14/03/2019

L’inconnue algérienne et ses possibles conséquences pour la France…

L’inconnue algérienne et ses possibles conséquences pour la France…

Il est rare que d’anciennes colonies continuent de constituer des préoccupations, voire de sérieux problèmes pour l’ancienne métropole. Cela a été dit et redit ad nauseam : l’Algérie a réclamé (et de quelle manière) et obtenu son indépendance en 1962 après près d’un siècle et demi de domination et de présence française. Il ne s’agit pas de revenir sur les circonstances ni sur la légitimité de telle cause ou de telle autre, il faut simplement rappeler qu’une si longe marche en commun, une si longue présence ne disparaît pas comme cela, comme après un coup de baguette magique ; il faut avoir soi-même vécu sur place, même peu de temps, pour mesurer les affres d’un tel divorce, si conflictuel et si profond. Un exemple : l’actuel président algérien, Bouteflika, soigné chez nous, dans nos meilleurs hôpitaux français (à Paris mais aussi en province) a osé dire, de retour dans son pays, en fort bonne santé grâce à nos médecins, que la France avait perpétré en Algérie un génocide culturel ! Nous ne savions plus, a t il dit dans son discours, ce que nous étions car, je résume, on nous avait séparés de notre langue et de notre culture arabes sans vraiment nous faire une place convenable dans la culture européenne, incarnée par la France.

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13/03/2019

Dictionnaire amoureux de la philosophie (Plon) de Luc Ferry

Dictionnaire amoureux de la philosophie (Plon) de Luc Ferry

A n’en pas douter, c’est un véritable petit exploit que l’ancien ministre français de l’éducation nationale a réussi avec cet épais volume, plus de mille cinq cents pages, où se donnent libre cours la finesse de sa pensée et l’élégance de son style. Il rend toutes ces notions ou entrées accessibles aux non-philosophes et de plus, on peut se servir aisément de la table des matières comptant plus de deux cents pour lire en priorité ce qui nous intéresse le plus et revenir vers la suite logique des exposés. Je dois avouer qu’à l’origine, à la réception de l’ouvrage, j’étais un peu sceptique et l’ai donc mis sous la pile des livres à examiner, pensant que c’était un fourre-tout ; mais quand j’en ai entamé la lecture, je n’ai plus pu m’en défaire. Même si son épaisseur et son poids sont un peu dissuasifs.

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10/03/2019

Karl Kraus, phare et brûlot de la modernité viennoise par Jacques Le Rider (Le Seuil)

 

Karl Kraus, phare et brûlot de la modernité viennoise par Jacques Le Rider (Le Seuil)

Voici un ouvrage tant attendu en raison de sa personnalité aussi inquiétante qu’en raison de son œuvre magistrale, encore que marquée de part en part pour un violent esprit satirique, pamphlétaire et éminemment caustique L’auteur de cet important ouvrage s’est fait une spécialité de cette culture viennoise, de cette fin de siècle et de cette modernité dont on ne sait plus très bien ce qu’elle signifie… Mais l’essentiel est là, cette œuvre sur Kraus (1874-1936) est bienvenue et durera, je pense, un certain temps avant d’être remplacée.

On sent bien l’hésitation entre les deux termes du sous titre : le phare est censé montrer la voie à suivre, éclairer les gens (comme d’ailleurs l’ambiguïté du périodique de Kraus Die Fackel ): est ce une torche ou un flambeau ? Cherchait il à construire ou à tout détruire ? Au fond, c’est là l’énigme de toute cette vie consacrée à la pensée…

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06/03/2019

Platon (Gallimard, Jean Fauconnier)

Platon (Gallimard, Jean Fauconnier)

Il y a un peu plus de vingt-cinq siècles vivait à Athènes un homme qui allait jouir d’une postérité à nulle autre pareille, une postérité aujourd’hui encore : il se nommait Platon, nom qui signifie une carrure athlétique, surnom que lui avait donné son professeur de gymnastique. En réalité, il se nommait Aristoclès. Ce penseur dont dépend toute la philosophie occidentale, jusques et y compris Martin Heidegger (e.g. sa relecture de Parménide) au point d’avoir fait dire à certains que toute la pensée spéculative de l’Occident n’est qu’une note infra paginale renvoyant à ses œuvres quasi impérissables.

Dans ce livre bien documenté et facile à lire, tant le style est fluide et les phrases sensiblement courtes, l’auteur retrace en quelques chapitres succincts et sobres à la fois la vie et la pensée de Platon dont le moindre des mérites n’est pas de nous avoir transmis l’essentiel de la noétique de son maître et ami, Socrate, surnommé à son tour le «taon d’Athènes», car il piquait la curiosité de ses compatriotes en les poussant par ses questions dans leurs derniers retranchements. Et cela touchait beaucoup de gens, y compris le jeune Platon.

