Vu de la place Victor Hugo

  • Jésus avant le Christ par Armand Abécassis

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    Sur Jésus, ses origines, ses intentions premières et son rôle dans l’histoire des relations mouvementées judéo-chrétiennes, les esprits naïfs pensaient que tout, ou presque, avait été dit. La lecture attentive du dernier livre du professeur Armand Abécassis, le plus ancien parmi nous dans le grade le plus élevé, prouve, de manière convaincante, le contraire. Dans une éclairante préface qui n’égale en lucidité que sa belle conclusion, il affiche ses convictions et mobilise tant d’arguments historiques et théologiques pour les défendre. Mais avant d’entrer in medias res, il faut souligner deux choses : d’abord A.A. a toujours été passionné par ces controverses entre les Juifs et les Chrétiens. Ensuite, il met en évidence son respect pour cette grande religion universelle qu’est le christianisme. Il pratique donc l’enseignement de l’estime et de la dignité dans les deux sens : les Juifs ont, certes, été sérieusement malmenés par une Eglise oublieuse de ses origines, mais ce fait historique, si incontestable soit-il, ne leur donne pas le droit de tenir sur la religion des Evangiles ou sur Jésus un discours irrespectueux…

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  • Ethiques du judaïsme par Michael Azoulay

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    Savez vous comment les savants juifs de la Science du judaïsme (Wissenschaft des Judentums) définissaient au XXe siècle leur judaïsme quand la question de l’essence de la religion d’Israël leur était posée ? Leur réponse était toute simple : le judaïsme est un monothéisme éthique.  C’est dire combien la dimension éthique compte dans cette confession. On trouve cette intéressante réponse dès la première page du livre fondamental de Julius Gutmann La philosophie du judaïsme (Die Philosophie des Judentums, Munich, 1933). Une traduction française récente a été publiée aux éditions Gallimard.

    Je commence ainsi afin de pointer le rôle central de l’éthique dans cette religion qui veut donner de la vie humaine une vue globalisante sans jamais être totalitaire. Et dans cette entreprise, c’est l’éthique qui joue les premiers rôles. Au fondement de cette éthique  gît le principe suivant : tous les hommes sont égaux, tous sont dans une égale mesure les créatures de Dieu. Car l’espèce humaine a beau être diverse et variée, son origine n’en demeure pas moins unique et la même partout.

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  • Le naufrage des civilisations par Amin Maalouf (Grasset)

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    C’est à une longue et profonde réflexion sur les faiblesses de notre monde que nous convie ce grand moraliste franco-libanais qu’est Amin Maalouf. Le livre est largement autobiographique et se présente à la première personne du début à la fin. Et je dois dire que c’est très heureux puisque cela rend cette confession très attachante et empreinte, à certains endroits d’une touchante authenticité. En effet, quand vous prenez  en main ce livre, vous n’avez qu’une hâte : arriver jusqu’au bout, jusqu’à la conclusion, savoir que nous sommes tous condamnés à faire naufrage ou s’il subsiste encore une petite lueur d’espoir pouvant nous rendre confiance en nous-mêmes et en notre monde, qu’il soit à l’échelle de l’univers ou réduit à notre petite espace de vie, et en l’occurrence le Liban, l’Egypte et le monde arabo-musulman en général…

      Celles et ceux qui me font l’honneur de lire toutes mes chroniques savent combien j’aime l’œuvre de ce membre d’Académie française. Il m’en impose par son talent, sa sensibilité et surtout par sa modération et sa pondération quand il traite de sujets hautement inflammables…

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  • Franz Rosenzweig et le miracle de yom kippour…  

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                       Franz Rosenzweig et le miracle de yom kippour…  

                           Commençons par mentionner deux citations de l’auteur, mort en 1929, des suites d’une longue maladie, lesquelles nous renseignent bien sur ses origines et sa conception du judaïsme :

                       Le fil ténu de la tradition parvenue jusqu’à moi (yom kippour, la soirée du séder, la bar-mitzwa) -car je n’ai pris conscience des prières du vendredi soir qu’à l’âge d’étudiant- est pourtant devenu le lien autour duquel tout a pu s’agréger. (Franz Rosenzweig, Gesammelte Schriften I, p 1197 )

