce qui est encore plus grave, c’est l’effet d’entraînement. Un exemple : hier sur une grande radio, j’entendais un journaliste, qui n’en est pas à son coup d’essai, dire, qu’il a eu accès aux procès-verbaux des auditions de Monsieur et de Madame Fillon… Comme ça, tout simplement, et qui se faisait de la publicité en disant qu’il y avait de nouvelles révélations, sur un tel ou tel autre personnage impliqué. Tiens, je croyais qu’il existait dans ce beau pays le respect du secret de l’instruction. Et je ne parle pas de la présomption d’innocence.

 

Le rôle joué par une certaine presse n’est pas à son honneur. J’ai le regret de devoir le dire. Mais la presse n’est pas la seule coupable, il y a aussi les partisans du propre camp de M. Fillon qui lui raccommodaient publiquement de s’en aller.  Mais une fois que le candidat est remonté sur son cheval et qu’il repart au front, les mêmes, je dis bien les mêmes, jurent qu’ils le soutiennent et que ce n’est plus du bout des lèvres.

 

Le personnel politique de droite comme de gauche répond aux même critères : soigner la continuité, continuer d’être élu, à tout prix, coûte que coûte. Pourquoi ? Je crois que la philosophie politique est la partie la plus contestable de la philosophie. Regardez même du côté de Hegel, sa philosophie politique a été interprétée par certains comme une justification d’une politique expansionniste en Allemagne. Et on a pu constater les résultats chez Friedrich Meinecke qui a applaudi à l’entrée des troupes nazies en Pologne en 1939.

 

On a l’impression qu’au cours des dernières semaines, tout un pays, la France, avait perdu la tête. Le principal intéressé a reçu un tel choc qu’on comprend qu’il n’ait pas réagi sur le coup. Au fond, aucun pouvoir n’est vraiment pur. Ou, pour redonner la parole à Hegel : Seule la pierre est innocente… Et pourquoi ? Parce qu’elle ne pompe l’air ni ne fait d’ombre à personne.

 

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 7 février 2017

 

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04/02/2017

une affaire FILLION

Une affaire Fillon ?

L’observateur qui se veut impartial en abordant cette véritable tempête médiatique n’en croit ni ses yeux ni ses oreilles tan cette entreprise de déstabilisation est incommensurable  C’est du jamais vu mais une fois que l’esprit critique reprend ses droits –et cela prend du temps tant les forces lancées dans la bataille sont considérables- deux faits émergent et expliquent largement la situation déplorable dans laquelle nous nous trouvons : d’une part la tyrannie d’une certaine presse, notamment satirique qui  doit sa notoriété et sa prospérité à l’excès et à la démesure, et d’autre part, l’excessive judiciarisation de la vie publique.

En 1935, Emmanuel Levinas, douze ans après avoir quitté sa Lituanie natale pour devenir français et devenir ce qu’il est devenu, publiait un bel essai philosophique, intitulé De l’évasion. Ce texte fut republié  en 1982 par le regretté Jacques Rolland avec une brillante introduction et des notes très éclairantes. J’extrais de ce traité une phrase qui me semble contenir une façon d’écrire et de parler dont la quasi-totalité des journalistes et des commentateurs auraient dû s’inspirer avant de s’engager dans une opération plutôt navrante : Nous accédons au monde à travers les mots et nous les voulons nobles… (p112)

Les coups furent rudes et on ne se demande même plus, aujourd’hui, pour quelle raison toutes ces affaires autour du statut de l’assistant parlementaire surgissent maintenant. Au fond, quand cette affaire se dégonflera, que retiendra-t-on ? Simplement que le statut de l’assistant parlementaire n’est pas clair, notamment sur la grille indiciaire et sur le droit ou non d’employer des membres de sa famille (épouse, enfants, cousins ou apparentés). Certains journaux, désireux de vendre un peu plus que d’habitude ou de faire de l’audimat, ont annoncé des sommes globales portant sur de nombreuses années afin d’inciter la France dite d’en bas à s’indigner et à critiquer les élites qui ne vivent pas comme elle.

Je perdrais mon temps si je faisais l’inventaire de tous les griefs, réels ou imaginaires, formulés contre François Fillon, un candidat sorti vainqueur, haut la main, de la primaire de la droite. Des millions d’ électeurs se sont reconnus en lui et en son ‘programme et voila que tous ces Français ont la désagréable impression qu’on veut les frustrer de leur victoire, édulcorer leur choix, bref invalider leur candidat. Ces millions de Français se disent choqués par ce qu’ils découvrent mais que découvrent ils au juste ? Que l’intéressé n’a pas commis d’infraction caractérisée mais qu’il a fait preuve d’une incroyable légèreté dans un pays comme la France, vieille entité catholique qui entretient avec l’argent des rapports ambigus.

Mais si le statut de l’assistant parlementaire avait existé, et on espère que l’une des retombées positives de toute cette affaire conduira à en voter un à l’Assemblée Nationale, tout ceci n’aurait jamais eu lieu.

