14/11/2018

Que faire de Gaza?

Benjamin Netanyahou face à Gaza : quelle stratégie ?

Depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois, les commentateurs s’interrogent sur l’attitude de l’actuel gouvernement israélien face aux événement de la bande de Gaza : a-t-il un cap qu’il entend tenir ou tâtonne t il dans l’obscurité, comme le laisse entendre la conférence de presse donnée à Paris à des journalistes israéliens exclusivement ? En effet, le Premier Ministre a accru la confusion en disant expressément qu’il n’y avait pas d’issue politique à ce conflit avec la bande côtière, tombée sous la coupe du Hamas depuis plus de dix ans…

Que signifiaient ces paroles assez sibyllines ? Tout d’abord qu’il est difficile, voire impossible de traiter avec un mouvement terroriste (reconnu comme tel par l’ONU en personne), mais aussi, parallèlement, que la solution militaire n’est pas vraiment une option viable. Conclusion : on passe par la médiation égyptienne, on accepte l’intercession du Qatar, pourtant mis au ban des nations arabes en raison de son iranophilie… Le gouvernement israélien est très divisé ; on apprend qu’hier soir, si le Premier Ministre avait procédé à un vote, il aurait été mis en minorité, ce qui signifie qu’à la première occasion, ses adversaires au sein du cabinet de sécurité se débarrasseront de lui, sans la moindre hésitation.

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Juifs d’Alsace et de Lorraine par Freddy Raphaël (Albin Michel)

  

Juifs d’Alsace et de Lorraine par Freddy Raphaël (Albin Michel)

Nul mieux que le doyen Freddy Raphaël n’aurait été à même d’écrire une si belle synthèse de l’histoire de ces communautés juives de l’Est de la France dont le destin a profondément marqué la communauté juive de tout l’Hexagone. Dans un style élégant et sobre, puisant aux meilleures sources, l’auteur retrace les grands moments de ces juifs alsaciens et lorrains qui se firent un devoir de maintenir en vie leurs belles traditions. On remarquera cette belle formule en judéo-alsacien : Chez nous, c’est la coutume (minhag en hébreu). On peut dire que jusqu’au XVIII-XIXe siècles, et même bien au-delà, ces deux territoires au destin si chaotique et parfois même tragique, ont constitué un bastion inexpugnable de la tradition juive. Ce n’est pas sans une certaine émotion que le lecteur, même non-germaniste ou non-yiddish phone, prendra connaissance de ces proverbes en judéo-alsacien que l’auteur eut la bonne idée d’insérer dans ses développements. Nous tenons là l’expression populaire, authentique d’un petit peuple jadis constitué d’humbles colporteurs ou marchands de grains ou de bestiaux. Ce judaïsme n’a pas manqué de résister à l’esprit de l’Aufklärung, sans en rejeter ce qui lui paraissait bon et profitable au judaïsme. On ne reviendra pas sur l’action à la fois prudente et subtile du rabbin Sinzheim lors des débats du Grand Sanhédrin, convoqué en 1807 par Napoléon. Ce guide spirituel, issu de ces mêmes régions, a été à la hauteur d’une situation historique car elle engageait l’avenir du judaïsme dans son ensemble. Président de ce congrès, le rabbin a su préserver l’essentiel tout en cédant sur des points jugés secondaires.

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06/11/2018

Comment s’explique ce grave malentendu entre la France et l’islam ?

Comment s’explique ce grave malentendu entre la France et l’islam ?

C’est, grosso modo, la tâche que s’est assigné un groupe de jeunes apprentis-journalistes, chapeautés par deux de leurs collègues plus âgés et plus connus. Ce groupe d’enquêteurs, non encore diplômés, sont allés enquêter sur le terrain, durant de longs mois, se gardant bien de substituer leurs propres idées sur la question aux résultats de ce sondage grandeur nature. Le livre porte un titre volontairement provocateur, non seulement en vue d’harponner le chaland mais aussi en raison des conclusions et des témoignages recueillis : Inch Allah : l’islamisation à visage découvert. Une enquête spotlight en Seine Saint-Denis (Fayard) Sous la direction de Gérard Davet et de Fabrice Lhomme

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16/10/2018

La politique d’Israël face à Gaza : le grand projet de Benjamin Netanyahou

  

La politique d’Israël face à Gaza : le grand projet de Benjamin Netanyahou

Depuis des semaines, voire des mois que cela dure, on a fini par se demander si l’Etat juif avait vraiment une politique, une stratégie à long terme à l’égard de l’enclave palestinienne. Les habitants du sud d’Israël, victimes d’attaques quotidiennes de cerfs-volants, de plus en plus perfectionnés, se demandaient publiquement s’ils n’étaient pas purement et simplement des laissés pour compte, abandonnés par un pouvoir central, plus préoccupé par le sort du «pays utile», si je puis dire, que par leurs souffrances et celles de leurs familles.