    Mon arrière-grand-père Samuel Meyer Ehrenberg dont Zunz et Jost furent les élèves, a le même lien de parenté avec mes cousins et cousines Ehrenberg. Jadis, cela m’avait fait forte impression. Et si je n’ai pas voulu jeter le manche après la cognée, ni dans un sens ni dans un autre ( à savoir soit devenir sioniste, soit me faire chrétien), il me fallut réfléchir sérieusement à la manière d’amender et de sécuriser la voie médiane (la conjonction de coordination ET entre germanité et judéité) pour la parcourir enfin en toute sécurité… Et le peu que j’ai réussi à sauver je le dois à mon (grand) oncle Adam Rosenzweig ; grâce à lui, et à lui seul, je parvins à me faire une idée de ce que je nomme le monde juif et à en trouver l’accès. Ce sont là les rares impressions, certes peu nombreuses mais pourtant suffisantes qui me servirent de refuge et de source de jouvence afin de résister aux puissantes pressions d’un univers qui nie l’existence ou, au moins, le droit à l’existence de ce précieux patrimoine, le judaïsme. Peut-être un peu plus que la plupart de ceux qui, comme vous et moi, sont demeurés fidèles au judaïsme, je pris conscience de la puissance et de la valeur propre des attaques dirigées contre le judaïsme qui s’était, en toute confiance, aventuré très près de la germanité par le biais de ce ET. (Lettre du 16 janvier 1918, l à Hélène Sommer in Fr. Rosenzweig, GS. I, p 50

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  • Religion et philosophie dans l’Europe contemporaine

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    Religion et philosophie dans l’Europe contemporaine

    Le sujet est très vaste mais c’est bien ce qui le rend passionnant. L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble en rien à ce qu’elle fut il y a un peu plus d’un demi millénaire. Elle se trouvait alors en pleine période médiévale, dans un véritable autre monde où philosophie et religion se faisaient face et ne touchaient, dans leur union ou désunion, que quelques rares élites, les seules habilitées à les rapprocher, sans risque de tomber dans l’hérésie, l’incrédulité, voire l’athéisme. Nous reviendrons sur cette situation qui a généré la puissance intellectuelle de l’Europe et son hégémonie qui a duré près d’un demi millénaire au cours duquel cette Europe a démontré qu’elle était une culture, une vision du monde, bien plus qu’un simple continent, une adresse géographique.

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  • Primo Lévi et ses Nouvelles d’anticipation (Folio, Gallimard)

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    Primo Lévi et ses Nouvelles d’anticipation (Folio, Gallimard)

    Rédigés au cours des années soixante, ces différents chapitres d’un même ensemble font penser à des nouvelles reliées entre elles par une même intrigue, ou plutôt une même problématique : quelle est la véritable essence de ce que nous nous représentons comme étant le progrès technologique ? Comment conjurer les dangers inhérents à cette course désordonnée et haletante vers un soi-disant mieux-être ? Ne compromettons nous pas, par là-même, l’altérité unique de l’homme, sa spécificité, le fait qu’on ne puisse le réduire à rien d’autre qu’à lui-même ?

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  • La villa SAYER Le Bauhaus au cœur du bocage normand…

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    Qui aurait pu s’y attendre ? Une telle villa, la superbe villa SAYER, véritable joyau d’architecture, se situe à moins de dix kilomètres des planches de Deauville ; elle est encore plus près de Beaumont en Auge d’où nous partons pour la visiter en cette belle journée du patrimoine. Sur  les conseils avisés du talentueux architecte Jonathan MOOS nous mettons le cap sur cette incomparable villa au cœur même de la Normandie. Du Bauhaus, cette tradition architecturale allemande qui a fait florès autour des années vingt, en Normandie ! C’est un événement à ne pas manquer. D’autant que depuis 2005 la villa a été classée monument historique…  En moins d’une dizaine de minutes, nous nous engageons dans ces magnifiques prairies qui nous conduisent vers la ville SAYER, située dans un très beau domaine, verdoyant et parfaitement entretenu. Après avoir garé le véhicule, nous nous dirigeons vers la villa ; les visiteurs précédents que nous croisons nous encouragent à poursuivre, tant le style architectural est unique et original : du style Bauhaus dans toute sa pureté, des formes épurées, un côté élancé, bref une bâtisse d’un genre tout particulier. Au terme de leur visite, ces gens nous disent qu’en dépit de l’impossibilité de visiter l’intérieur de la villa, cela vaut tout de même la peine de contempler ce chef d’œuvre. De l’extérieur !