En France, à l’approche de chaque élection présidentielle, différentes officines s’attellent à constituer des dossiers compromettants sur les candidats afin de s’assurer une victoire qui d’ailleurs est toujours tangente : ce n’est pas un grand écart qui sépare l’élu du battu.

Je voudrais en guise de conclusion dire ma stupéfaction de voir traîner dans la boue une femme, une mère de famille, visiblement dépassée par tout ce qui lui arrive. Aller exhumer une émission de télévision, vieille de près de dix ans pour exploiter une seule petite phrase arrachée à son contexte, n’est pas très glorieux… Surtout quand on instruit constamment à charge.

Voici à présent un passage d’un texte d’un homme de lettres français, oublié ou presque aujourd’hui, Maurice Blanchot, un grand ami d’enfance du philosophe Emmanuel Levinas dont il contribua à cacher l’épouse et la fille durant l’Occupation alors que Levinas était en captivité en Allemagne. Cet extrait     provient d’un article intitulé Le dernier mot et fut publié dans Le ressassement éternel en 1951. Je pense que ce texte, presque visionnaire dit bien ce qu’il veut dire, surtout si on en fait une interprétation allégorique : Je m’enfuis. Déjà avait commencé le crépuscule. La ville était envahie par la fumée et les nuages. Des maisons, on ne voyait que les portes, barrées par de gigantesques inscriptions. Une humidité froide brillait sur le pavé des rues. Lorsque j’eus descendu l’escalier, près du fleuve, des chiens de grande taille, des espèces de molosses, la tête hérissée de couronnes de ronces, apparurent sur l’autre rive. Je savais que la justice les avait rendus féroces pour faire d’eux ses instruments occasionnels. Mais, moi aussi, j’appartenais à la justice. C’était là ma honte : j’étais juge Qui pouvait me condamner ?  Aussi, au lieu d’emplir la nuit de leurs aboiements, les chiens me laissèrent ils passer en silence, comme un homme qu’ils n’auraient pas vu. Ce n’est que bien après mon passage qu’ls recommencèrent à hurler, hurlements tremblants, étouffés qui, à cette heure du jour retentissaient comme l’écho du mot : il y a… Voila sans doute le dernier mot, pensais=je en les écoutant

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 4 février 2017

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29/01/2017

Hamon, Montenbourg, Valls et les autres

Qu'on que dise Manuel Valls et ses comités de soutien, la partie est finie pour lui, ce soir il ne sera pas au-dessus des 40% et encore ce sera peut-être moins. Et le duo Montebourg-Hamon se sera vengé de la plus sanglante des façons: ils lui auront fait payer leur éviction du gouvernement. Les vengeances en politique sont terribles surtout lorsqu'on fait du pouvoir une raison de vivre et d'être. Levinas nous enseigne que la notion même d'être l'est pour la guerre, la lutte contre les autres, l'indomptable volonté de persévérer dans l'être, à quoi sa disciple préférée, Catherine Cahlier, répond par un bon livre intitlé La persévérance du mal...

Mais retombons sur terre et quittons les horizons étéhriques de la philosophie et de l'ontologie.

Ce soir, peu après vingt heures, 'ancien Premier Ministre français va devoir faire son deuil de la présidentielle de 2017, ses regards se portent déjç sur 2022 car il sait que son concurrent Hamon n'aura que la quatrième ou la cinquième place au premier tour et su'il sera absent du second. Ce ne sont pas ses promesses faramineuses d'un revenu universel garanti à tous  qui lesuivront. C'est la formule mise à jour de demain on rase gratis. Curieux, mais cette idée n'a jamais quitté l'inconscient des Français.

Que va faire Valls dès demain matin? Il va tenter de recoller les morceaux au PS et tenter de l'investir de ses prores valeurs, propres à une gauche de gouvernement. Bref, bâtir sur le champ de ruines, les ruines fumantes de l'actuel PS. La gauche pure et dure, qui voit encore en Fidèl Castro un héris va incarner un communisme qui n'ose même plus se présenter sous son vrai nom puisqu'il qu'il fait de Mélenchon son champion. Lequel ne dépassera pas les 10% à l'élection présidentielle à venir.

Mais comment sommes nous arrivés à cette Apocalypse? On se le demande. Mais si l'on regarde du côté de François Hollande, on se rend compte qu'on tient un facteur ou un principe d'esplication. Hollande aura tué la gauche, se sera fait voler la victoire par l'un de ses poulains qui dit aujourd'hui, sans honte, qu'il a scruté le pouvoir de l'intérieur et qu'il en est ressorté assez ébranlé dans ses convictions et ses projets.

N'est ce pas là la crucifixion de son maître? L'apprenti-sorcier a décidé de tenter sa chance. Jusqu'où ira t il? Pas très loins et même s'il est le bien aimé des  média.

Mais il est évident que les vieilles dames du PS auront eu une belle vengeance. Vallas a perdu et il va devoir reprendre tout dé le début, ab ovo.

Il avait à l'oeil le navir Macron lequel a fini par prendre le large sans lui. Il a essayé de le tarapper mais c'est trop tard...

 

 

 

 

 

 

 

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