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28/02/2019

Alexandre ADLER, maître de la géopolitique

Sans commettre d’injustice envers d’autres spécialistes de cette discipline qui semble faire florès cet an ci, mon ami Alexandre Adler se révèle l’un des plus grands maîtres de cette approche de l’histoire ancienne ou contemporaine en montrant l’enchaînement des causes, la portée universelle des effets et l’intrication, parfois indémêlable, des événements qui se produisent sous nos yeux, sans que l’on sache vraiment ce qu’ils signifient ou ce qu’ils annoncent. Et si le lecteur veut bien se donner la peine de lire patiemment cet ouvrage si vaste et si bien écrit, il sera époustouflé par la science historique de l’auteur.

Le temps des apocalypses (Grasset)

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27/02/2019

Le temps des apocalypses d'Alexandre Adler (Grasset)

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23/02/2019

François-Xavier Bellamy : Demeure… (Grasset) Dans un monde où tout bouge, où trouver un point d’ancrage ? Sommes nous condamnés à pro-gresser éternellement ?

François-Xavier Bellamy : Demeure… (Grasset)

Dans un monde où tout bouge, où trouver un point d’ancrage ? Sommes nous condamnés à pro-gresser éternellement ?

                                                                                      Pour Pascal et Annette, en amitié.

Avant d’entrer in medias res, citons ce bref passage qui explique le titre même de cet ouvrage : Nous avons besoin d’une demeure, d’un lieu où se retrouver qui devienne un lieu familier, un point fixe, un repère autour duquel le monde entier s’organise. La maison est le centre construit par une liberté…(p 166)

Ce passage est crucial pour comprendre l’orientation de la pensée de M. Bellamy, d’autant que peu auparavant, il nous donne une définition, la sienne, du conservatisme et des conservateurs, faisant échec au sens vulgaire généralement conféré à l’idée même de conserver. On l’aura compris, dans sa croisade contre ce qui semble être devenu la religion du mouvement, l’auteur privilégie l’avancée raisonné, contrôlée, bien réfléchie de l’homme, empli d’une conscience, animé d’une vision et porteur d’un projet. Aucun homme ne peut être la copie conforme d’un autre homme, tant la conscience humaine est irréductible à une autre… Au fond, comme il l’écrit au terme de très touchants développements à la fin du livre, M. Bellamy a trouvé son Ithaque…

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20/02/2019

Comment peut on être antisémite ?

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18/02/2019

Oleg Khleviniuk, Staline (Gallimard, Folio)

   

Oleg Khleviniuk, Staline (Gallimard, Folio)

Quand on a achevé la lecture passionnante de ce livre si volumineux mais si intéressant, on se défend mal de l’impression suivante : tout le monde, les spécialistes comme le grand public devraient lire ce livre ou, au moins, en parcourir les pages. La deuxième impression est la suivante : comment cela, à savoir les monstruosités staliniennes, ont-elles été possibles ? Pourquoi ne s’est il trouvé aucun homme courageux qui mette violemment un terme à la vie d’un tyran sanguinaire qui, si je m’en remets aux développements de son biographe, a sur la conscience la mort de dizaines de millions d’êtres humains. Et ce qui complique encore un peu plus la compréhension de ce système, au service d’un seul homme, c’est que nul, pas même les maréchaux de l’Armée Rouge n’était à l‘abri d’une arrestation arbitraire et d’une exécution sommaire sur la base de procès iniques avec des preuves fabriquées de toutes pièces…

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15/02/2019

Glen W. Bowersock, Le berceau de l’islam : Mohammed, le Coran et les cultures de l’Antiquité (CH Beck, Munich)

  

Glen W. Bowersock, Le berceau de l’islam : Mohammed, le Coran et les cultures de l’Antiquité (CH Beck, Munich)

C’est à un éminent spécialiste de la culture islamique des premiers siècles que nous avons à faire et qui nous offre dans ce volume plutôt compact le point le plus complet de l’état de nos connaissances sur la question. Il s’agit d’un éminent historien, ayant enseigné à Harvard afin de rejoindre le cercle très fermé des professeurs à l’Institute for advanced studies de Princeton. Il adopte d’entrée de jeu l’attitude de l’historien qui considère les faits, rapproche les données philologiques des attestations des premiers témoins et se concentre sur lieux et les protagonistes.

Le premier chapitre nous donne un tableau très riche de la péninsule arabique préislamique. On y voit que le polythéisme ou le paganisme arabe n’était pas le seul acteur dans cette Arabie qui, au dire de Renan, a manqué de très près de devenir un haut lieu de la religion juive. On apprend qu’une petite principauté était régie par les juifs, en alternance avec des chrétiens, et que les empires environnants, notamment l’Ethiopie, s’affrontaient dans cette Arabie que la venue de Mahomet allait transformer de fond en comble

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