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  • Le  paysage politique israélien, un véritable champ de ruines…

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    La nécessité d’intervenir dans le cadre de ces élections israéliennes s’est fait sentir lorsque je me suis trouvé dans l’incapacité de répondre à une question, apparemment simple, qui m’a été posée ; en l’occurence, celle-ci : mais qui a donc remporté les élections législatives israélienne ? J’ai été tenté de répondre : personne !

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  • Sigmund Freud et ses Trois essais sur la théorie sexuelle… (Payot)

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    Sigmund Freud et ses Trois essais sur la théorie sexuelle… (Payot)

    Le père de la psychanalyse avait, dès 1905, consacré de sagaces réflexions à toutes ces questions qui gisent au fondement même de la vie humaine et se nichent dans les replis les plus intimes de l’ âme : et le désir, l’attirance sexuels en font évidemment partie. Ce petit volume a connu maintes rééditions, déjà du vivant de Freud qui ne ménagea pas sa peine, répondant de son mieux à des critiques ou précisant au fil de ces rééditions sa pensée sur ces sujets. Dans la troisième, consacrée aux Transformations de la puberté il reconnaît corriger son opinion précédente qui statuait des différentes excessives entre la vie sexuelle dans l’enfance et celle dans la maturité (p 180 in fine).

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  • Voltaire er Rousseau d'après Roger Pol Droit