Même dans les cercles politiques ou les milieux dits informés, on ne comprenait plus très bien les atermoiements de Netanyahou et des chefs de l’armée, soupçonnés de faire preuve d’une négligence coupable ; en d’autres temps, disaient ils, cela fait belle lurette que Tsahal y aurait mis bon ordre, alors qu’aujourd’hui, et depuis le mois de mars, ce qui est considérable, tout le sud d’Israël voit s’abattre sur lui des engins incendiaires ou explosifs brûlant des milliers de dounames et des terrains agricoles. Ces destructions quasi quotidiennes occasionnent des pertes considérables et donnent naissance à une ambiance d’insécurité et de crainte quasi permanente.

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15/10/2018

Etienne Gilson (1884-1978), un homme de science et de foi (Paris, Vin, 2018)

  

Etienne Gilson (1884-1978), un homme de science et de foi

Voici un homme comme il n’en existe pratiquement plus à notre époque : un éminent érudit dont les étudiants sont devenus, pour certains, des évêques, des cardinaux et même des papes, qui fut l’un meilleurs connaisseurs de la théologie chrétienne médiévale, mais qui ne s’est jamais retiré dans une tour d’ivoire, en dépit des nombreuses controverses qu’il a, volontairement ou involontairement provoquées, en se mêlant de la vie politique de son temps : la Grande guerre, la crise des années trente, la seconde guerre mondiale, la défaite, puis la Libération et l’épuration et la reconstruction de la France sous l’égide du général de Gaulle, mais aussi du MRP. C’est cet homme aux multiples facettes, gratifié par la nature d’une grande vigueur intellectuelle et physique que son dernier biographe, Florian Michel, a bien voulu nous présenter dans un bel ouvrage éponyme, paru chez Vrin. Cette maison d’édition était naturellement celle de Gilson qui y avait un petit bureau dans le sous sol…

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12/10/2018

La France, patrie des intellectuels : François Dosse, La saga des intellectuels français (1944-1989)I (Gallimard)

  

                             La France, patrie des intellectuels :

François Dosse, La saga des intellectuels français (1944-1989)I (Gallimard)

Voici un excellent ouvrage, véritable don du ciel, écrit dans un style élégant et sobre, usant bien du style narratif sans étouffer son lecteur sous une marée de références en bas de page ni de démonstrations compliquées, bref un ouvrage solide et bien documenté qui évite pourtant le pesant style universitaire. On présente généralement la France comme la patrie des droits de l’homme, c’est assez vrai, encore que… Mais elle détient aussi un autre record, celui d’être la patrie des intellectuels. Ce dernier terme s’est imposé comme d’ailleurs le terme polonais équivalant d’intelligentsia. D’où nous vient cet héritage ? De la Révolution ou de la culture française en tant quelle, simplement ? L’histoire de ce pays a toujours oscillé entre plusieurs directions, naviguant entre plusieurs écueils, entretenant une tension polaire particulièrement féconde dans le domaine de l’esprit. Aucune religion, aucun système de pensée n’a réussi à s’imposer durablement au détriment de tous les autres… Grâce à qui ? A des intellectuels qui, de l’oratorien Richard Simon à Monsieur de Voltaire, d’Emile Zola et Ernest Renan à Jean-Paul Sartre et Raymond Aron, n’ont permis aucune coagulation de la pensée dans ce pays. Même le douloureux épisode du pétainisme a fait long feu…

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07/10/2018

Le cas Mahmoud Abbas

Il y a de cela quelques semaines, mais guère plus, j’attirais l’attention sur le danger qu’il y avait à isoler toujours un peu plus l’actuel président palestinien. Apparemment, tant les Israéliens que les Américains, ainsi que plusieurs pays du Golfe arabo-persique ont persisté dans cette voie. Et nous récoltons les résultats que chacun connaît : un durcissement de la situation économique dans la bande de Gaza, une détérioration de la situation humanitaire, etc…

Comme toujours en Orient, les choses les plus simples pour nous sont sur place bien plus complexes. Résumons donc la situation :

Depuis plus de dix ans, le Hamas a pris le pouvoir dans la bande de Gaza les armes à la main. Au début, la situation n’était pas encore alarmante puisque les tunnels de contrebande fonctionnaient à plein, que Téhéran distribuait généreusement des prébendes et que le Qatar renflouait les caisses du Hamas sans compter. Mais la situation a changé et Mahmoud Abbas a compris que s’il voulait parler au nom de tout le peuple palestiniens, il fallait reprendre toute la bande de Gaza et de ses deux millions d’habitants… Alors, sous la pression de l’Egypte voisine, les négociations ont repris entre Ramallah et Gaza avec les résultats que l’on sait : un pas en avant et trois pas en arriière, un peu comme le drapier des lanciers du Moyen Âge.