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    VOLTAIRE ET ROUSSEAU d’après Roger-Pol Droit…
    C’est à un très beau voyage dans le temps que nous invite Roger Pol Droit, auteur et chroniqueur connu et reconnu , grâce à ses pertinentes analyses d’ouvrages de littérature et de philosophie.
    Dans ce beau livre au titre choc, Monsieur, je ne vous aime point, l’auteur nous fait revivre les complexes relations entre deux hommes, deux célébrités au caractère si différent et qui, comme tous les contraires, s’attirent et se repoussent de manière irrésistible. Tous deux excellent, chacun dans son ou ses domaine (s) et après quelques tentatives d’approche avortées , ces deux étoiles au firmament des arts et des lettres finiront par se détester cordialement. C’est tout le développement de cette animosité- absolument prévisible- qui est relaté ici dans un style très dix=huitième siècle avec une surabondance d’imparfaits du subjonctif que RPD manie à merveille …. On s’y croirait presque tant les formules sont d’époque et les réparties comme d’origine, il y deux siècles.
    Le livre couvre un peu plus de quatre cents pages de qualité et le lecteur, s’il en a la patience, les savourera à leur juste valeur. Certains échanges sont peut-être un peu longs mais il faut bien avoir un petit défaut au moins, y compris dans un tel chef -d’œuvre.
    Rousseau et Voltaire sont presque des doubles antithétiques ; je veux dire qu’à part quelques oppositions irréductibles, ils aspiraient aux mêmes choses : briller, être libre, être à l’aise financièrement, accéder donc à l’aisance matérielle en publiant des pièces à succès, vivre de sa plume, penser librement en dépit des conventions sociales et des principes de la morale bourgeoise.
    Mais il est un point sur lequel les deux hommes se rejoignent sans l’ombre d’un doute, c’est la fascination que les femmes ont exercé sur leur libido… Ceci est tellement prégnant que le livre commence par mentionner des pratiques de plaisir solitaire de la part du jeune Jean-Jacques qui désire irrésistiblement sa protectrice qu’il appelle maman, même après avoir partagés avec elle les plaisirs de l’amour.
    Avec Voltaire, c’est encore pire, si je puis dire : l’homme ne peut s’empêcher de désirer le moindre jupon dans son entourage tant son désir de jouissance est insatiable… Et, comme au bon vieux temps, on mène joyeusement des ménages à trois, l’essentiel étant d’éviter les collisions ou les mauvaises rencontres.Tout le chemin est bien balisé, chacun sachant quel est le bon moment, même si parfois, hélas, des drames se produisent, comme la mort en couches d’Emilie du châtelet qui, à plus de quarante ans est enceinte des œuvres de son jeune amant. Elle finit par en mourir provoquant la peine profonde de Voltaire qui en veut à son rival. Non pour avoir chassé sur ses propres terres, mais pour ne pas avoir su éviter des suites aussi fâcheuse d’une grossesse indésirées…
    Dans cette confrontation entre ces deux esprits, qui sont loin d’être désincarnés, on voit défiler des analyses de l’époque, de ses mœurs, de sa philosophie de vie et des rapports sociaux. Le tout à travers la vie des deux principaux personnages.
    Voltaire se tient toujours près de la frontière suisse afin d’échapper à une éventuelle arrestation. Mais il a aussi une autre préoccupation qui le taraude chaque jour que Dieu fait : comment soigner, pérenniser sa gloire, barrer la route à d’éventuels concurrents (dont le fameux Jea-=Jacques Rousseau) qu’il surveille comme le lait sur le feu. Economiste avisé, Voltaire sait où placer les sommes d’argent que lui rapportent ses écrits et ses libelles. Au début du livre, Roger-Pol Droit fait allusion à des déboires financiers de notre homme, déboires qui lui inspireront des remarques antisémites à la suite de la faillite de ses banquiers juifs de Londres… Mais cela ne suffit pas, à mes yeux, à faire de Voltaire un antisémite.
    En plus des châteaux et des maisons de maître qui défilent sous nos yeux et où les deux hommes, séparément évidemment, sont bien accueillis, il y a la bonne ville de Genève qui occupe l’espace. N’oublions pas que Rousseau signera souvent sa correspondance par son nom et son prénom, suivis de la mention suivante, citoyen de Genève… Certaines femmes, maîtresses d’hommes puissants de la noblesse locale, le traiteront de petit paysan suisse, avec mépris.
    Comme celle de Voltaire, la vie intime, pour ne pas dire la vie sexuelle de Rousseau est particulièrement riche et variée. Je reviens d’une phrase sur ses scrupules à garder ses cinq enfants nés de ses relations avec la gentille Thérèse Levasseur qui sera sa fidèle compagne… mais après sa mort monnayera ses manuscrits et lui avouera une infidélité. L’auteur de Emile remettra à l’assistance publiques, aux Enfants-Trouvés, la nombreuse progéniture issue de ses amours extra conjugaux avec Thérèse… Le philosophe-pédagogue incriminera pour cela la cruauté de la législation qui ne fait pas la part belle aux enfants nés hors mariage…
    On peut dire, sur ce point, que les deux hommes n’avaient pas de la gent féminine la plus haute opinion, même si, dans certains cas, ils rendaient aussi hommage à leurs qualités intellectuelles
    Mais revenons à la rupture qui se rapproche, entre les deux écrivains. Rousseau défrayait la chronique par des écrits allant à l’encontre du Zeitgeist et Voltaire en était de plus en plus agacé. Les différents discours de son rival, à la fois sur les sciences et les arts, ou s’inégalité parmi les hommes suscitaient un agacement qui allait croissant. Il se disait que cette célébrité finirait par disparaître comme un feu de paille et qu’a fond, une telle réputation, si soudaine, n’était que la somme de malentendus noués autour d’un même nom… ET qu’au fond, le public finirait par oublier ce petit Suisse. On connaît la suite. Voltaire eut bien raison de pointer les différentes contradictions de son rival : il en cite quelques unes : plaider en faveur de la vie à la campagne, au grand air, alors que l’on réside dans une grande ville… Sans même oublier le fait d’abandonner ses enfants après avoir rédigé un imposant ouvrage sur leur éducation… Le ton des échanges commence à devenir assez belliqueux, voire agressif. Surtout quand Voltaire écrit (je cite en substance) : il nous prend envie de marcher à quatre pattes quand on vous lit… Et d’insister sur le grave décalage entre ce que Rousseau dit ou écrit et comment il vit. Ce manque d’authenticité est frappant et contribue, selon lui, à discréditer totalement le Suisse.
    Voltaire se tenait informé par différents canaux des difficultés rencontrées par le Citoyen de Genève et entendait bien en tirer parti. Les évolutions de la pensée de Rousseau ne laissaient pas d’inquiéter le clan des philosophes qui le croyaient des leurs. Il faut rappeler que les idées de Voltaire et celles de Rousseau sur certains points, étaient largement incompatibles. Et le parfum de scandale entourant les publications du Suisse donnait des idées à Voltaire qui n’avait plus qu’une seule préoccupation en tête : neutraliser l’homme qu’il n’aimait pas et qu’il entendit neutraliser par tous les moyens
    Voici une citation qui résume bien les dissentions ns profondes entre les deux hommes sur des sujets graves : (p 289) Le Dieu de Voltaire expliquait tout mais ne consolait de rien. Celui de Jean=Jacques, lui, n’était que promesse de justice, de vie éternelle, de rédemption. Voila pourquoi Voltaire pouvait être triste, accablé de son sort, au milieu de sa gloire et de ses richesses, tandis que Jean-Jacques, dans sa solitude et ses maux, ne pouvait en aucun cas, médire de la vie. Il lançait à Voltaire cette pique intime : Vous jouissez mais j’espère et l’espérance embellit tout.
    Le ton change du tout au tout lorsque Voltaire, installé à Genève, fait l’objet des pires accusations, notamment celle de pervertir une ville si vertueuse, en usant de moyens déshonorants et ne reculant devant aucune bassesse. C’est en réaction à cette vague de dénonciations que Rousseau prend la plume pour dire sa peine, son désarroi devant l’insensibilité de son ancien maître. La phrase fait l’effet d’une flèche : Je ne vous aime point, Monsieur (p 316). Mais une autre phrase vient tempérer la précédente en même temps qu’elle met en avant la meurtrissure de l’ancien disciple du vieux maître : Mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer si vous l’aviez voulu…
    Encore plus frustrante fut la réaction du vieux maître qui s’esclaffa en lisant la prose de son ancien admirateur : à force d’être sérieux, Rousseau s’est pris à son propre jeu et est devenu fou !! On en était arrivé là et ces deux hommes, ces deux génies qui auraient pu apporter l’un à l’autre tant de bienfaits et de bonheur se sont ignorés toute leur vie : comme l’écrit RPD, une amitié impossible.
    Il suffit de voir les lignes écrites par Voltaire au sujet de la Nouvelle Héloïse ; il ne comprenait pas le triomphe d’une telle œuvre qu’il jugeait médiocre et tout, juste digne d’un écrivaillon comme Rousseau lequel osait lui donnait des conseils en matière de morale et même de littérature ; le monde à l’envers…
    Il y eut aussi toutes ces poursuites judiciaires à l’encontre de Rousseau auquel les autorités reprochaient le caractère subversif de ses écrits, notamment ses attaques contre la hiérarchie sociale et les remises en cause des enseignements du magistère. Derrière toutes ces chicaneries et ces ennuis qui lui empoisonnaient la vie, Rousseau s’obstinait à déceler la main méchante et malveillante de son ennemi, Voltaire. Même lorsqu’il prit la fuite en Angleterre afin d’échapper à une arrestation quasiment certaine, il pensait que Voltaire et ses amis l’avaient à l’œil et savaient tout de sa vie, même Outre-Manche.
    Pourtant, comme le note l’auteur de ce livre, ces deux hommes avaient des points communs (p 399) : Certes, les divergences entre Rousseau et Voltaire sont nombreuses, mais aucune ne peut suffire à motiver la brouille qui les sépare. Tous deux sont tolérants dans le domaine religieux, tous deux conçoivent Dieu en philosophes, critiquent les miracles et la superstition, tous deux condamnent les fanatismes et les despotismes… Tout est dit et pourtant…
    Un beau livre, riche, superbement bien écrit, hautement instructif. Mais je me pose une question : les lecteurs qui croiraient en la réincarnation, en qui voudraient ils être réincarnés ? En Voltaire ou en Rousseau ? A chacun de choisir !