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02/10/2018

La motivation des préceptes de selon Moïse Mendelssohn, fondateur du judaïsme moderne. VI

A l’époque de l’Emancipation des Juifs d’Europe, on assiste à l’émergence de défis radicalement nouveaux. Les anciennes justifications de la pratique religieuse d’Israël n’avaient pratiquement plus cours, même si les nouveaux penseurs s’y référaient parfois, dans le but avoué de trouver de meilleurs arguments que les leurs. Le problème qui se posait aux élites juives dès 1750 à peu près et durant tout le XIXe siècle notamment dans l’aire culturelle germanique, pourrait se résumer dans la formule suivante : l’identité juive religieuse était elle compatible avec la culture européenne, qui était encore, en ce temps-là, largement imprégnée de valeurs chrétiennes. La séparation de l’Eglisé er de l’Etat ne date que de 1905 et demeura ; il faut le rappeler, une spécificité française.

Un homme, exceptionnel à bien des égards, va tenter de relever ce défi et de redéfinir, en termes plus actuels, l’essence du judaïsme : Moïse Mendelssohn (1729 à Dessau-1786 à Berlin) fut à la fois le fondateur du judaïsme prussien et du judaïsme moderne, tout simplement. En dépit des critiques plus ou moins violentes qui s’abattirent sur lui, cet homme ne se considérait pas comme le père de l’assimilation mais plutôt comme le pionnier de l’Emancipation de son peuple à la religion duquel il est toujours demeuré fidèle. On peut même dire qu’il fut victime d’une historiographie très injuste à son égard, notamment hébraïque qui le considère aujourd’hui encore comme le philosophe qui a mis le judaïsme allemand et européen sur la mauvaise voie, celle qui le conduisit à l’assimilation et, pour finit, à la destruction.

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26/09/2018

Peut on, doit on chercher l'élucidation des mitswot IV

Avec Maimonide, notre sujet connaît un tournant significatif puisque l’auteur consacre pas moins de quatorze chapitres à la motivation socio-politique des préceptes dans son œuvre philosophique majeure, le Guide des égarés. Cette attitude, déterminée et systématique, tranche par rapport à tout ce qui précède : ni Saadia Gaon, ni Bahyé ibn Pakuda, ni Juda Ha-Lévi, ni même Abraham ibn Ezra ne sont allés aussi loin dans cette voie : Maimonide inaugure un nouveau style : il ne s’agit plus de disséminer ses idées philosophiques ou théologiques dans des commentaires bibliques classiques, mais d’agir autrement : dans le commentaire purement spéculatif, on introduit des versets bibliques. L’ordre hiérarchique est inversé : on va de la thèse à l’exégèse et non plus de l’exégèse à la thèse. La philosophie n’est plus vraiment la servante de la théologie : plus de rapport ancillaire.

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Peut on, doit on interpréter les mitswot III

Touati a suivi l’ordre classique jadis adopté par Heinemann : d’abord la Bible, ensuite le Talmud, ensuite, l’hellénisme, et enfin la philosophie médiévale. Pour ne pas adopter le style universitaire pesant, on n’indiquera pas les références aux œuvres ici citées ; on les trouvera dans mes autres livres où elles sont citées de manière détaillée. Après le Moyen Age, Heinemann a abordé la problématique de l’époque de l’Emancipation, et, pour finir, les penseurs allemands de Mendelssohn à Rosenzweig.

On doit reconnaître que dans cette affaire des motivations des préceptes, le Guide des égarés de Maimonide marque un tournant. Les timides tentatives, tant de Saadia, de Bahyé ibn Paquda, de Juda ha-Lévi et de quelques autres, ne sont pas vraiment significatives. Reconnaissons, cependant, une certaine originalité aux Devoirs des cœurs (Sefer hovot ha-Levavot) qui vise, dans le sillage des ascètes musulmans, un état élevé de l’âme humaine, résultat d’une ascèse et d’une purification plutôt

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